RDC : le pays tremble à quelques heures de la fin officielle du mandat de Kabila

RDC fin mandat Kabila
La capitale Kinshasa est sous haute surveillance, quelques heures avant la fin officielle du mandat de Joseph Kabila.
AP Photo/John Bompengo

C’est ce lundi 19 décembre à minuit que le mandat de Joseph Kabila aurait du prendre fin si l’élection n’avait pas été repoussée à 2018. A Kinshasa et dans les grandes villes du pays, la sécurité a été fortement renforcée et les habitants sont dans l’expectative. 

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Kinshasa a revêtu lundi 19 décembre ses atours de ville morte des jours de tension politique à quelques heures de la fin officielle du mandat du président Joseph Kabila, dont l'opposition conteste la volonté de se maintenir au pouvoir en attendant l'élection d'un successeur.
Lundi matin, la bouillante mégapole de 10 millions d'habitants, quadrillée par les forces de la police et de la garde républicaine, n'était que l'ombre d'elle-même : grandes avenues vides, circulation presque inexistante… Dans le nord et l'est de la ville, les militaires et policiers sont plus nombreux dans les rues que les passants, tandis que les transports collectifs publics fonctionnent à un rythme très ralenti.

De nombreuses entreprises ont donné pour consigne à leurs employés de ne pas venir travailler, et aucun écolier n'est visible dans les rues, alors que les écoles secondaires ne sont pas encore en vacance.

Sur la place Victoire, emblématique du cœur animé de la ville, la grande majorité des commerces sont fermés. Les étals ont disparu de la place, qui grouille habituellement. Un camion blindé de la police antiémeute est stationné dans un coin.

La situation semblait plutôt calme lundi en début d'après-midi. Seule l'université serait l'université de Kinshasa où des étudiants se seraient réunis dans l'optique de protester contre la prolongation du mandat de Kabila. Les forces de l'ordre sont donc sur place et ont dressé des barrages pour empêcher tout débordement. La presse est tenue à l'écart. Des jeunes avec des bidons d'essence auraient d'ailleurs menacé les journalistes. 

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Réseaux sociaux coupés 

Comme demandé par les autorités congolaises jeudi 15 décembre, certains opérateurs ont coupé l'accès aux réseaux sociaux depuis dès dimanche soir.  
 
  
Pour que la population puisse signaler ces coupures, Human Right Watch (HRW) a communiquer un numéro de téléphone. "Beaucoup d’appels et d'emails ont été reçus", assure Ida Sawyer, directrice pour l'Afrique centrale chez HRW. Beaucoup de gens ont appelé pour signaler la coupure des réseaux hier soir vers 00h-1h du matin."  Et d'ajouter : "Il semble que Facebook et Twitter sont presque inaccessibles, sauf pour les gens avec un VPN. Et pour Whatsapp ça passe pour les messages mais difficilement pour les photos, les vidéos… "
L'organisation se dit très inquiète de cette "censure de la population". "C’est une atteinte au droit de la communication et il est clair que c’est une mesure du gouvernement pour bloquer le partage des informations, surtout en ce moment car les gens essaient de mobiliser, d’organiser des manifestations", explique Ida Sawyer. "Nous appelons le gouvernement à mettre fin à cette coupure partielle et les opérateurs à continuer de procurer leurs services qui sont très importants pour la population"
 

Suspension des négociations 

Samedi 17 décembre au soir, les évêques catholiques de la Conférence épiscopale nationale du Congo ont annoncé la suspension de leur médiation en vue de permettre une sortie apaisée de la crise politique qui ronge le pays depuis la réélection contestée du président Kabila en 2011. La crise a été aggravée par la non-tenue de la présidentielle qui devait avoir lieu cette année, et pour laquelle aucune date précise n'a été fixée.

Âgé de 45 ans, Joseph Kabila est au pouvoir depuis 2001, et la Constitution lui interdit de se représenter. Ses détracteurs l'accusent d'avoir tout fait pour torpiller le processus électoral et de vouloir se maintenir au pouvoir à vie. A 48H de la fin du mandat de Kabila, l'opposant en exil Moïse Katumbi lui demandait de "respecter la Constitution".
 

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Les négociations sous l'égide des évêques sont destinées à permettre l'instauration d'une période de transition politique associant le pouvoir et l'opposition jusqu'à l'élection d'un nouveau président. Mais elles n'ont avancé sur aucun des points de contentieux les plus importants, et sont censées reprendre mercredi 21 décembre. 

Avant l'ouverture de ces pourparlers, la coalition du Rassemblement constituée autour de l'opposant historique Étienne Tshisekedi avait menacé de jeter la population dans la rue le 19 décembre dans tout le pays pour chasser Kabila du pouvoir en cas d'échec des négociations. Le Rassemblement n'a cependant donné aucun mot d'ordre en ce sens après la suspension des discussions. 

La LUCHA, mouvement de jeunes pro-démocratie, a appelé la population congolaise à "descendre massivement" dans les rues et à "user de tous les moyens légitimes" pour "récupérer sa souveraineté des mains de Kabila". Elle demande à la population de s’abstenir de tout acte de violence et les forces de sécurité à montrer qu’elles sont "du côté du peuple". Elle souligne que les manifestations débuteront lundi et se poursuivront "jusqu’au départ effectif de Kabila, quel que soit le temps que cela prendra". 

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