Nigeria : le président Buhari en lutte contre la corruption

Vendredi 29 mai, le président nigérian Muhammadu Buhari salue ses supporters pendant son investiture à Abuja, la capitale du pays.
Vendredi 29 mai, le président nigérian Muhammadu Buhari salue ses supporters pendant son investiture à Abuja, la capitale du pays.
©AP Photo/Sunday Alamba

Depuis son investiture fin mai 2015, le président nigérian doit tenir ses promesses de campagne qui l’ont fait élire. Outre la lutte contre le groupe djihadiste Boko Haram qui multiplie les attaques dans la région, Muhammadu Buhari entame son combat contre la corruption qui gangrène le pays en créant un comité consultatif afin de le conseiller.

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Investi depuis un peu plus de deux mois, le président Muhammadu Buhari doit désormais faire ses preuves. Sa campagne présidentielle a été riche en promesses qui l’ont fait élire : lutter contre la corruption et Boko Haram.

Le président a inauguré officiellement à Abuja, lundi 10 août, le premier comité présidentiel consultatif sur la lutte contre la corruption. L'intention de changer la donne dans le pays est là.

Composé de sept membres, ce comité regroupe principalement des universitaires : sociologues, criminologues, spécialistes du droit international…  Il sera d'ailleurs présidé par le professeur de droit Itse Sagay.

Cinq millions de dollars seront alloués à ce comité qui doit « conseiller l'administration actuelle sur la poursuite de la guerre contre la corruption et la mise en œuvre des réformes nécessaires du système de justice pénale du Nigeria », a indiqué le porte-parole du président, Femi Adesina.  

Aucun détail n’a cependant été fourni pour l’instant quant à une date à laquelle ce comité devra rendre ses premières recommandations au président.

Un pays gangrené par la corruption

En prenant le pouvoir, Muhammadu Buhari avait indiqué que près de 150 milliards de dollars avaient été volés au Trésor public nigérian au cours de la dernière décennie. De l'argent, qui au lieu de servir à des projets publics, finit dans la poche de responsables corrompus.

C’est quasiment le chiffre relevé par l’ONG Global financial Integrity qui indique que plus de 157 milliards de dollars sont sortis illégalement du territoire entre 2003 et 2012. Le Nigeria est le premier pays africain devant l’Afrique du Sud à enregistrer de telles sorties illicites d’argent.

La première économie africaine figure aussi parmi les mauvais élèves du classement publié par l’ONG Transparency international qui établit un classement du niveau de perception de corruption des services publics des pays. Le Nigeria arrive en fin de tableau au 136e rang sur 175 (pays) avec un faible score de 25 sur 100 en 2014. Plus le chiffre approche de 100, plus un pays est considéré peu corrompu. C'est le cas, dans ce classement du Bostwana qui atteint un score de 63 sur 100. A l'opposé, la Somalie apparaît comme très corrompue avec seulement 8 sur 100. (voir les résultats 2014)

Comment lutter contre la corruption ?

Si le président nigérian mise, depuis son accession au pouvoir, sur plus de transparence dans l’administration nigériane, un autre secteur pâti des détournements de fonds : l'industrie pétrolière. Ce secteur représente avec le gaz, 14,4% du produit national brut du pays en 2014, contre 35% avec l'ancien mode de calcul du PIB.

Afin d'assainir le secteur, le président Buhari a déjà commencé par dissoudre, le 26 juin 2015, le conseil d’administration de la compagnie pétrolière nationale (NNPC) chargé de la production, des raffineries mais aussi de la commercialisation du pétrole produit dans le pays. Il a aussi nommé comme nouveau directeur, ce 4 août 2015,  Emmanuel Ibe Kachikwu, un ancien d'ExxonMobil Africa qui occupe désormais le poste de directeur général de la NNPC.

Un homme remplit des bidons d'essence à Abuja, le 26 mai 2015.
Un homme remplit des bidons d'essence à Abuja, le 26 mai 2015.
©AP Photo/Sunday Alamba

Le comité créé par le président pourrait relancer aussi les missions de l'Independent Corrupt Practices and Other Related OffencesCommission (ICPC) et de  l'Economic and Financial Crimes Commission (EFCC), deux institutions créées dans les années 2000, qui ne sont pas parvenues à assainir suffisamment le système nigérian.

Lutter contre Boko Haram

La lutte contre la corruption pourrait aussi influer sur un secteur plus politique avec l'autre combat important du président, celui contre le groupe islamiste, qui a débuté peu de temps après son investiture. Muhammadu Buhari a commencé par une visite officielle à ses homologues nigérien et tchadien, et des échanges avec le Cameroun  afin de relancer la coopération militaire régionale contre Boko Haram.

Début juin, le centre de commandement militaire qui doit lutter contre la secte a été transféré dans la capitale de l’Etat de Borno, Maiduguri, fief historique de Boko Haram.

La Force d’intervention conjointe multinationale (Multinational Joint Task Force ou MNJTF) qui doit regrouper 8 700 hommes du Nigeria, Niger, Tchad, Cameroun et peut-être Bénin, devait être effective le 30 juillet. Mais cette force manque apparemment encore de moyens, même si après une visite aux Etats-Unis fin juillet, le président nigérian a reçu la promesse d'une aide américaine de 5 millions de dollars. La France aurait aussi proposé une assistance technique. Tout cela doit maintenant se concrétiser sur le terrain.