Afrique

RDC : attaque meurtrière contre des Casques bleus tanzaniens

Attaque monusco kivu
Récit de notre correspondante Marianne Getti

L'attaque qui a eu lieu dans la nuit du 7 au 8 décembre contre la Monusco dans le Nord-Kivu a fait au moins 15 morts, tous Tanzaniens, et une cinquantaine de blessés. L'attaque la plus meurtrière contre une force de l'ONU depuis 1999 est attribuée au groupe armé AFD.

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La Monusco et l'armée tanzanienne mènent l'enquête après la mort de 15 Casques bleus en Tanzanie lors d'une attaque qui a complétement dévasté le camp de Semuliki. Ce camp de Casques bleus est situé dans le territoire Beni, près de la frontière ougandaise, dans la zone dite du "triangle de la mort" Mbau-Kamango-Eringeti, un fief du groupe armé ougandais AFP dans le Nord-Kivu, un État de la RDC frontalier de l'Ouganda. Les circonstances précises de cet assaut, qui a duré trois heures, restent encore à déterminer.

"Les Casques bleus ne font plus peur"

Minutieusement préparée, cette attaque est la pire subie par des Casques bleus depuis 24 ans et la plus meurtrière contre la force onusienne dans l'ex-Zaïre (Monusco) depuis son déploiement en 1999. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s'est déclaré "indigné" face à ce "crime de guerre".

Règlement de comptes avec des Casques bleus tanzaniens sur fond d'économie de guerre et de contrôle du trafic de l'or et des minerais ou mise en insécurité des Casques bleus alors que la RDC traverse de fortes turbulences politiques ? Entre plusieurs hypothèses, le chercheur français Thierry Vircoulon note que "les Casques bleus ne font plus peur. Tous les miliciens d'Afrique centrale ont compris qu'on peut tirer sur eux".

L'ADF soupçonné

"C'est une attaque qui a été manifestement préparée et organisée", a déclaré à nos confrères de RFI Jean-Pierre Lacroix, secrétaire général adjoint en charge des opérations de maintien de la paix aux Nations unies, expliquant qu'il s'agissait d'un groupe lourdement armé. "Ces gens ont tout utilisé, de la machette au lance-roquette, ils ont presque rasé le camp", ajoute-t-il. Il s'agirait, selon le spécialiste, de l'ADF (Allied Defense Forces, Forces démocratiques alliées), un groupe armé ougandais musulman qui sévit depuis plus de vingt ans dans le Nord-Kivu.


Repliés en forêt, les ADF combattent depuis le Nord-Kivu le pouvoir du président ougandais Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 27 ans. Le 7 octobre dernier, ils ont tué 25 civils ainsi que trois autres Casques bleus tanzaniens, lors de deux des cinq offensives menées ces six derniers mois selon le "baromètre sécuritaire des Kivu" de Human Rights Watch et du groupe d'étude sur le Congo.

"Nous sommes dans l'une des zones les plus troubles de la RDC", analyse le chercheur français Thierry Vircoulon, qui estime que les massacres de Béni n'ont jamais été élucidés et que les ADF peuvent tout aussi bien être des agents "d'opérations de contrebande entre la RDC et l'Ouganda".

Le président tanzanien "choqué" et "attristé" 

Le président "a reçu avec un grand choc et une profonde tristesse la nouvelle de la mort de 14 membres des Forces de défense du peuple tanzanien qui participaient à une opération de maintien de la paix en République démocratique du Congo", a indiqué ce communiqué en swahili. "Je suis très choqué et très attristé d'apprendre la mort de nos jeunes, de braves soldats et des héros qui ont perdu leur vie dans l'accomplissement de leur mission de paix chez nos voisins de la RDC", a insisté M. Magufuli, cité dans le communiqué.