Présidentielle au Nigeria : Goodluck Jonathan ou Muhammadu Buhari ?

Le président sortant Goodluck Jonathan (à droite) et son opposant Muhammadu Buhari (à gauche), qui se préparent à signer le renouvellement de leur engagement pour des élections "libres, justes et fiables", le 26 mars 2015, dans un hôtel de la capitale Abuja.
Le président sortant Goodluck Jonathan (à droite) et son opposant Muhammadu Buhari (à gauche), qui se préparent à signer le renouvellement de leur engagement pour des élections "libres, justes et fiables", le 26 mars 2015, dans un hôtel de la capitale Abuja.
AP Photo/Ben Curtis

L’élection présidentielle nigériane, dont l’issue est très incertaine, se tient ce samedi 28 mars. Elle oppose deux principaux candidats : Muhamadu Buhari, ancien général, et le président sortant Goodluck Jonathan. Présentation. 

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Un chrétien du Sud contre un musulman du Nord. Les deux principaux candidats à l’élection présidentielle s’affronteront au premier tour qui aura lieu ce samedi 28 mars, au Nigeria. La bataille entre Goodluck Jonathan, candidat du Parti démocratique populaire (PDP) et Muhammadu Buhari du Congrès progressiste (ACP) s’annonce la plus serrée depuis l’indépendance du pays en 1960. En effet, pour la première fois depuis le retour de la démocratie en 1999, le président sortant n'est pas donné comme grand favori. 
 

Goodluck Jonathan, le président sortant critiqué

Goodluck Jonathan, 57 ans, est président du Nigeria depuis mai 2010. Il tente donc de briguer un second mandat cette année. Mais il est très critiqué au sein de la population nigériane ainsi qu'à l’étranger, pour n’avoir pas pu stopper l’avancée de Boko Haram, même si depuis plusieurs semaines, il clame que la fin du groupe est proche.

La secte islamiste ne cesse de perpétrer des attentats dans le Nord-est du pays et gagne du territoire. C’est d’ailleurs dans ce contexte de passivité du gouvernement nigérian que les troupes armées du Niger, du Cameroun et du Tchad ont décidé d’intervenir pour lutter contre les djihadistes. 
 
L’actuel président fait également l’objet de critiques pour avoir laissé la corruption gangrener le pays. Plusieurs observateurs estiment qu’elle n’a fait que s’étendre depuis le début du mandat de Jonathan, notamment avec un scandale de plusieurs milliards de dollars au sein de la compagnie pétrolière nationale. De son côté, le président estime avoir contribué à assainir les finances publiques lors de son premier mandat.
 
On lui reproche aussi d’avoir trop peu investi dans de nouvelles infrastructures dans un pays privé d’électricité plusieurs heures par jour.
 
Le bilan de Goodluck Jonathan dans le secteur agricole est un de ses points forts. Il a entrepris des investissements importants qui ont généré des emplois. Cependant, le bilan économique du pays est très contesté. La pauvreté et le chômage persistent. Au Nigeria, 173 millions d’habitants vivent avec moins de deux dollars par jour alors que le pays, pétrole oblige, est la première puissance d'Afrique. 
 

Muhammadu Buhari, le général persévérant

C’est la quatrième fois que cet ancien général de 72 ans se présente à l’élection présidentielle nigériane. Il est le candidat malheureux des précédents scrutins de 2003, 2007 et 2011. Quand il dirigeait le Nigéria d'une main de fer dans les années 80, il s'était forgé une image d'incorruptible. Aujourd'hui encore, il fait de la lutte contre la corruption son principal argument de campagne.
 
Dans la première puissance pétrolière d'Afrique, gangrénée par les détournements d'argent, le sujet est sensible. "La corruption est devenue une véritable culture au Nigeria. Dès que nous serons investi au gouvernement, qui que ce soit qui abusera de la confiance sera appelé à rendre des comptes", a confié le candidat du Congrès progressiste à l’AFP. C’est donc sur ce thème clé que Buhari peut faire la différence avec Jonathan.
La corruption est devenue une véritable culture au Nigeria.
Muhammadu Buhari 
Le candidat de l'APC a également fait campagne sur la promesse d'éliminer Boko Haram. Le groupe islamiste contrôle désormais des pans entiers du Nord est du pays. "Nos soldats n'ont pas reçu le soutien nécessaire ni les moyens pour résoudre le problème (de l'insurrection islamiste). Je vous assure que, si je suis élu président, je vais changer ça", a affirmé Buhari, en février dernier. Et d'ajouter : "aucun pouce du territoire ne restera aux mains de l'ennemi". 
 
Buhari est considéré comme le président "naturel" par la population du Nord (majoritairement des Haoussas et des Peuls). En effet, au Nigeria, une règle tacite veut qu’après un président chrétien, c’est au tour d’un musulman de prendre le pouvoir, et inversement. Cependant, l’opposant a été caricaturé par ses détracteurs comme un fanatique religieux prêt à imposer la charia (déjà en vigueur dans plusieurs Etats du Nord) dans tout le pays. Si elles sont sans fondements, ces accusations pourraient dissuader des électeurs du Sud, majoritairement chrétiens, de voter pour lui. Et s'il peut compter sur le soutien des Nigérians du Nord, encore faudrait-il que ceux-ci puissent aller voter malgré le chaos qui règne dans cette partie du pays. Cette instabilité pourrait donc profiter au président sortant. 

Selon des experts, des violences risquent notamment d’éclater dans le Nord majoritairement musulman si l’ex-général, l’enfant du pays, perd, et surtout, si des doutes existent sur la transparence du scrutin. A l'inverse, si Buhari remporte le scrutin, des rebelles armés du Delta du Niger, au sud, d'où Goodluck Jonathan est originaire, ont menacé de semer le trouble dans cette région riche en ressources pétrolières.
Remi Sonaiya, unique femme à la présidentielle nigériane
Affiche de campagne de Remi Sonaiya, candidate à la présidentielle nigeriane.
Au Nigeria, les violences électorales sont fréquentes. Lors de la dernière présidentielle, en 2011, près d'un millier de personnes ont été tuées après l'annonce de la victoire du président actuel Goodluck Jonathan. A cette époque là, Muhammadu Buhari était déjà son adversaire. Un nouveau duel se profile donc pour ce prochain scrutin qui compte quatorze candidats dont une femme : Remi Sonaiya (voir encadré). 
Mais plus que les violences électorales qui menacent l'après-scrutin, ce sont bien les attaques de Boko Haram que craint le gouvernement nigérian. Le pays est placé sous haute surveillance car la secte islamiste a promis de perturber les élections générales. Les frontières maritimes et terrestres ont été bouclées mercredi à minuit et ce jusqu'à la même heure samedi. Les services de renseignement appellent à la plus grande vigilance dans les endroits très fréquentés car les islamistes de Boko Haram ont déjà montré de quoi ils étaient capables...