Nigeria : une transition démocratique pleine d'espoir

Muhammadu Buhari et ses partisans à Abuja, Nigeria, le 1er avril.
Muhammadu Buhari et ses partisans à Abuja, Nigeria, le 1er avril.
©AP Photo/Sunday Alamba

Muhammadu Buhari a remporté la présidentielle au Nigeria contre le sortant Goodluck Jonathan. Cette élection est la plus serrée de l'histoire du pays le plus peuplé d'Afrique, selon les résultats officiels proclamés mercredi.

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La Commission nationale électorale indépendante (Inec) a annoncé mardi en soirée la victoire écrasante de Muhammadu Buhari. Il remporte 21 Etats des 36 que compte la fédération nigériane. L'Inec a précisé mercredi matin que M. Buhari, 72 ans, du Congrès progressiste (APC), avait remporté l'élection avec 2,57 millions de voix d'avance sur son rival. Il a recueilli 53,95% des suffrages exprimés. Goodluck Jonathan, 57 ans, du Parti démocratique populaire (PDP), a obtenu 44,96% des voix à l'élection qui s'est déroulée samedi et dimanche.

Portrait du vainqueur Muhammadu Buhari

Portrait buhari nigeria
©Récit de L.Monier-Reyes, J_L Eyguesier

 
Au lendemain de l’annonce des résultats, la presse nigériane est euphorique. Pour le quotidien Punch la victoire appartient au peuple nigérian et marque le début d’une "nouvelle ère". Le journal Leadership qualifie cette victoire de renouveau pour le Nigeria. Selon lui, "Muhammadu Buhari fait partie de l’Histoire". 

. Buhai a remporté 792 460 voix contre 632 327 pour M. Jonathan.
. Buhai a remporté 792 460 voix contre 632 327 pour M. Jonathan.
(AP Photo/Ben Curtis)
 

Goodluck Johanthan reconnaît sa défaite 

Goodluck Jonathan a téléphoné à Muhammadu Buhari pour le féliciter et reconnaître sa défaite, selon l'opposition. Un geste qui a été salué par les politiciens de tous bords."Je remercie tous les Nigérians, une fois de plus, pour l'immense opportunité qui m'a été donnée de diriger ce pays (...) J'ai transmis mes voeux personnels au général Muhammadu Buhari", a-t-il déclaré dans un communiqué. "Aucune ambition personnelle ne vaut le sang d'un Nigérian."
 
Aisha Buhari est "fière de son mari". "Nous allons construire un nouveau Nigeria, comme mon mari l'a promis". Avant d'ajouter, réaliste: "Ça va être dur. Les attentes sont immenses".
 

La victoire de Buhari saluée

Sans tarder, l'Union européenne a "chaleureusement félicité" la victoire du candidat Buhari. Le président français François Hollande a "salué la détermination du peuple nigérian" ainsi que "le sens des responsabilités" du président sortant, qui a reconnu sa défaite. Laurent Fabius, chef de la diplomatie française, assistera à la cérémonie d'investiture du nouveau président.
 
A Lagos, la capitale économique et la plus grande ville du pays, des feux d'artifice ont été lancés dans le quartier populaire d'Obalende et les partisans du nouveau président ont laissé exploser leur joie dans les rues, à pied, dans des triporteurs et même à cheval.
 
A Abuja, une foule compacte dansait devant le QG de campagne de l'APC.
"Il s'agit de la première alternance démocratique de l'histoire du Nigeria. Il n'est pas question de musulman ou de chrétien, ou même de parti politique. Cela montre aux politiciens que s'ils ne font pas leur travail, on peut les mettre dehors", s'est enthousiasmé Anas Galadima, qui faisait partie de la fête.
 
Pour le commentateur politique Chris Ngwodo, la victoire de Muhammadu Buhari "instaure une suprématie (...) de l'électorat", dans un pays où, bien souvent, la bataille était gagnée d'avance pour le président sortant. "La dynamique entre les gouvernés et le gouvernement a changé pour de bon", a-t-il poursuivi.

Muhammadu Buhari, nouveau président du Nigéria
Muhammadu Buhari, nouveau président du Nigéria
(AP Photo/Sunday Alamba)
 

Boko Haram ne parvient pas à perturber le scrutin 

Dans un pays où les dissensions politiques attisent souvent des tensions ethniques et religieuses, entraînant de sanglantes émeutes post-électorales, le vote, qui s'est déroulé dans le calme, n'a pas donné lieu à des violences majeures pour l'instant.
 
Boko Haram, qui a multiplié les attentats-suicides dans le nord ces dernières semaines, et avait juré de perturber cette élection. Le groupe islamiste n'est finalement pas parvenu à empêcher le processus électoral.
 

Buhari plébiscité dans le nord

Des milliers de Nigérians sont descendus dans les rues de Kano, la plus grande ville du nord musulman, pour célébrer la victoire de celui qu'ils ont plébiscité avec près de deux millions de voix. Une nuée de scooters et de voitures tous feux allumés faisaient des rodéos avec leurs engins, dans un nuage de gaz d'échappement. Des femmes voilées scandaient "Juste Buhari!" en choeur dans la foule. Nombre d'entre eux brandissaient des balayettes, le symbole du parti de Buhari, le Congrès progressiste (APC), qui s'est engagé à lutter contre des années de mauvaise gouvernance et de corruption.
 
A Kaduna, dans le centre du Nigeria, où des affrontements entre chrétiens et musulmans avaient fait près d'un millier de morts lors de la défaite de M. Buhari à la présidentielle de 2011, la foule exultait elle aussi, mardi soir, après avoir retenu son souffle tout le week-end dans l'attente des résultats.

<span>Les Nigérians célébrent la victoire du candidat à la présidentielle Muhammadu Buhari à Kaduna, au Nigeria, le mercredi 1er Avril 2015. </span>
Les Nigérians célébrent la victoire du candidat à la présidentielle Muhammadu Buhari à Kaduna, au Nigeria, le mercredi 1er Avril 2015.
(AP Photo/Jerome Delay)

Première alternance démocratique 

La victoire de Muhammadu Buhari marque un tournant majeur dans l'histoire politique agitée de ce pays qui a connu six coups d'Etat militaires depuis l'indépendance, en 1960, et qui a été gouverné par le même parti depuis la fin des dictatures militaires il y a 16 ans.
 
Le Nigeria, première économie du continent, compte 69 millions d'électeurs inscrits sur 173 millions d'habitants. Le pays a voté ce week-end pour élire, outre le président, les 109 sénateurs et les 360 députés du pays que compte le Parlement.
 
Malgré les couacs techniques, dus à la première utilisation de lecteurs de cartes électorales biométriques, qui ont engendré de longues files d'attente devant les bureaux votes, les Nigérians ont été voter en masse pour faire entendre leur mécontentement, notamment sur les questions de sécurité et sur la corruption.