Procès du rappeur marocain : « le juge a chargé au maximum »

Le rappeur Mouad Belghawat, militant au sein du mouvement marocain du 20 Février.
Le rappeur Mouad Belghawat, militant au sein du mouvement marocain du 20 Février.

Connu pour ses chansons contestataires, le jeune rappeur marocain Mouad Belghawat a été condamné un an de prison ferme et à une amende de 1 000 dirhams (90 euros), vendredi 11 mai 2012. Celui que l'on surnomme l'enragé, « Al-Haqed »,  était poursuivi pour « outrage à un officier public dans le cadre de ses fonctions et à un corps constitué ». En cause ? Une vidéo diffusée sur Youtube où apparaissent des policiers sur fond d'une de ses chansons. Son avocat Omar Bendjelloun a décidé de faire appel. Entretien.

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Entretien avec Omar Bendjelloun, avocat de Mouad Belghawat

Avez-vous été surpris par la peine d'un an de prison ?

Pas vraiment. Le code prévoit une peine allant d'un mois à un an de prison. Le juge a chargé au maximum. C'est une sentence très lourde. D'autant que la défense n'a pas eu l'occasion de plaider en raison d'une interaction entre le public et les avocats de la DGSN, la police nationale, qui s'est constituée partie civile dans ce procès. On a dû se retirer pour contester le fait qu'une militante ait été interpellée dans l'enceinte du tribunal et mise en garde à vue. Ce qui a fait que le PV de l'audience n'a enregistré que les plaidoiries des avocats de la DGSN et le réquisitoire du procureur. Donc sur cette base, le juge n'a pu que condamner au maximum. Un moment, il était même question de poursuivre mon client pour récidive. Tout cela pour l'isoler et le museler. Pourtant sa première condamnation n'avait rien avoir puisqu'il s'agissait d'un affaire pour coup et blessure. Heureusement, cette idée a été écartée par le juge.

Mouad Belghawat garde-t-il le moral  ?


Oui certainement. C'est quelqu'un qui a un moral d'acier. Il reste très attaché à ses convictions qu'il exprime clairement à la barre. « Même si vous me condamnez, je continuerai à penser la même chose ». C'est ce qu'il a déclaré aux magistrats. C n'est pas très diplomate ni très consensuel mais c'est son attitude de militant. J'espère qu'en appel, on va réussir à minimiser la peine à 6 ou 3 mois de prison, voire même arracher l'innocence et la relaxe. Un an de prison, c'est dur et ça peut saper le moral de l'artiste.  

En appel, quels arguments allez-vous faire prévaloir ?

On va développer la même thèse qu'en première instance. On va rappeler que le lien de causalité entre une injure et un éventuel dommage pour les 60 000 policiers n'est clairement pas établi. Ce qui est en cause, c'est une chanson de rap qui dénonce la corruption dans un certain milieu. Mais la corruption est dénoncée partout dans tous les corps, même dans celui de la magistrature et des avocats. Ni loi marocaine ni la jurisprudence marocaine ne définissent ce qu'est une injure, quel est le contenu d'une injure. Donc c'est au juge en son for intérieur de décider s'il y a injure ou pas. On va donc essayer de l'influencer en lui rappelant des jurisprudences notamment française et américaine. On va plaider l'absence d'éléments matériels et juridiques, et surtout l'absence d'éléments intentionnels car bien évidemment Mouad cherchait à dénoncer une situation mais n'avait pas l'intention de blesser quelqu'un.

Pour vous, votre client est-il victime d'un acharnement ?

Oui certainement car la DGSN abandonne tous ses dossiers sur le terrorisme et les atteintes  à la sécurité nationale et régionale pour se concentrer sur un jeune rappeur de la périphérie de Casablanca. Je pense que ce n'est pas à l'image d'une grande institution sereine. C'est plutôt révélateur d'une certaine fragilité interne, d'une forme de vengeance.


Chanson contestataire de Mouad Belghawat