Gabon: médias en sourdine

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©Tv5monde

Cinq jours après la proclamation de la réélection d'Ali Bongo et les violences qui ont suivi, les communications fonctionnent au ralenti. Si internet n'est plus totalement "en panne", du côté des médias indépendants, c'est toujours le silence radio. Plusieurs télévisions ont été saccagées à Libreville. Reportage de nos envoyés spéciaux à Libreville.

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Malgré l'appel du Premier ministre, la reprise se faisait au ralenti ce lundi 5 septembre 2016, à Libreville, la capitale gabonaise, théatre de violences post-électorales la semaine dernière.

Sur Twitter, le ministère de l'Intérieur gabonais affirmait pour sa part que la "vie reprenait son cours".


Sur le front des médias, internet semblait fonctionner à nouveau après quatre jours de "panne", comme le constate via Twitter notre confrère de RFI.

De manière générale, l'information est une denrée rare au Gabon ces jours-ci. Le gouvernement ne communique quasiment pas depuis plusieurs jours.

Le journal L'Union, très favorable au pouvoir, n'est pas paru depuis mercredi. "Nous avons fait l'objet d'un incendie. Nous ne pouvons pas travailler", indique à l'AFP son directeur de la publication, Lin-Joël Ndembet, qui ignore quand le quotidien pourra revenir en kiosque.

Les locaux de deux télévisions privées, Radio-Télévision Nazareth (RTN) et Télé Plus, ont aussi été attaqués, a constaté un journaliste de l'AFP dimanche matin.

Les locaux de RTN ont été incendiés et sa régie détruite "mercredi soir par des agents des forces de l'ordre cagoulés et fortement armés", selon son PDG, le pasteur Georges Bruno Ngoussi.

Des télévisions visées

"Le câble co-axial a été sectionné. Ce sont des connaisseurs. Ils savent que c'est le câble de connexion du signal avec le satellite Eutelsat", commente le pasteur dont la télévision ne peut plus émettre ni par satellite, ni pas voie hertzienne, ni par internet.

Selon lui, les attaques contre RTN ont commencé dès le 28 août quand son média diffusait les tendances de l'élection de la veille, "bureau de vote par bureau de vote", avec un avantage à Jean Ping.

"Ils ont frappé en même temps le QG de Ping, RTN et nous ici à Télé Plus", affirme Franck Nguéma, qui a fondé cette chaîne indépendante dont les locaux exigus se trouvent sur le front de mer.

Il affirme que sa chaîne a été attaquée par des "commandos" comme à plusieurs reprises dans le passé. Régie détruite, CD-Rom d'archives par terre, dossiers éparpillés... : la même scène qu'à RTN se répète dans les locaux de Télé Plus.

"Nous avons repris la diffusion dans d'autres endroits. Nous diffusons le message de Jean Ping", assure Franck Nguéma.

Dans ce message lu vendredi soir, l'opposant revendiquait le titre de "président élu" et demandait un nouveau décompte des voix par bureau de vote, seule condition d'"apaisement" selon lui. Dieudonné Apérano lui-même, le représentant du parti présidentiel à Paris, a annoncé dimanche sa démission et appelé Ali Bongo à reconnaître la victoire de son rival.

Des chaînes gabonaises continuaient aussi d'émettre comme Kanal 7, et surtout les deux chaînes publiques proches du pouvoir : Télé Gabon diffusait dimanche après-midi des annonces de série télévisée, tandis que Gabon 24 annonçait en bandeau un report au 6 septembre de la rentrée parlementaire.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, a quant à lui annoncé avoir téléphoné dimanche à MM. Bongo et Ping pour les appeler "à faire cesser immédiatement les actes de violence dans le pays".

Au total dans tout le Gabon, ces violences ont fait sept morts, dont cinq civils à Libreville, un civil à Port-Gentil, la capitale économique, et un policier à Oyem dans le nord, selon un décompte de l'AFP.

Combien de disparus ?

Plusieurs Gabonais semblent avoir disparu durant les derniers jours. Dimanche matin à Libreville, au moins deux personnes interrogées par l'AFP cherchaient un proche dont ils sont sans nouvelles depuis la nuit de mercredi à jeudi, date de l'assaut armé des forces de sécurité contre le siège de l'opposant Jean Ping.

"Je cherche mon fils Jocelyn. Il était au QG de Jean Ping", témoigne Jacqueline, tandis qu'un autre habitant affirme ne pas avoir de nouvelles de son frère. "Nous l'avons cherché dans les commissariats, à la police judiciaire, au CHU d'Owendo, à la polyclinique Chambrier, et même dans plusieurs entreprises de pompes funèbres", raconte-t-il.

Plusieurs dizaines de personnes se sont regroupées lundi devant le palais de justice de Libreville dans l'espoir d'obtenir des nouvelles d'un proche introuvable depuis le début des violences post-électorales au Gabon, alors que le parquet doit mener les auditions des centaines de personnes arrêtées.

Dans l'enceinte du palais de justice, plusieurs personnes sont descendues d'un camion main sur la tête pour être conduites sous surveillance policière vers l'intérieur du bâtiment, ont constaté des journalistes de l'AFP. Derrière les grilles, des dizaines de personnes espéraient apercevoir un fils, un frère, une soeur ou un mari, introuvables depuis l'explosion de violences mercredi.

Sur les réseaux sociaux, des familles lancent des appels à l'aide pour tenter de retrouver leurs proches dont ils sont sans nouvelles.

Malgré la mise en suspens du réseau internet depuis le Gabonpendant plusieurs jours, la twittosphère reste le lieu où les anti-Bongo se mobilisent le plus, derrière de nombreux mots-dièse #prayforgabon, #respectezmonvote #bongoiskilling. Des photos circulent, invérifiables, montrant des civils blessés à l'acide, accusant les forces de l'ordre.

L'opposant Jean Ping évoque lui aussi sur son compte Twitter des
massacres perpétrés par les forces gabonaises.