Nigeria : Boko Haram pèse plus que jamais sur la présidentielle

Le président nigérian Goodluck Jonathan salue ses supporters à Yola, jeudi 29 janvier
Le président nigérian Goodluck Jonathan salue ses supporters à Yola, jeudi 29 janvier
© AP/Lekan Oyekanmi

A dix jours de l'élection présidentielle et des législatives qui doivent se tenir au Nigeria, l’actuel président Goodluck Jonathan a échappé à une attaque à la bombe. Alors qu’on lui reproche de ne pas s’engager suffisamment dans la lutte contre Boko Haram, les insurgés, eux, poursuivent leurs démonstrations de force dans le nord-est du pays. 

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La tension est à son maximum, dix jours avant l’élection présidentielle nigériane qui aura lieu le 14 février prochain. Goodluck Jonathan, l’actuel président et candidat à sa réélection, a échappé à un attentat-suicide, lundi 2 février, à la sortie d’un de ses meetings à Gombe dans le nord-est du Nigeria. L’attaque n’a pas été revendiquée mais il se pourrait que deux femmes, dont les corps ont été retrouvés, soient à l’origine de l’acte kamikaze.

La veille, cette même localité a été la cible d’un double attentat à la bombe contre un poste de contrôle militaire qui a fait au moins cinq morts. A l’approche des élections, les insurgés redoublent d’efforts pour nuire au scrutin. Ils tentent notamment de prendre le contrôle de la ville stratégique de Maiduguri. « Les insurgés dénoncent depuis longtemps les élections, perçues comme une pratique païenne incompatible avec l’Etat islamique » qu’ils disent avoir instauré dans les pans de territoires qu’ils contrôlent dans la région rappelle le chercheur Nnamdi Obasi de l’International Crisis Group interrogé par l’AFP. Il ajoute :« Une recrudescence des attaques pour perturber les élections était donc prévisible, surtout à Maiduguri. Et ce n’est sans doute pas fini ». La prise de cette ville stratégique serait une défaite importante pour les autorités nigérianes, déjà fortement critiquées pour leur mauvaise gestion de la menace djihadiste.

Une recrudescence des attaques pour perturber les élections était prévisible, surtout à Maiduguri. Et ce n’est sans doute pas fini

Nnamdi Obasi de l’International Crisis Group

Cela entraînerait également une situation humanitaire très compliquée. Maiduguri compte un million d’habitants mais sa population a doublé ces derniers mois avec l’arrivée massive de centaines de milliers de personnes de l’Etat de Borno fuyant les massacres de Boko Haram.

Maiduguri reste l'un des seuls endroits où les électeurs des régions du Nord devraient pouvoir se rendre aux urnes pour le scrutin du 14 février. Mi-janvier, la commission électorale nigériane avait annoncé qu'il était peu probable qu'on puisse voter dans les zones contrôlées par la rébellion islamiste de Boko Haram. 

Renfort tchadien

Face à l’incapacité nigériane de faire face à la menace que représente Boko Haram, les forces armées tchadiennes viennent de lancer leur offensive terrestre au Nigeria. Elles sont entrées sur le sol nigérian pour la première fois mardi 3 février, après de violents combats avec les islamistes.

Déjà présent au Cameroun, le Tchad est lourdement engagé dans la lutte contre la secte islamique qui représente une réelle menace pour le pays. Si les djihadistes de Boko Haram parvenaient à s’emparer du nord du Cameroun, ils empêcheraient l’acheminement de produits en provenance et à destination du Tchad.

La menace Boko Haram a donc pris une ampleur régionale qui n'est pas sans conséquence (lire notre article sur le sujet). L'opposition nigériane ainsi que certains observateurs accusent le président Jonathan d'avoir laisser la situation se dégrader au Nord du Nigeria dans le cadre d'une stratégie politique. En effet, cette région est un vivier d'électeurs potentiels pour son principal adversaire à la présidentielle : Muhammadu Buhari, candidat musulman du Nord.

Dans ce contexte d'instabilité et d'insécurité, l’Union africaine a appelé à la mobilisation en Afrique contre les islamistes nigérians, lors d’un sommet à Addis-Abeba, les 30 et 31 janvier derniers. Elle a notamment demandé la mise en place rapide d’une force militaire régionale de 7 500 hommes. Une idée soutenue par le secrétaire de l’ONU, Ban Ki-moon.