Afrique

"Obama, l'Africain" s'en va, espoirs déçus ou pas ?

Au-delà d'un visage imprimé sur des tenues traditionnelles, que restera-t-il de l'héritage Obama sur le continent ? Photo prise à Accra, (Ghana) en juillet 2009.
Au-delà d'un visage imprimé sur des tenues traditionnelles, que restera-t-il de l'héritage Obama sur le continent ? Photo prise à Accra, (Ghana) en juillet 2009.
©AP Photo/Charles Dharapak

Ses racines kényanes avaient fait de lui "Obama l'Africain", suscitant l'espoir de tout un continent. Les Etats-Unis et donc le monde allait (enfin) tourner son regard vers l'Afrique... Après huit années au pouvoir, au delà du symbole, quel héritage laisse le premier président noir américain à ses "frères" africains ?

 

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Il était vu comme le fils prodigue de l'Afrique, capable de comprendre ce continent complexe mieux que ses prédécesseurs à la peau blanche.

« Votre victoire est une inspiration pour des millions de personnes à travers le monde mais elle a une résonance particulière ici », avait alors réagi le président kényan Mwai Kibaki, à l'annonce de la victoire de Barack Obama, à l'élection présidentielle américaine, lors de son premier mandat à la Maison Blanche.  Depuis ce jeudi 6 novembre 2008, cette date est décrétée jour férié au Kenya : l'Obama Day.

Pour Nelson Mandela, la victoire historique d'Obama était la preuve que chacun devait "oser rêver" et les Africains ont accueilli le nouveau président des Etats-Unis en héros.

A peine six mois après avoir pris ses fonctions, il a visité le Ghana avec un message fort et posé les fondations de sa future politique axée sur le commerce, en invitant les Africains à prendre leur destin en main.
 

 
"Le futur de l'Afrique incombe aux Africains"  Barack Obama, à Accra, la capitale ghanéenne
"L'Afrique n'a pas besoin d'hommes forts, elle a besoin d'institutions fortes". Une pique à l'intention des dirigeants qui s'accrochent au pouvoir pendant que leurs peuples s'enfoncent dans la pauvreté.
 
Le président Barack Obama, le 11 juillet 2009, lors de son discours à Accra (Ghana).
Le président Barack Obama, le 11 juillet 2009, lors de son discours à Accra (Ghana).
©AP Photo/Haraz N. Ghanbari

Ces mots ont électrisé la foule, mais le frisson a tourné court : ce fut la première, mais aussi la dernière tournée africaine du premier mandat d'Obama.

Il a davantage imprimé sa marque au cours de son second mandat, après une visite à Robben Island, la prison où Mandela a vécu enfermé plus de 20 ans sous le régime de l'apartheid.
 
Le président américain Barack Obama dans la cellule numéro 5, à Robben Island, (Afrique du sud) le 30 juin 2013. C'est dans cette cellule que Nelson Mandela passa ses dernières 18 années d'emprisonnement.
Le président américain Barack Obama dans la cellule numéro 5, à Robben Island, (Afrique du sud) le 30 juin 2013. C'est dans cette cellule que Nelson Mandela passa ses dernières 18 années d'emprisonnement.
©AP Photo/Carolyn Kaster

"Une grande part de son héritage est d'avoir changé la perception selon laquelle l'Afrique est un continent obscur. Elle est en pleine croissance et regorge d'opportunités", explique à l'AFP le spécialiste des relations Etats-Unis/Afrique, Scott Firsing. "Obama a mis en avant les affaires plutôt que l'aide humanitaire", résume le chercheur de l'Université de Caroline du Nord.
 
Power Africa, l'initiative censée doubler l'accès à l'électricité en Afrique subsaharienne. « Un des plus grands héritages du président Obama », avance Jennifer Cooke, directrice Afrique du Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS) (LePoint.fr ). Ce mégaplan structuré autour de plus de 130 partenaires publics et privés entend s'attaquer au déficit énergétique colossal du continent où seul un tiers de la population a accès à l'électricité.
                 

Présence militaire               

D'un point de vue militaire, Obama a engagé son pays sur de nouveaux terrains où il était jusque-là presque absent.

