Organisation internationale de la Francophonie : “Nous aidons les Etats à remplir leurs obligations“

File d'attente devant un bureau de vote lors du premier tour de l'élection présidentielle de Madagascar, <br/>le 25 octobre 2013. Une équipe de l'OIF est alors sur place pour s'assurer <br/>du bon déroulement du scrutin. -©OIF
File d'attente devant un bureau de vote lors du premier tour de l'élection présidentielle de Madagascar,
le 25 octobre 2013. Une équipe de l'OIF est alors sur place pour s'assurer
du bon déroulement du scrutin. -©OIF

Parmi les institutions qui travaillent à résoudre les crises en Afrique, l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF). La direction "Paix, démocratie et droits de l'Homme" va sur le terrain, pour accompagner processus électoraux et résolutions de crises. Pour comprendre comment se déroulent ces actions, entretien avec son directeur, Christophe Guilhou. 

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Vous êtes à la tête de la direction "Paix, démocratie et droits de l'Homme". Dans les faits, à quoi cela correspond-il ?

De façon schématique, c'est la direction politique de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF). C'est-à-dire que c'est elle qui gère de façon très générale les relations politiques entre l'OIF et les Etats membres. Vous avez bien entendu d'autres directions qui s'occupent des affaires culturelles et des questions d'enseignement ou de diffusion du français.

Christophe Guilhou, au siège de l'OIF en décembre 2013 -©TV5MONDE
Christophe Guilhou, au siège de l'OIF en décembre 2013 -©TV5MONDE
La direction "Paix, démocratie et droits de l'Homme", elle, s'attelle à deux missions essentielles. Tout d'abord, tout ce qui relève des Etats en crise, c'est-à-dire la prévention des crises, leur gestion et leur sortie. Dans l'espace francophone, un certain nombre d'Etats sont en crise. Nous avons pour certains des inquiétudes. Ensuite, nous faisons de l'accompagnement électoral. C'est une dimension très importante de notre action. Enfin, notre direction s'occupe de tout ce qui est relatif à la consolidation de l'Etat de droit. C'est-à-dire toutes les questions relatives aux droits de l'Homme et à leur respect. Il s'agit notamment de leur permettre la mise en oeuvre des obligations auxquelles ils ont souscrit dans les grandes conventions internationales. Il s'agit par exemple du droit des enfants, ou du droit des femmes. Nous aidons ces Etats à remplir leurs obligations. Nous le faisons également pour les obligations liées à l'examen périodique universel au conseil des droits de l'Homme à Genève, qui a lieu tous les quatre à cinq ans. C'est un exercice très lourd, et nous les aidons à se préparer à cet examen et, ensuite, à mettre en oeuvre les recommandations qui sortent de cet examen.


Qui participe à ces actions ?

Quand un Etat qui a besoin de notre expertise, l'OIF répond à cette demande en puisant l'expertise, en gros, dans les Etats de la région. On ne se limite pas uniquement à eux, mais on essaye de faire en sorte qu'on puisse répondre de façon rapide à la demande. Nous sommes une organisation intergouvernementale dont sont membres 77 Etats et gouvernements (ndlr : il y a 57 Etats membres et 20 observateurs). Concernant ma direction, elle compte entre 25 et 30 personnes. 15 à 20 nationalités y sont représentées. Une des richesses de cette organisation, c'est de pouvoir compter avec des gens qui connaissent le terrain.

Bureau de vote dans la région d'Antsirabé, pendant le premier tour de l'élection présidentielle malgache, le 25 octobre 2013. -©OIF
Bureau de vote dans la région d'Antsirabé, pendant le premier tour de l'élection présidentielle malgache, le 25 octobre 2013. -©OIF
Concrètement, qui se déplace ?

Nous sommes une direction qui a un rapport très étroit avec la réalité sur le terrain. Moi-même, depuis ma prise de fonction en avril dernier, j'ai effectué un certain nombre de déplacements sur place. Cinq fois au Mali, je pars la semaine prochaine à Madagascar pour la cinquième fois également, je me suis aussi déplacé en Egypte, au Liban, en Guinée, au Burkina.

Sous l'autorité du secrétaire général Abdou Diouf, qui a ses contacts avec les chefs d'Etat, la direction "Paix, démocratie et droits de l'Homme" est celle qui est en charge de la mise en oeuvre des instructions qui nous sont données. Donc, mes collaborateurs et moi-même nous déplaçons sur le terrain, par exemple pour l'organisation d'un séminaire. Nous avons un agent de la direction qui l'organise sur le terrain, qui prend les dispositions nécessaires, qui vérifie que tout est bien organisé. C'est très lourd !

Par exemple, pour le premier tour de l'élection présidentielle à Madagascar, nous avions sur place une cinquantaine de membres, issus d'une vingtaine de pays. Il fallait donc faire venir les experts du Canada, de Suisse, de Belgique, de France, des Comores, de Djibouti, ou encore de Mauritanie, organiser des entretiens, des rencontres entre ces experts censés conseiller leurs partenaires malgaches, puis distribuer cette mission à travers Madagascar, donc trouver les moyens nécessaires, et enfin les faire repartir vers leur pays. Puis renouveler l'opération pour le deuxième tour le 20 décembre !

