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Pourquoi les Etats-Unis lèvent-ils les sanctions contre le Soudan ?

Source : AP

Donald Trump a levé vendredi l'embargo économique vieux de 20 ans à l'encontre du Soudan, poursuivant ainsi une politique de détente vis-à-vis de Khartoum amorcée par son prédécesseur Barack Obama. Cette mesure avait été imposée en 1997, sous la présidence de George W. Bush, en raison du soutien présumé du Soudan aux groupes islamistes. Malgré cette levée, le pays reste sur la liste noire américaine des « sponsors du terrorisme ».

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Pour rare, elle n'en a pas été moins diligente. La décision de Donald Trump d'entériner ce vendredi  la levée formelle de l'embargo économique vieux de 20 ans à l'encontre du Soudan s'inscrit en droite ligne avec la politique de détente suivie par Barack Obama. L'un des rares dossiers pour lesquels l'administration Trump poursuit l'action de la précédente.  


Pourquoi cette levée de l'embargo ? 


Cette levée de l'embargo contre le Soudan apparaît comme une réponse en forme de récompense, de bon point attribué à Washington à l'égard d'un pays ayant fait montre de bonne conduite et d'efforts pour lutter contre le terrorisme. 
 

«Les actions du gouvernement du Soudan au cours des neuf derniers mois montrent qu'il prend au sérieux la coopération avec les Etats-Unis», s'est ainsi félicité la porte-parole du département d'Etat Heather Nauert.

Juste avant de quitter la Maison-Blanche, Barack Obama avait déjà levé une partie des sanctions contre Kartoum pour une période probatoire de six mois. En retour, le président soudanais Omar el-Béchir s'était engagé à respecter une feuille de route en cinq points, parmi lesquels l'arrêt du soutien aux groupes rebelles au Soudan du Sud, la fin des affrontements dans les provinces du Darfour, du Nil-Bleu et du Kordofan-Sud et une coopération avec le renseignement américain contre le terrorisme.

En vertu de cet accord, le Soudan était également tenu d'améliorer l'accès des organisations humanitaires dans le pays et de coopérer davantage à la traque de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) de Joseph Kony, une milice qui s'est rendue coupable d'enlèvements d'enfants et de mutilations de civils à grande échelle.

A la fin de cette période probatoire, en juillet 2017, Donald Trump s'était donné trois mois supplémentaires pour décider de lever ou non de manière permanente cet embargo.

Le Soudan toujours sur la liste noire


Cette période étant révolue, le président américain a finalement opté pour la levée d'une grande partie des sanctions, même si le Soudan demeure sur la liste noire américaine des Etats soutenant le terrorisme. Khartoum fait à ce titre toujours l'objet de certaines sanctions, notamment sur les armes, ainsi que de sanctions imposées par le Conseil de sécurité des Nations unies.

«Lever les sanctions de manière permanente envoie le mauvais message alors que le Soudan a fait très peu de progrès en matière de droits de l'homme (...) Un tel gouvernement ne devrait pas être récompensé», a estimé Andrea Prasow de l'organisation Human Rights Watch à Washington, qui rappelle que le président soudanais fait l'objet d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et génocide.

Omar El-Bechir pendant l'ouverture du sommet France-Afrique à Cannes en février 2007
Omar El-Bechir pendant l'ouverture du sommet France-Afrique à Cannes en février 2007
(AP Photo/Lionel Cironneau)

Magnus Taylor, analyste pour l'International Crisis Group, estime au contraire que cette levée de l'embargo constitue un moyen efficace de gagner la coopération du Soudan. «Si les Etats-Unis sont intelligents, ils utiliseront cet élan dans les relations avec le Soudan pour pousser à des progrès supplémentaires dans la conduite de gouvernement soudanais», a-t-il expliqué.

Les Etats-Unis ont imposé des sanctions au Soudan en 1997 pour son soutien présumé à des groupes islamistes. Le fondateur d'Al-Qaïda Oussama Ben Laden a vécu à Khartoum entre 1992 et 1996. Au fil des années, les administrations américaines ont renforcé ces restrictions, accusant Khartoum de violations des droits de l'homme notamment dans le conflit meurtrier contre des rebelles au Darfour qui a fait 330.000 depuis 2003, selon l'ONU.