Les soldats américains ont répondu présents contre Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) au Mali, Boko Haram au Nigeria et les shebab en Somalie. Des bases de drone ont été installées au Niger, frontalier du Mali, du Nigeria et du Cameroun, tandis que des frappes ciblées étaient menées en Somalie.

"Franchement, l'armée américaine n'avait pas beaucoup de raisons de se concentrer sur l'Afrique, mais maintenant, malheureusement, il y en a", estime l'ancien patron du Commandement des Etats-Unis pour l'Afrique (Africom), le général Carter Ham.
Le chaos en Libye après la mort de Mouammar Kadhafi en 2011 a permis aux combattants radicalisés comme aux arsenaux de guerre de se répandre dans toute l'Afrique.

"Il y a clairement eu des retombées préjudiciables", affirme le général quatre étoiles, qui dirigeait l'Africom à cette époque. Des menaces dont Obama avait fait une priorité, ajoute-t-il: "Je pense qu'il était véritablement préoccupé par la stabilité et la sécurité en Afrique. Si on avait laissé faire, ce n'était qu'une question de temps avant que ces organisations (jihadistes) atteignent leur objectif affiché d'attaquer l'Occident".
                  

Sentiment de fierté

                  
Le mandat d'Obama n'a pas été parfait: son administration a été critiquée pour le soutien apporté à des pays comme l'Éthiopie aux bilans peu reluisants en matière de droits de l'Homme.
 
Une affiche installée sur le parcours emprunté par le président américain Barack Obama, à Addis Abeba, lors de sa visite en Ethiopie, le 27 juillet 2015.
Une affiche installée sur le parcours emprunté par le président américain Barack Obama, à Addis Abeba, lors de sa visite en Ethiopie, le 27 juillet 2015.
©AP Photo/Evan Vucci

Pour beaucoup, l'héritage le plus durable d'Obama, cependant, est son exemple. A Accra en 2009, Obama a déclaré que "le sang de l'Afrique" coulait en lui.

 
"Il fait rêver la jeunesse!" explique un journaliste guinéen.
"Il fait rêver la jeunesse!" explique un journaliste guinéen.
©AP Photo/Rebecca Blackwell
"Avoir un leader comme lui a un effet psychologique important sur les Africains", analyse Mzukisi Qobo, professeur agrégé de politique à l'Université de Johannesburg en Afrique du Sud. "Malgré ses faiblesses et ses défauts, il y a un sentiment de fierté de voir quelqu'un comme Obama".

En décembre dernier, les Ghanéens se sont souvenus des paroles d'Obama sur les "hommes forts" lors de la défaite du président sortant John Dramani Mahama face à l'opposant Nana Akufo-Addo. Malgré quelques incidents, le vote s'est globalement bien déroulé et la transition s'est faite en douceur, tout comme au Nigeria en 2015, lorsque Muhammadu Buhari a battu son prédécesseur Goodluck Jonathan.

"Je me souviens du fameux discours d'Obama +nous n'avons pas besoin d'hommes forts, mais d'institutions fortes+", expliquait Daniel Apau Ofori, 28 ans, en fêtant la victoire d'Akufo-Addo. "Cela a eu un impact. Ce fut l'élection la plus libre et la plus équitable", assurait ce jeune Ghanéen à l'AFP.
 

« Il connaît l'Afrique et il a une capacité à comprendre le continent à un degré que d'autres présidents n'approcheront peut-être jamais », explique l'historien Matt Carotenuto, coordinateur des Etudes africaines à l'université américaine Saint-Lawrence dans un article paru sur le Point.fr. « Ses actions ou celles de son gouvernement ne reflètent peut-être pas cette expérience africaine, mais je crois qu'il a essayé », retient-il toutefois.
 

Le soutien d'Obama à la jeunesse va aussi marquer son héritage. « Il les a encouragés à créer leur emploi, à voter, à construire l'avenir, il s'est vraiment intéressé à eux ». « Il fait rêver la jeunesse », conclut Boubacar Sanso Barry, journaliste ghinéen dans le même article.
Du rêve à la réalité africaine, le fossé reste grand, comme le dit avec ses mots ce twittos congolais, estimant qu'"Obama a complètement oublié l'Afrique".