Afrique

RDC : ambiance tendue au surlendemain des élections

Après un scrutin émaillé de violences - entre 7 et 11 morts - la tension reste vive en République démocratique du Congo. Des candidats à la présidentielle, dont l'opposant Léon Kengo, ont demandé l'annulation des élections de lundi en dénonçant de nombreuses "irrégularités".

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Décomptes des bulletins de vote le 28 novembre 2011 à Goma (AFP)
Décomptes des bulletins de vote le 28 novembre 2011 à Goma (AFP)
Dans une déclaration commune, Kengo, Antipas Mbusa Nyamwisi et Adam Bombole Intole dénoncent des bureaux de vote "fictifs, ou à tout le moins non localisables", des bulletins de vote "parallèles, pré-remplis ou vierges au profit" du candidat Joseph Kabila, le chef de l'Etat sortant, ou de candidats députés de sa majorité.

demande d'"Invalidation pure et simple"

Ils dénoncent aussi "l'utilisation des moyens de l'Etat par" M. Kabila, la non-ouverture de bureaux de vote, l'insuffisance de bulletins "provoquant artificiellement une baisse du taux de participation" et des dépouillements "à huis-clos après le "refus d'admettre la présence de témoins de l'opposition" dans plusieurs bureaux. Les trois candidats "déclarent n'accorder aucun crédit aux résultats qui pourraient résulter de pareils scrutins" dont ils "exigent l'invalidation pure et simple".

L'ex-président de l'Assemblée nationale, Vital Kamerhe, a aussi réclamé l'annulation des scrutins pour des cas de "fraude", "manipulation de votes" et "violation" de la loi électorale, dans une lettre adressée notamment au président Kabila et aux diplomates accrédités en RDC. Kamerhe y critique le chef de la Mission de l'ONU, l'Américain Roger Meece, "dont le soutien au pouvoir en place et au pasteur (Daniel Ngoy) Mulunda (président de la Céni) ne fait aucun doute". La Monusco a fourni un important appui logistique à la Céni. "Malgré les manquements, les ratés et le calendrier non respecté, régulièrement dénoncés par l'opposition", Meece "ne cessait d'assurer que le processus avançait normalement", a-t-il jugé.

Le principal rival du président sortant, Etienne Tshisekedi, n'a pas demandé l'invalidation du scrutin qu'il se dit certain d'avoir remporté.

Ambiance explosive

De son côté, le président de la Céni a estimé qu'il n'y avait "rien pour annuler ces élections, vraiment rien, on n'y pense même pas!  99% des bureaux ont ouvert le jour du vote, et seulement 485 ont connu des problèmes", a-t-il affirmé.

"Nous risquons de vivre une période très, très critique de tensions", a déclaré à l'AFP Jérôme Bonzo, coordinateur de l'ONG congolaise Agir pour des élections transparentes et apaisées (AETA)."Cette ambiance est explosive. Cela a été constaté hier dans tous les bureaux de vote où il y a eu tentative de fraude, où il y a eu tentative de manipulation par des agents électoraux, par certains candidats à différents niveaux", a-t-il estimé.

Les Etats-Unis ont dit lundi espérer que "les informations faisant état d'anomalies" vont s'avérer "isolées", a déclaré Mark Toner, un porte-parole du département d'Etat. L'Union européenne a lancé mercredi un appel au calme et à l'apaisement.
 
Ce mercredi, les missions d'observation internationales du Centre Carter et de l'Union européenne, et les missions africaines réunies ensemble, doivent chacune présenter leurs premières conclusions sur le scrutin.

Entre 7 et 11 tués

A Lubumbashi (sud-est), capitale de la province du Katanga, le calme est revenu au lendemain de violences meurtrières. Les sources officielles sur le nombre de victimes sont discordantes. Selon le gouverneur de la province du Katanga, Moïse Katumbi, 8 rebelles ont été tués, 2 policiers et une civile tués, 11 rebelles arrêtés. Selon le porte-parole militaire, le capitaine Mbav, 4 agresseurs ont été tués ainsi que deux policiers et une civile venue voter dans le bureau de vote du centre de la capitale de la province du Katanga.

Le bureau touché a été réouvert mardi en fin de journée. "On nous a demandé de travailler parce que les gens ont soif de voter", a déclaré à l'AFP Hugo Kasongo, un agent de la Céni, présent lors de l'attaque.

Dépouillement et résultats

Comme l'avait autorisé lundi la Céni, des électeurs ont pu encore voter mardi dans des bureaux qui avaient ouvert en retard la veille ou n'ont jamais pu fonctionner, en raison du mauvais déploiement du matériel électoral.

Entamé lundi soir, le dépouillement s'est poursuivi mardi dans plusieurs bureaux. Si le scrutin est validé, les résultats provisoires de la présidentielle sont attendus le 6 décembre, ceux des législatives le 13 janvier.