Echange entre Christophe Guilhou et le commandant de gendarmerie pour la région d'Antsirabé, pendant le premier tour de l'élection présidentielle malgache, le 25 octobre 2013. -©OIF
Echange entre Christophe Guilhou et le commandant de gendarmerie pour la région d'Antsirabé, pendant le premier tour de l'élection présidentielle malgache, le 25 octobre 2013. -©OIF
Une fois sur place, comment cela se passe-t-il ?

Prenons l'exemple d'une mission d'observation. Comme je le disais, nous aidons les autorités malgaches pour le bon déroulement du deuxième tour des élections présidentielle et législatives, qui auront toutes les deux lieu le 20 décembre. Ce sera un scrutin jumelé, donc compliqué. Il va falloir prendre un certain nombre de dispositions, pour faire en sorte que tout se déroule dans les meilleurs conditions. Des pays de l'espace francophone ont déjà eu à le faire, nous avons donc fait venir les meilleurs experts à Madagascar pour expliquer aux autorités quels sont les enjeux et comment se préparer au mieux pour y faire face. En tout, cela fait plus d'un an que nous accompagnons les autorités du pays à se préparer à cette échéance. Nous avons mené plus de 25 projets avec elles, autour du fichier électoral, de l'administration des élections, avec les médias, la société civile et les formations politiques. Nous avons un réseau très vaste d'experts. Une cinquantaine d'entre eux s'est rendue sur place, pour rencontrer leurs interlocuteurs malgaches et leur transmettre un certain nombre de recommandations. 

L'autre forme de coopération peut être évidemment l'organisation de réunions pour renforcer les capacités des Etats ou des institutions. Un exemple : au Mali, nous avons, en anticipation de l'élection présidentielle, aidé très concrètement la Cour constitutionnelle à anticiper les éventuels recours dont elle ferait l'objet. Nous avons organisé un atelier sur quelques jours, en faisant venir des cour-constitutionnalistes français et de la région pour leur expliquer à quoi s'attendre.

Ce qui est très important à l'OIF, c'est de pouvoir mener les opérations de coopération en puisant dans le vivier, avec des interlocuteurs qui ont les mêmes références, qui connaissent la région, en tout cas le contexte.

OIF et politique : quelques dates


20 mars 1970 : Niamey (Niger)
Les représentants de 21 Etats et gouvernements créent l'Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), future Organisation internationale de le Francophonie (OIF). Son but : promouvoir et diffuser les cultures de ses membres, tous francophones, et développer la coopération culturelle entre eux. 


1995 : Cotonou (Bénin)
L'organisation se dote d'un poste de Secrétaire général, "pour être plus conforme à la dimension politique qu'elle a acquise."


1997 : Hanoi (Vietnam)
Adoption de la Charte de la Francophonie, texte de référence pour l'organisation, et élection du premier Secrétaire général de l'histoire de l'institution. Il s'agit de Boutros Boutros-Ghali, ancien Secrétaire général des Nations unies.


2000 : Bamako (Mali)
Adoption de la "Déclaration de Bamako", le premier texte normatif de l'institution en matière de pratiques de la démocratie, des droits et des libertés. Elle la dote de pouvoirs contraignants face à ses membres qui ne respectent pas les valeurs démocratiques communes.


2002 : Beyrouth (Liban)
Election d'un nouveau Secrétaire général, Abdou Diouf, ancien Président de la république du Sénégal. "Il impulse une nouvelle dynamique à l’Organisation dans ses deux volets : les actions politiques et la coopération pour le développement."


2006 : Saint-Boniface (Canada)
Adoption de la "Déclaration de Saint-Boniface", en complément de celle de Bamako, lors de la Conférence ministérielle sur la prévention des conflits et la sécurité humaine.

Et en-dehors de l'Afrique ?

Christophe Guilhou : Nous avons deux grosses priorités : traiter les pays en crise, et tout ce qui relatif aux droits de l'Homme et au renforcement de l'Etat de droit. Pour l'instant, concernant les pays en crise dans l'espace francophone, certains étaient suspendus à la suite d'un coup d'Etat. Nous avions le Mali qui a été réintégré, nous avons la république centrafricaine, nous avons Madagascar dont nous espérons que la suspension sera levée dans les prochaines semaines pour le bon déroulement des élections, et la Guinée-Bissau. Donc l'essentiel des pays qui posent question se retrouvent en Afrique. 

Cela dit, l'espace francophone ne se réduit pas au Continent. Nous avons un certain nombre de pays au Moyen-Orient et au Maghreb : le Liban, l'Egypte, la Tunisie et le Maroc. C'est pour renforcer notre action et notre expertise dans cette région, en particulier au Liban et en Egypte, que nous nous sommes rendu dans ces deux pays au cours des dernières semaines. Nous avons accompagné une mission d'information et de contact en Egypte à la suite du renversement du président Morsi, en juillet. Cette mission était conduite par le président de l'Assemblée nationale de Côte d'Ivoire, à la demande du président Abdou Diouf. Nous nous sommes également rendu au Liban il y a quelques semaines pour renforcer nos actions en matière de médiation.

Au-delà du Moyen-Orient, nous effectuerons une mission courant janvier au Vietnam et au Cambodge, deux autres Etats membres de la Francophonie où nous agissons, notamment en matières de droits de l'Homme.