Afrique

Niger : près de 130 migrants arrêtés dans le désert

Le Sahel... Théâtre d'une guerre contre les djihadistes armés, mais aussi vaste espace de migration. L'armée nigérienne vient de capturer 127 migrants qui tentaient de passer en Algérie. Voici quelques jours, 92 Nigériens ont été retrouvés morts de faim et de soif dans cette région du Sahara.

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Le Sahel, plaque tournante de l'immigration clandestine

Niger : près de 130 migrants arrêtés dans le désert


Le Niger contre l'immigration clandestine

02.11.2013Liliane Charrier, avec AFP
Niamey durcit les mesures anti-immigration

Quelque 150 migrants ont été arrêtés alors qu'ils cherchaient à se rendre en Algérie, malgré le décès récent de 92 Nigériens, morts de soif dans le désert au cours de leur odyssée funeste, qui a provoqué un vif émoi international.
                 
Ces interpellations menées vendredi et samedi sont le résultat d'un durcissement des autorités de Niamey, qui a annoncé toute une série de mesures pour lutter contre l'émigration clandestine depuis que le drame a été révélé cette semaine.
                 
Samedi, une patrouille militaire nigérienne a stoppé une centaine de clandestins, en "majorité des hommes et quelques enfants", "dans le désert" et les a ramenés à Arlit (nord), selon une source sécuritaire nigérienne. "Les migrants sont encore gardés à la gendarmerie mais on ne connaît pas leur sort", a précisé cette même source, pour qui ces personnes "seront peut-être relâchées", puisqu'elles "ne sont pas les passeurs". La centaine de clandestins voyageait à bord de "deux camions" et "trois 4x4", selon une ONG à Arlit.
                 
Vendredi, "une patrouille de la garde nationale" avait déjà "intercepté" "deux camions transportant 47 personnes en partance pour Assamaka", selon un communiqué du gouvernement lu à la télévision publique. Assamaka est la dernière localité nigérienne avant Tamanrasset, la grande ville du sud algérien, destination initiale des 92 migrants nigériens décédés.
                 
Une information judiciaire a été ouverte sur cette tragédie, a annoncé le colonel Garba Maïkido, le gouverneur d'Agadez, la grande ville du nord nigérien et principal pôle de transit des migrants. Une Nigérienne de Tamanrasset, qui avait organisé le voyage, a été écrouée à Arlit (nord).


Ne pas "rester insensibles"
                 
"Face à ce drame nous ne pouvons pas rester insensibles, il nous faut prendre des mesures pour que plus jamais notre territoire ne puisse rencontrer ce genre de drame", a réagi le colonel Maïkido. Si "le désert emporte" des vies "et va toujours en emporter", "nous pouvons amoindrir les risques" en prenant "un certain nombre de dispositions et de mesures", a-t-il estimé sur la radio nationale.
                 
Vendredi, le gouvernement nigérien avait annoncé la fermeture "immédiate" des "ghettos" d'Agadez, ces habitats très précaires où vivent les clandestins avant la poursuite de leur voyage, généralement à destination de la Libye mais aussi d'Algérie. A l'issue d'un Conseil des ministres, le gouvernement a également annoncé dans un communiqué vendredi soir que "tous les acteurs" de ce trafic de migrants seraient "identifiés" et "sanctionnés avec la rigueur requise".
                 
Samedi, le procureur d'Agadez, Samna Chaïbou, a énuméré sur les ondes de la radio publique des mesures visant à "instituer le contrôle systématique du flux migratoire". Il a annoncé que tout migrant sans documents de voyage serait "refoulé", ajoutant que chacun d'entre eux devra disposer de papiers en règle avec un "visa du pays à visiter".
                 
Les passeurs éventuels sont également dans la ligne de mire du pouvoir à Niamey. Dans ce contexte, les conducteurs de véhicules devront "déclarer l'identité des migrants à l'administration", sous peine de poursuites judiciaires.


Odyssée macabre
                 
Quelque 92 migrants - essentiellement des femmes et des enfants - sont morts de soif début octobre dans des conditions choquantes alors qu'ils traversaient le désert pour rejoindre l'Algérie. Seuls 21 ont survécu. Les détails horribles de leur périple et de leur décès - véhicules bondés tombés en panne, déshydratation progressive, cadavres en décomposition et mangés par des chacals - n'ont été révélés que cette semaine. Des photos obtenues samedi par l'AFP montrent notamment des soldats devant plusieurs corps recouverts de draps à proximité d'une fosse et les cadavres de deux enfants, la tête tournée vers le sol.

                 
Le Niger, un des pays les plus pauvres au monde

Les 92 victimes, qui fuyaient de mauvaises récoltes à venir, se rendaient en Algérie pour "vivre de la mendicité", a expliqué, Rhissa Feltou, le maire d'Agadez. Le Niger, un des pays les plus pauvres au monde, est confronté à des crises alimentaires récurrentes, et l'émigration y est massive. Les décès de clandestins en plein désert, souvent abandonnés par leurs passeurs à une mort certaine, se révèlent assez fréquents, mais dans des proportions bien moindres.
                 
Selon l'ONU, près de 5000 migrants ouest-africains, dont de nombreux Nigériens, ont transité chaque mois entre mars et août 2013 par Agadez. Leur principale destination est la Libye, vue comme une porte d'entrée pour l'Europe depuis la chute de Mouammar Khadafi. Avec plus de 4.000 km de frontières terrestres avec six États et plus de 1.700 km de frontières maritimes, la Libye demande régulièrement l'aide des pays occidentaux pour faire face à l'immigration clandestine.