Le groupe Etat islamique reprend-il le pouvoir sur Boko Haram?

Une image du groupe Boko Haram issue d'une vidéo de propagande du 31 octobre 2014. 
Une image du groupe Boko Haram issue d'une vidéo de propagande du 31 octobre 2014. 
©AP Photo/Boko Haram

Cette semaine a été mouvementée à la tête de Boko Haram. Le groupe Etat islamique aurait nommé un nouveau chef à la tête du mouvement djihadiste nigérian de plus en plus fragilisé par ses dissensions internes. 

dans
Qui tient les rênes de Boko Haram ? La question reste entière après les rebondissements de ces derniers jours où le groupe Etat islamique a clairement décidé de reprendre en main la secte islamiste nigériane.
 
Son chef, Abubakar Shekau, a été évincé à la tête de ce mouvement djihadiste africain. Il avait pris ses fonctions après la mort de son chef historique Mohammed Yusuf en 2009. 
 
 
Aucune annonce officielle mais une tribune publiée mardi 2 août dans le dernier numéro du journal du groupe Etat islamique Al Nabaa dans laquelle le cheikh Abou Mosab Al Barnaoui est présenté comme le « Wali (chef) sur l’Afrique de l’Ouest » sans que jamais le nom d’Abubakar Shekau ne soit cité. 
 
Abou Mosab Al Barnaoui est considéré par certains spécialistes comme le porte-parole de Boko Haram parce qu’il est apparu plusieurs fois dans des vidéos relatant les attaques du groupe nigérian. Un rôle de porte-parole qu’Abubakar Shekau avait nié jusqu’à présent. 
 
Mais la publication signifie-t-elle réellement l’éviction de Shekau à la tête de Boko Haram ? Le groupe avait prêté allégeance au groupe EI en 2015 pour devenir Jama’at Ahl al-Sunnah Lil Dawa Wal Jihad (la Province ouest africaine de l’Organisation de l’Etat islamique).
 

Le retour d’Abubakar Shekau

Après la publication dans cette revue, nouveau rebondissement. Jeudi 4 août, Abubakar Shekau fait son grand retour sur la scène internationale avant de réitérer sa volonté de se battre à la tête de Boko Haram dans une vidéo, le 8 août 2016. "Moi, Abubakar Ash-Shakawy, leader de Jama'atu Ahlissunnah Lidda'awati Wal Jihad (nom de Boko Haram depuis l'allégeance à Daesh, ndlr) fais du combat contre le Nigeria et contre le monde entier une responsabilité personnelle", affirme-t-il dans cette vidéo. 
 
Certains le pensaient mort. Dans sa dernière vidéo datant de mars 2016, il apparaissait affaibli et disait : « Pour moi la fin est venue ». Le voilà qui brise plusieurs mois de silence. Il prend la parole dans un message audio posté sur Internet et repéré par le site américain de lutte antiterrorisme "SITE Intelligence Group". 
 

Abubakar Shekau veut prouver qu’il est « toujours présent », et qu'il est bien le chef vivant de Boko Haram. Il confie avoir été « trompé » par certains de ses combattants. Il menace aussi ouvertement le groupe EI de ne plus le « suivre aveuglément ». Enfin, il affirme ne plus accepter un seul de ses émissaires « sauf ceux vraiment engagés dans la cause d’Allah ». 

Pourquoi ce limogeage ? 

Regain de tension donc avec le groupe Etat islamique, et séparation annoncée ? Certains des ses membres désapprouvent depuis longtemps les pratiques de ce chef, un personnage « fantasque et un peu délirant », décrit à l'AFP Romain Caillet, chercheur à l’Institut français du Proche-Orient. 

Des soldats tchadiens escortent des journalistes à Dalasak au Nigeria le 18 mars 2015. 
Des soldats tchadiens escortent des journalistes à Dalasak au Nigeria le 18 mars 2015. 
©AP Photo/Jerome Delay

Ses actes de violences répétées à l’encontre des Nigérians à majorité musulmans et les attaques de mosquées ont déplu à Raqqa. Depuis l’insurrection menée par Boko Haram, les chiffres sont affolants. Le groupe djihadiste a fait plus de 20 000 morts, kidnappé des centaines de personnes comme les lycéennes de Kibok et déplacés 2,6 millions d'habitants dans le Nord-Est du pays ainsi que dans les pays limitrophes.

 
« Shekau ne fait pas l’unanimité, souligne Romain Caillet à l’AFP. Mais régulièrement l’EI publiait des communiqués pour rappeler que Shekau restait (le chef) du groupe nigérian, malgré les rumeurs sur sa disparition. » Jusqu’à cette semaine… 
 

Boko Haram divisé et affaibli

Ces derniers revirements mettent au jour les divisions qui règnent dans les rangs de Boko Haram. « On voyait déjà d’un point de vue stratégique que le groupe était fortement divisé », explique à l’AFP Yan Saint-Pierre. « Maintenant la division est publique et le linge sale n’est plus lavé en famille. » 

Des déplacés attendent de pouvoir entrer dans le camp de Yola au Nigeria, le 8 décembre 2015. 
Des déplacés attendent de pouvoir entrer dans le camp de Yola au Nigeria, le 8 décembre 2015. 
©AP Photo/Sunday Alamba

Boko Haram se trouve ainsi partagé entre plusieurs groupes : le groupe EI, Ansaru et le groupe Al-Qaida au Maghreb Islamique (Aqmi). 

 
Le groupe doit aussi faire face aux offensives de la coalition Tchad-Cameroun-Nigeria-Niger contre ses fiefs du Nord-Est du pays. Depuis l’élection de Muhamadu Buhari à la tête du Nigeria, la lutte contre Boko Haram s’est intensifiée. La coalition régionale a repris la semaine dernière la ville stratégique de Damasak à la frontière avec le Niger. Là-même où les djihadistes avaient tué plus de 200 personnes et kidnappé des centaines d’enfants.