Afrique

Paul Kagame, plébiscité à la tête du Rwanda pour sept ans

Le président sortant rwandais Paul Kagame en train de voter le 4 août 2017
Le président sortant rwandais Paul Kagame en train de voter le 4 août 2017
©AP Photo / Jérôme Delay

Il dirige le Rwanda d'une main de fer depuis 23 ans, depuis la fin du génocide. Elu par le parlement en 2000, et réélu au suffrage universel en 2003 et 2010, il voit aujourd'hui son mandat prolongé de sept ans. Plébliscité avec plus de 98% des voix à l'issue du scrutin présidentiel de vendredi, Paul Kagame se maintient au pouvoir sans aucune difficulté.

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Les Rwandais fêtaient samedi la victoire du chef de l'État sortant Paul Kagame, plébiscité par plus de 98% des votants et réélu pour un troisième mandat de sept ans à la tête d'un pays qu'il dirige d'une main de fer depuis 23 ans. "Je suis très heureuse. J'espérais cette victoire", a confié samedi Yvette Uwineza, une informaticienne de 36 ans. "La continuité est rassurante", a-t-elle ajouté, créditant M. Kagame d'avoir donné "une meilleure vie" aux Rwandais.

Les Rwandais se sont rassemblés en divers endroits du pays pour célébrer discrètement cette victoire, sans grande effusion dans les rues, dont ils sont peu coutumiers. Vendredi soir et jusque tard dans la nuit, après un scrutin s'étant déroulé dans le calme, plusieurs centaines de personnes s'étaient réunies à Kigali dans un gymnase proche du stade national pour danser et faire la fête.
"Nous fêtons Paul Kagame", avait lancé un jeune homme dansant au rythme d'une musique pop assourdissante.

Paul Kagame "a libéré le pays, il a stabilisé le pays, et maintenant on peut marcher dans tout le pays nuit et jour sans problème", avait expliqué Jean-Baptiste Rutayisire, un entrepreneur de 54 ans. "Il a fait beaucoup pour le pays et il continue (...), c'est un homme exceptionnel", avait-il ajouté, en avouant ne pas connaître les rivaux du président dans la course à la présidentielle, MM. Mpayimana et Habineza.

Elu avec 98,63% des voix

La Commission électorale (NEC) a publié samedi après-midi les résultats complets portant sur l'ensemble des bulletins dépouillés, qui donnent M. Kagame très largement vainqueur avec 98,63% des suffrages exprimés, soit mieux encore qu'en 2003 (95%) et 2010 (93%).

La NEC a confirmé que le taux de participation s'élevait à 96,42% des 6,9 millions d'électeurs inscrits. L'indépendant Philippe Mpayimana obtient 0,73% des suffrages exprimés, et Frank Habineza, leader du Parti démocratique vert, le seul parti d'opposition autorisé au Rwanda, recueille 0,47% des voix.

La large victoire de M. Kagame, 59 ans, salué pour avoir mis fin au génocide de 1994 et redressé économiquement le Rwanda, mais aussi critiqué pour le manque d'ouverture démocratique de son pays, était attendue avant même le scrutin.

Kagame: "un choix basé sur l'avenir"                         

Le pourcentage de voix obtenu par M. Kagame correspond à celui par lequel les Rwandais avaient approuvé en 2015 une modification de la Constitution lui permettant de se présenter pour un troisième mandat et de potentiellement de diriger le pays jusqu'en 2034. Près de 98% des Rwandais avaient voté en faveur de cette réforme, critiquée par les observateurs.

"Cela confirme que les Rwandais ont fait un choix basé sur l'avenir qu'ils veulent", avait déclaré dans la nuit de vendredi à samedi le chef de l'État devant des milliers de supporteurs réunis auprès du nouveau quartier général de son parti, le Front patriotique rwandais (FPR), à Kigali. "Nous allons continuer le travail que nous avons commencé pour promouvoir un meilleur Rwanda."

Une opposition de façade ?

Ses deux adversaires, qui étaient passés quasiment inaperçus dans une campagne phagocytée par le FPR, parti contrôlant toutes les sphères de la société de ce petit pays de la région des Grands Lacs, ont admis leur défaite. 

"J'accepte le résultat et je félicite le FPR et Paul Kagame", a déclaré à l'AFP M. Mpayimana. "Je ne vais pas m'arrêter là. Je demande à tous les citoyens de me rejoindre pour que nous puissions être plus forts à la prochaine élection"

M. Habineza a reconnu être déçu par son résultat et a regretté les problèmes rencontrés lors de la campagne. "Vous m'avez tous donné plus de courage et de confiance pour continuer une lutte plus démocratique", a-t-il cependant déclaré à l'attention de ses électeurs.

En amont du scrutin, MM. Habineza et Mpayimana s'étaient plaints de nombreuses difficultés, dont le peu de temps à leur disposition pour lever des fonds et faire campagne. Les deux rivaux de Paul Kagame avaient rassemblé à peine quelques centaines de personnes lors de leurs réunions de campagne.​

Soupçons d'irrégularités, selon Washington

Samedi, les Etats-Unis se sont dit "troublés" par des "irrégularités" observées selon eux lors du scrutin. "Nous sommes troublés par les irrégularités observées au cours du scrutin et nous réitérons nos inquiétudes de longue date sur l'intégrité du processus de totalisation des votes", a déclaré la porte-parole du département d'Etat américain, Heather Nauert, dans un communiqué.

La diplomatie américaine fait également part de ses inquiétudes concernant "le manque de transparence pour déterminer l'éligibilité des candidats potentiels", selon le même communiqué.               

L'homme fort du Rwanda

Paul Kagame est l'homme fort du Rwanda depuis que le FPR a renversé en juillet 1994 le gouvernement extrémiste hutu ayant déclenché un génocide qui a fait 800.000 morts entre avril et juillet 1994, essentiellement parmi la minorité tutsi.
Il a d'abord été vice-président et ministre de la Défense, dirigeant de facto le pays, avant d'être élu président en 2000 par le Parlement, puis réélu au suffrage universel en 2003 et 2010.

M. Kagame est crédité du spectaculaire développement, principalement économique, d'un pays exsangue au sortir du génocide. Mais il est aussi accusé de bafouer la liberté d'expression et de réprimer toute opposition.

De nombreuses voix critiques ont été emprisonnées, forcées à l'exil et pour certaines assassinées. Des observateurs assuraient que les candidatures de MM. Habineza et Mpayimana n'étaient qu'une "façade" à destination de la communauté internationale.