RDC: ce que l'on sait de la rebellion Kamwina Nsapu

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<div class="field-item even">Vue aérienne de la ville de Kananga, capitale de la province du Kasaï central, le 11 janvier 2013, en RDC.</div>
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Vue aérienne de la ville de Kananga, capitale de la province du Kasaï central, le 11 janvier 2013, en RDC.
 
©afp.com - Junior D. Kannah

Violences meurtrières, fosses communes, enlèvement d'experts onusiens et de leurs accompagnateurs congolais: depuis six mois la province du Kasaï, au cœur de la République démocratique du Congo, est le théâtre du soulèvement de la rébellion Kamwina Nsapu, qui met à mal un pouvoir central déjà fragilisé.

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Son inspirateur

Kamwina Nsapu est le titre honorifique du chef des Bajila Kasanga, un clan de la tribu Lulua dont le berceau se trouve dans le secteur de Dibataie, à 75 km au sud-est de Kananga, capitale de la province du Kasaï-central. La rébellion est née du refus du gouverneur de la province de reconnaître officiellement ce titre à Jean Pierre Mpandi, choisi en novembre 2011 par la famille régnante pour succéder à son oncle à la tête du clan.

Né en 1966, Jean Pierre Mpandi, qui a exercé comme médecin après de prétendues études en Chine et en Inde alors qu'il n'avait jamais terminé l'école secondaire, était revenu clandestinement au pays après un exil provoqué par une condamnation, dans les années 2000, pour escroquerie dans une affaire de commerce de diamant, la grande richesse du Kasaï.

Sa désignation comme Kamwina Nsapu, titre qui évoquerait une fourmi noire urticante, semble avoir été facilitée par sa possession d'un grand nombre de fétiches tutélaires dont il aurait amené de nombreuses familles à se dessaisir à son profit en échange de la promesse d'une protection surnaturelle contre le mauvais sort.

L'origine de la rébellion

Après son accession à la tête du groupement Bajila Kasanga ("Ceux qui se privent de pangolin", en tshiluba), il attend sa confirmation par le gouverneur. Après l'arrivée d'un nouveau gouverneur, Alex Kande, en décembre 2012, Mpandi décide de faire le voyage de Kananga pour obtenir audience, mais il est éconduit.

Selon deux élus locaux, M. Kande propose ensuite à Mpandi de le reconnaître comme Kamwina Nsapu à condition qu'il adhère à son parti, petite formation de la majorité présidentielle constituée autour du chef de l’État Joseph Kabila.

Refus catégorique du chef outragé, qui annonce peu après ne plus reconnaître les autorités provinciales et nationales. Le conflit s'envenime.

A la présidentielle de 2011, l'opposant historique Étienne Tshisekedi avait raflé 75% des voix dans le Kasaï central considéré comme le plus important fief de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti de Tshisekedi.

Légende parmi les Bajila Kasanga, avec les membres de sa cour, Mpandi organise des rites initiatiques appelés "tshiota" en tshiluba. Il est soupçonné début avril 2016 de détenir des armes de guerre et une mission d'enquête militaire perquisitionne sa résidence en son absence.

Kamwina Nsapu a accusé les membres de cette mission de tentative de viol sur son épouse, d'avoir "touché, ouvert et renversé la valise qui contenait ses fétiches" et "désacraliser son pouvoir", raconte à l'AFP le député provincial Daniel Mbayi, qui assurait la médiation entre les autorités et le chef coutumier.

Puis, il bat campagne dans son groupement et au-delà pour inciter à ne plus reconnaître aucun représentant de l’État à compter du 20 décembre 2016, date à laquelle le mandat de M. Kabila a pris fin, même si le chef de l’État s'est maintenu au pouvoir en vertu d'un arrêt, contesté, de la Cour constitutionnelle.

Il a été tué lors d'une opération des forces de sécurité le 12 août 2016.

Combien sont les miliciens ?

Selon diverses sources locales, ces miliciens Kamwina Nsapu seraient plusieurs milliers. Est milicien celui - homme ou femme, jeune ou vieux - qui a subi avec succès le rite initiatique d'endoctrinement "tshiota", sanctionné par une traversée des flammes sans se faire brûler après avoir ingurgité de l'alcool frelaté de fabrication locale appelé "tshitshampa" censé rendre "invincible".

Les tshiota, disséminés dans des dizaines de villes et villages habités par les Bajila Kasanga (provinces du Kasaï, du Kasaï central, du Kasaï oriental et du Lomami), renforcent au quotidien les effectifs avec de nouveaux initiés, particulièrement des enfants et des jeunes d'une région enclavée parmi les plus pauvres de la RDC.

Comment opèrent-ils ?

Bandeaux rouge autour de la tête ou des bras, "la majorité des miliciens sont des mineurs enrôlés localement à travers des pratiques mystico-religieuses et de fausses promesses", selon l'ONU. Ils sont sommairement armés de fusils de fabrication artisanale, de lance-pierres, de machettes, de bâtons, de flèches, de balayettes et de gris-gris... La justice militaire et le gouvernement les accusent de détenir également des fusils d'assaut AK 47.

Ces miliciens brûlent les biens de l’État alors que les militaires, policiers ou agents des renseignements interceptés sont torturés puis "décapités", selon plusieurs témoignages concordants d'officiels.

Les insurgés, qui ciblaient exclusivement les symboles de l’État, s'attaquent depuis février aux institutions scolaires et religieuses.