RDC : envolée des prix de l’internet

CC Riccardo Lennart Niels Mayer

Opérateurs de télécommunications et gouvernement congolais se renvoient la responsabilité de la hausse soudaine des prix des abonnements à internet. La population, elle, a du mal à supporter cette dépense supplémentaire. 

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Ils ont doublé, triplé, voire quadruplé. Depuis la fin du mois de mai, les prix des forfaits internet ont brutalement augmenté en République démocratique du Congo. Le groupe sud-africain Vodacom, premier opérateur de télécommunications du pays, a ainsi commencé a facturé son abonnement mensuel pour 4Gbit de données internet à 100 dollars (88 euros) au lieu de 28 dollars. Le groupe français Orange, deuxième fournisseur d’accès à internet en RDC, fait désormais payer 62 dollars pour un forfait équivalent, contre 35 dollars auparavant. Chez Airtel, filiale du groupe indien Bharti, les clients ont vu leur facture tripler. 

Pour constester cette augmentation, des "Nuits debout Kinshasa contre la hausse des prix de connexion internet" ont même été mises en place. Les internautes sont invités à se mobiliser samedi 18 juin devant les locaux de l'opérateur de leur choix. Sur Twitter, le rassemblement se fait avec le mot-clé #nuitsdeboutdekin.

Samedi 11 juin, un premier rassemblement a déjà eu lieu dans la capitale congolaise. Quatre journalistes y ont été interpellés puis relâchés alors qu'ils manifestaient leur mécontentement. L'un d'entre eux, Patient Ligodi, initiateur du site Politico.cd, s'insurge : "Je ne peux pas comprendre qu'une manifestation réclamant la baisse du prix de l'internet soit réprimée par la police. Ce n'est pas normal, c'est une entrave à la liberté de la presse et de l'information".

Impacts économiques

Selon l’AFP, ces opérateurs de télécommunications se font discrets mais expliquent que cette hausse est exclusivement due à des raisons économiques. Ils se plaignent d’un harcèlement fiscal de la part du gouvernement, qui a augmenté d’un point leur taxe sur le chiffre d’affaires dans la loi de finance 2016, pour atteindre 3%. Mi-mars, ils ont également été contraints de mettre en œuvre une procédure d’indentification des abonnés au cours de laquelle ils disent avoir perdus 10 à 20% de leur clientèle. A cette heure, le groupe Orange en charge de la RDC n’a toujours pas répondu à nos questions. 
 
Pour le directeur du site d’agrégation d’information 7sur7.cd, Israël Mutala, les conséquences de cette hausse sont directes. La fréquentation de son site ne cesse de chuter et son  budget "a quasiment quadruplé". Lupsin Enginzi, étudiant en architecture à Kinshasa, se plaint, lui aussi, de cette augmentation des prix. Pour le même prix qu’avant, "je n’arrive plus à télécharger que trois fichiers" affirme-t-il. 

Gouvernement mis en cause

"Moi je crois que c’est politique" affirme Ezbora Lubamba, gestionnaire d’un cybercafé. Il fait ainsi référence au black-out de janvier 2015, pendant lequel les réseaux sociaux et les services de messagerie avaient été coupés pendant plusieurs semaines. C’est le gouvernement qui en avait donné l’ordre, suite à des émeutes hostiles au président Joseph Kabila. Jeudi 9 juin, l’Union nationale de la presse du Congo, pourtant réputée proche du pouvoir, a publié un communiqué dénonçant cette hausse comme "une répression qui ne veut pas dire son nom".
 

Cette hausse généralisée des tarifs entretient de ce fait une rumeur selon laquelle le gouvernement chercherait à empêcher les congolais de communiquer et de s’informer. L’immense majorité de la population vit, en effet, dans une grande pauvreté, et internet est loin d’être accessible à tous. Cette augmentation intervient aussi dans un contexte tendu entre partisans et opposants à Joseph Kabila qui achève son mandat présidentiel en décembre. Après quinze années au pouvoir, la Constitution lui interdit de se représenter.

Dans un entretien accordé à l’AFP, Patrick Muyaya, député de la majorité, invite l’Etat à prendre des mesures pour faire "baisser au plus bas les prix" de l’accès à internet. Mais pour le ministre des Postes et Télécommunications et des Nouvelles technologies de l’information et de la communication de la RDC, Thomas Luhaka, cette hausse des tarifs s’apparente à une entente illégale. Il a donc demandé à l’autorité de régulation du secteur de mener une enquête et réfute catégoriquement toute répression de la part de l’Etat.