Afrique

Migrants en Libye : La CPI veut ouvrir une enquête sur les trafics d'êtres humains

La procureure de la CPI Fatou Bensouda a alerté le Conseil de sécurité sur la situation en Libye.
La procureure de la CPI Fatou Bensouda a alerté le Conseil de sécurité sur la situation en Libye.
©AP Photo/Peter Dejong

La procureur de la Cour pénale internationale, Fatou Bensouda, a lancé un cri d'alarme devant le Conseil de sécurité de l'ONU. La CPI envisage d'ouvrir une enquête sur les crimes, tortures, enlèvements et violences sexuelles dont seraient victimes les migrants en Libye. 

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La Libye serait devenue un "marché" pour la traite d'êtres humains. C'est le constat qu'a fait Fatou Bensouda, procureur de la Cour pénale internationale (CPI), devant le Conseil de sécurité de l'ONU. 

"Je suis profondément alarmée par les informations selon lesquelles des milliers de migrants vulnérables, notamment des femmes et des enfants, seraient détenus partout dans le pays dans des conditions très souvent inhumaines", a-t-elle indiquée, lundi 8 mai, aux Nations Unies. Des informations collectées par son bureau font état de "meurtres de civils, d'enlèvements, de tortures et de violences sexuelles en Libye".

Des informations qui corroborent le récit que nous livrait, en mars dernier, Fabienne Lassalle, membre du Conseil d'administration de SOS Méditerranée. Grâce à son navire l'Aquarius, cette association a sauvé plus de 9660 migrants en danger au milieu de la mer Méditerranée. 

> A (re)lire "Un an de sauvetages de migrants : les terribles constats d'Aquarius"

Elle nous confiait : "Les femmes migrantes qui arrivent en Libye sont le plus souvent violées par des miliciens et il faut savoir que de nombreux migrants n'ont pas choisi de partir vers l'Europe, ils sont le plus souvent venus travailler en Libye, rejoindre de la famille.

Commerce d'êtres humains

Lorsqu'ils arrivent dans le pays, ils sont embauchés par des entreprises qui ne les payent pas toujours. Ces employeurs sans scrupules les menacent aussi pour extorquer de l'argent à leur famille, encore dans leur pays d'origine, moyennant un passage vers l'Europe. SOS Méditerranée dénonçait déjà un commerce d'êtres humains -parlant même de "traite négrière"- très organisé, avec des camps de rétention et de torture. 

Ce calvaire, Sacko, un immigré sans papiers que nous avions suivi à Paris, l'a subi pendant quatre mois. 

Série migrants-immigrés dernier épisode
Reportage : May Vallaud et Martin Van den Bossche

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Depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, ce pays en proie au chaos est devenu la destination de travailleurs et le lieu de passage de migrants entre le continent africain et l'Europe. Le trafic et les crimes présumés y sont commis sans qu'aucune autorité n'ait, pour l'instant, réagi.
 

Le sauvetage en mer "crucial"


Pour la procureur de la CPI, cette traite d'être humains pourrait favoriser les groupes terroristes et le crime organisé. 

Fatou Bensouda a indiqué que son bureau était "en train d'examiner attentivement la possibilité d'ouvrir une enquête sur les crimes perpétrés contre les migrants si les critères juridictionnels sont remplis."  Encore faut-il donc que cela relève des compétences du tribunal de La Haye.

Le week-end dernier, 6000 personnes ont voulu traverser la Méditerranée, portant leur nombre à 43 000 personnes depuis le début de l'année. Et 1 150 personnes ont disparu ou perdu leur vie pendant ce périlleux transit.

Des chiffres alarmant pour Filippo Grandi du Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés qui déclarait lundi 8 mai que "le sauvetage en mer est plus crucial que jamais".