Quand Sarkozy conquiert Madagascar

En appelant lors de son investiture à l'unité et à la réconciliation nationale, le nouveau président de Madagascar s'est risqué à un emprunt qui n'est pas, comme il l'aurait sans doute dû, resté inaperçu.

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Le président élu Hery Rajaonarimampianina
Le président élu Hery Rajaonarimampianina
Si c'est le signe d'un retour de la francophilie dans la Grande Île, certains l'auraient souhaité plus discret et moins connoté. Lors de son discours d'investiture de samedi, le nouveau président de Madagascar Hery Rajaonarimampianina a développé les thèmes de l'unité et de la réconciliation nationales. C'est un peu la loi du genre, a fortiori dans un pays meurtri par cinq années de rivalités politiques. Moins banal est l'emprunt direct – sans le mentionner – à un autre discours d'un autre (alors futur) président : celui de Nicolas Sarkozy devant ses comités de soutien quelques mois avant son élection à la présidence de la République.

Version originale de ce dernier au palais de la Mutualité (Paris) en février 2007 : « Je me suis adressé à tous mes amis qui m'avaient accompagné jusque-là, à tous les militants dévoués et fidèles avec lesquels j'avais partagé tant de combats et je leur ai demandé, comme une nouvelle preuve de leur amitié, de me laisser libre, de me laisser libre d'aller vers les autres, vers celui qui n'avait jamais été mon ami, qui n'avait jamais appartenu à notre camp, à notre famille politique, qui parfois même nous avait combattu (…) Lorsqu'il s'agit de la France, il n'y a plus de camp ».

Dans la version malgache de Hery Rajaonarimampianina, l'adresse devient : « Je demande à mes amis qui m'ont accompagné jusqu'ici de me laisser libre, libre d'aller vers les autres, vers celui qui n'a jamais été mon ami, qui n'a jamais appartenu à notre camp, à notre famille politique qui parfois nous a combattu. Parce que lorsqu'il s'agit de Madagascar, il n'y a plus de camp ».

Maladresse de porte-plume pressé ou référence admirative ? Malgré l'heureuse transformation du mot « France » en « Madagascar », le coupé-collé n'a en tout cas pas échappé aux commentateurs et blogeurs malgaches, plutôt ironiques. « Sarkozy copié et pillé... » titrait ainsi lundi en Une «  la Gazette de la Grande Île ».
 
L'ensemble du discours n'en a pas moins été apprécié, tant par les membres du corps diplomatique que par les politiciens malgaches qui espèrent que le pays va tourner la page de la crise politique et institutionnelle ouverte par le renversement du président Marc Ravalomanana début 2009. Des pourparlers semblent engagés avec des partisans de ce dernier, dont le retour n'est plus exclu, de même qu'une participation de sa « mouvance » au gouvernement.

« C'est un discours absolument fabuleux, plein d'espoir. Nous étions tous très très émus », a pour sa part salué, enthousiaste, la ministre française de la Francophonie Yamina Benguigui ... peu suspecte de sarkozysme.