RDC : l'enquête sur les massacres de civils au Kasaï est ouverte

RDC massacre
Commentaire de Philippe Randrianarimanana

Au Congo-Kinshasa, des soldats sont soupçonnés de massacres sur des civils désarmés, révélés par des vidéos non identifiées, mais diffusées sur Internet. Après avoir évoqué un montage grossier, le pouvoir annonce finalement qu'une enquête va être menée.

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Le gouvernement de RDC lance un appel à témoins après le massacre perpétré par des soldats congolais présumés dans le Kasaï. Ce 18 février, après la diffusion, sur Internet, de la vidéo montrant des hommes en uniforme tirer sur des villageois non armés, ou simplement de lance-pierres ou de bâtons, le gouvernement avait qualifié de "montage grossier" ces images tournées en plan séquence unique. 

Rétropédalage du gouvernement

Kinshasa a fait volte-face mercredi en annonçant enquêter, "par précaution", sur "les faits portés à la connaissance du public" après la diffusion d'une vidéo mettant en cause des soldats congolais dans un massacre : "À la suite de la diffusion sur les réseaux sociaux de la vidéo atroce qui défraye la chronique ces jours-ci", le gouvernement annonce dans un communiqué avoir "dépêché immédiatement (au Kasaï-Oriental et au Kasaï-central) une commission conduite par de hauts magistrats militaires en vue de vérifier les faits". 

Pour le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende : "Il ne s'agit pas d'un rétropédalage. Non, le gouvernement a lancé un appel à témoin par mesure de précaution [...] Tout le monde s'agite, cela nous interpelle. Le chef de l’État tient à ce que les choses soient clarifiées."

Kinshasa avait pourtant réitéré lundi son refus catégorique d'ouvrir une enquête alors que les États-Unis, la France, les Nations unies et l'Union européenne pressaient la République démocratique du Congo de faire la lumière sur les crimes que semble révéler cette vidéo, et qu'apparaissaient sur Internet deux autres films soulevant de nouveaux soupçons de brutalité de la part des FARDC (armée congolaise) au Kasaï.

Le gouvernement congolais indique qu'il a "le souci d'éclairer l'opinion tant nationale qu'internationale sur les allégations persistantes de violations graves des droits de l'Homme attribuées à des éléments des FARDC" dans le village de Mwanza Lomba, au Kasaï-Oriental. Le gouvernement assure que la commission d'enquête a déjà procédé à un certain nombre d'interpellations. Il lance par ailleurs un appel à témoin afin de recueillir "toute information supplémentaire sur les faits portés à la connaissance du public dans les réseaux sociaux". 

Atrocités impunies

M. Mende a précisé que le travail des enquêteurs portait sur les trois vidéos, qu'il continue de considérer comme "des montages grossiers". Le parquet militaire national aurait indiqué que "les ordres de mission du ministre de la Défense pour deux délégations de magistrats militaires (à destination du Kasaï) avaient été signés" mais que ceux-ci étaient "encore à Kinshasa". Les délégations "pourront partir demain (jeudi), éventuellement", a-t-on ajouté de même source, sous le couvert de l'anonymat.

Région du centre de la RDC, le Kasaï est le théâtre depuis septembre 2016 d'une rébellion née de la mort, le mois précédent, lors d'une opération militaire, d'un chef coutumier local, Kamwina Nsapu, entré en conflit avec le pouvoir central. Les violences y ont fait au minimum 200 morts depuis septembre.

A en juger par sa qualité, la première vidéo diffusée sur Internet, qui n'a pas encore pu être authentifiée, comme les deux autres, semble avoir été tournée avec un téléphone portable par un membre d'une unité de huit soldats en treillis parlant lingala (la langue officielle de l'armée congolaise) et swahili (langue parlée dans l'est de la RDC).

Elle montre le détachement ouvrir un feu nourri sur un groupe chantant en tshiluba (langue parlée au Kasaï), à quelques dizaines de mètres. Les hommes en uniforme achèvent ensuite leurs victimes, parmi lesquelles trois femmes, et insultent les cadavres avant de se vanter d'appartenir aux FARDC et d'être en opération à Mwanza Lomba.

Une deuxième vidéo montre l'interrogatoire d'une jeune femme arborant des signes distinctifs des rebelles Kamwina Nsapu. Apparemment blessée par balle à la hanche, elle est brutalisée et insultée quand elle demande à être évacuée.

La troisième vidéo, apparemment tournée à Kananga, capitale du Kasaï-central, montre aux moins huit enfants blessés ou tués par balle, autour desquels s'affairent des hommes en treillis ou en tenue bleu marine, comme celle que portent les policiers congolais.

La RDC a été dévastée par deux guerres féroces entre 1996 à 2003 et sa partie orientale reste depuis lors déchirée par de nombreux conflits armés qui se succèdent ou se superposent. L'immense majorité des nombreuses atrocités et crimes de guerre commis dans le pays depuis 1996 reste impunie à ce jour.