Afrique

Présidentielle en Côte d'Ivoire : pendant la crise, la vie continue

La grosse pression du week-end est passée. Suspension des chaînes étrangères et des sms, fermetures des frontières, couvre-feu, etc…, tout semble avoir été allégé lundi. Les activités ont repris un peu partout.

Pourtant, rien ne présage un lendemain meilleur pour la Côte d’Ivoire, désormais « pilotée » par deux présidents et deux gouvernements. Reportage à Abidjan.

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Sur un marché à Yopougon (©Avenue225)
Sur un marché à Yopougon (©Avenue225)
8 heures 26. Adjamé, commune bouillante (d'Abidjan, NDLR) qui abrite la plus grande gare routière. La vie semble avoir repris comme si rien ne s’était passé la semaine dernière. Les piétons se bousculent toujours sur les trottoirs devenus exigus du fait du mauvais stationnement des voitures. Les commerces et magasins ont ouvert. De loin, on entend les vendeurs ambulants héler les clients. Le marché de légumes lui aussi est bondé de monde. « Moins que d’habitude », précise une vendeuse, quoique plus que les sept derniers jours.

Mais pour de nombreux vendeurs et clients rencontrés, cette reprise des activités n’est pas synonyme d’une accalmie dans la capitale. « Je suis venue faire mes provisions pour les jours à venir. On ne sait pas ce à quoi on doit s’attendre », affirme dame Brigitte N’Goran, ménagère et habitant la commune de Williamsville (Nord d’Abidjan). Comme Brigitte, elles sont nombreuses à faire des achats « en gros ». « Pour nous c’est une bonne affaire, parce les clients achètent deux voire trois fois plus que d’habitude. C’est bien, mais c’est inquiétant en même temps. Ça signifie qu’on s’attend à ce que les choses se gâtent », pressent Yvonne Tra Lou, vendeuse au « marché gouro » - célèbre marché abidjanais de vivriers.

LES AFFAIRES REPRENNENT... POUR COMBIEN DE TEMPS ?

Le Plateau, centre des affaires, lui aussi renaît. Quelques entreprises ont rouvert. Les banques aussi. « Il faut bien travailler. On est en train de perdre du temps », se plaint Casimir D, cadre de banque. Les établissements financiers ont décidé de restreindre leur activité, et de travailler jusqu’à 13 heures pas plus. « Cette mesure va rester en vigueur jusqu’à ce que la situation se normalise », précise un haut cadre de la Société générale à Abidjan.




Ambiance dans les différents quartiers d'Abidjan (diaporama ©Avenue225).

À côté des entreprises, quelques écoles aussi sont prêtes à accueillir leurs élèves, même si ce n’est pas la grande affluence. « Certains ont préféré rester chez eux par crainte de manifestations dans la journée », fait remarquer « Ablo », gardien d’un collège à Cocody. Ce lundi à Abidjan, la crainte et l’anxiété sont les choses les mieux partagées. Des inquiétudes qui semblent justifiées.

COUVRE-FEU ET MANIFESTATIONS SPORADIQUES

« On nous a demandé de fermer et de rentrer à la maison », affirme AZ, comptable dans une entreprise de la place de Cocody. « Rien n’est sûr, craint-elle, d’autant plus que le couvre feu a été reconduit jusqu’au 16 décembre prochain ». Les Ivoiriens vont devoir rester chez eux de 22 heures à 5 heures du matin. Pendant ce temps, dans des quartiers comme Abobo, Treichville ou encore Port-bouet (commune qui abrite l’aéroport) des manifestations sont signalées. « J’ai vu des jeunes mettre le feu à certains carrefours », raconte un témoin joint par téléphone. Sans aucun doute, il affirme que ces derniers sont des proches de Ouattara. « Ils revendiquent la victoire de leur candidat ».

Manifestation pro-Ouattara dans un quartier d’Abidjan (©Avenue225)
Manifestation pro-Ouattara dans un quartier d’Abidjan (©Avenue225)
À Koumassi par exemple, des pneus ont été brulés. Mais les défilés ont été très vite dispersés par les forces de l’ordre omniprésentes dans toute la capitale. « Ces derniers jours, les militaires sont partout. D’ailleurs la voie qui passe devant la télé est interdite à toute circulation », raconte un journaliste d’un média étranger sur place à Abidjan.

Dans les autres villes du pays règne un calme relatif. À Bouaké, fief des forces nouvelles (ex-rébellion) quelques manifestations de rue ont tout de même émaillé cette journée. Ferkessédougou et Korhogo dans le nord sont restées plutôt calme, l’oreille tendue vers ce qui se fait à Abidjan. Les yeux et les espoirs tournés vers la médiation de l’ancien chef d’État sud africain Thabo Mbeki. À Abidjan, depuis le dimanche 5 décembre, il achève sa mission. Pour lui, c’est une course contre la montre. Pour les Ivoiriens aussi, leur avenir se joue au fil des heures. Qui de Gbagbo ou de Ouattara va céder son « fauteuil présidentiel » ? La question est sur toutes les lèvres. De quoi le lendemain sera-t-il fait ? Bien malin celui qui le saura.