Afrique

RDC : l'ONU publie un rapport accablant sur les exactions dans le Kasaï

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©TV5MONDE / Commentaire : P. Randrianarimanana / Montage : R. Monjanel

Selon un rapport de l'ONU, quelque 251 personnes, dont 62 enfants, ont été victimes d'exécutions sauvages entre mars et juin 2017 dans le Kasaï, dans le centre de la République démocratique du Congo. Des exécutions perpétrées par des agents de l'État, des milices ou des rebelles. 

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Selon un rapport de l'ONU publié vendredi à Genève, ces exécutions sauvages ont été soit "extra-judiciaires" et commises par des agents de l'État, soit commises par des milices de tout bord ou des rebelles. Elles ont été commises entre le 12 mars et le 19 juin, indique le Haut-commissariat, qui ajoute que sa Mission en RDC a recensé "au moins 80 charniers dans la région".

Selon Scott Campbell, chef de la section de l'Afrique centrale et occidentale du Haut-commissariat des droits de l'homme, quelque 500 enfants en RDC ont été tués depuis le début des violences l'année dernière. Parmi ces 62 enfants exécutés entre mars et juin dans le Kasaï, 30 avaient moins de 8 ans, souligne l'ONU.

​Ce bilan a été dressé par une équipe d'enquêteurs du Haut-commissariat des droits de l'Homme de l'ONU sur les massacres ethniques dans la région du Kasaï, théâtre de troubles sanglants depuis plusieurs mois. Le rapport se fonde sur des entretiens menés du 13 au 23 juin par les enquêteurs avec 96 personnes, qui ont fui vers l'Angola voisin, pour échapper aux violences en cours dans le territoire de Kamonia au Kasaï.
 
"Les personnes interrogées ont indiqué que les forces de l’ordre locales et d’autres agents de l’État ont activement fomenté, alimenté et parfois même dirigé les attaques sur la base de l’appartenance ethnique". Rapport du Haut-commissariat des droits de l'Homme de l'ONU

Bains de sang et tortures

Une survivante des combats dans le Kasaï en RDC, amputée d'un bras
Une survivante des combats dans le Kasaï en RDC, amputée d'un bras
©ONU
L’équipe a notamment rencontré "des personnes gravement blessées ou mutilées, dont un garçon de 7 ans, amputé de plusieurs doigts et totalement défiguré". Deux des personnes interrogées sont décédées peu après de leurs blessures. Une femme dont le bras avait été coupé a raconté comment elle a réussi à s’échapper, en se cachant plusieurs jours dans la forêt avant d’atteindre la frontière angolaise et d’être évacuée par les airs et transportée à l’hôpital. 

"Les survivants ont évoqué les cris de personnes brûlées vives, la vision de leurs proches traqués puis abattus, et leur propre fuite, terrorisés", a déclaré le Haut-commissaire aux droits de l'Homme, Zeid Ra'ad al Hussein. "Ces bains de sang sont d’autant plus terrifiants que, selon les indications que nous avons recueillies, il semblerait que les populations sont toujours plus souvent ciblées en raison de leur appartenance ethnique", ajoute le Haut-commissaire.
 
"C’est un avertissement très sérieux qui est adressé au gouvernement de la RDC, afin d’agir sans délai pour empêcher que cette violence ne bascule dans un processus de purification ethnique à plus grande échelle." Zeid Ra'ad al Hussein, ​Haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme              

Combats entre les milices armées

En juin dernier, devant le Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU à Genève, M. Zeid avait accusé les autorités de la RDC d'armer une milice menant "d'horribles attaques" contre les civils dans la région du Kasaï, en proie à des troubles. Devant cette situation, le Haut-commissaire avait décidé d'envoyer dans la région une équipe d'enquêteurs pour rencontrer les réfugiés ayant fui les violences. C'est le rapport de cette équipe qui a été publié vendredi. 
 

Les combats ont commencé en août 2016 entre la milice Kamuina Nsapu et le gouvernement. L’équipe de l’ONU a pu confirmer qu’une autre milice, appelée Bana Mura, avait été formée vers mars/avril 2017 par des personnes appartenant aux groupes ethniques Tshokwe, Pende et Tetela. Elle aurait été armée et soutenue par les chefs traditionnels locaux et des agents des forces de l’ordre, y compris de l’armée et la police, pour attaquer les communautés Luba et Lulua accusées de complicité avec les Kamuina Nsapu. 

Bana Mura contre Kamuina Nsapu

Selon le rapport, "les Bana Mura auraient initié une campagne visant à éliminer l’ensemble de la population Luba et Lulua dans les villages pris d’assaut". Dans bon nombre des incidents signalés à l’équipe, des soldats des FARDC étaient à la tête des groupes de la milice Bana Mura lorsque les villages ont été assaillis. "Il incombe au gouvernement de veiller à ce que les personnes qui ont organisé, recruté et armé les miliciens Bana Mura ou d’autres milices soient identifiées et poursuivies", a souligné le Haut-Commissaire.

Bon nombre de témoins et victimes parmi les Luba et les Lulua ont déclaré que la milice Bana Mura avait mené des attaques apparemment bien planifiées sur plusieurs villages du territoire de Kamonia en avril et en mai.

Bébé amputé à la jambe, survivant des violences dans le Kasaï, en RDC
Bébé amputé à la jambe, survivant des violences dans le Kasaï, en RDC
©ONU

Arborant des bandanas blancs fabriqués à partir de moustiquaires et des bracelets en feuilles, les miliciens Bana Mura s’en sont pris aux habitants Luba et Lulua, décapitant, mutilant et abattant leurs victimes, certaines ayant même été brûlées vives dans leurs maisons.

L’une des attaques les plus choquantes a eu lieu dans le village de Cinq, où 90 patients, collègues et personnes qui avaient cherché refuge dans un établissement médical ont été tués, y compris des patients, dans l'incendie d'un bloc opératoire. Parmi les témoignages de victimes, une femme a confié à l’équipe comment la milice avait tué son mari, attaqué sa fille à la machette et tiré sur elle et son fils de 22 mois, qui a finalement dû être amputé d’une jambe dans un hôpital en Angola. ​

Violences sexuelles et rituels magiques

L'équipe a aussi recueilli des témoignages de viols et d'autres formes de violence sexuelle. Tous les incidents documentés par l’équipe impliquaient des garçons et des filles, pour beaucoup âgés de 7 à 13 ans, engagés comme combattants par les Kamuina Nsapu.

Des témoins ont également rapporté que des groupes de filles, les "Lamama", accompagnaient la milice, agitant leurs jupes de paille et buvant le sang des victimes dans le cadre d’un rituel magique censé rendre le groupe invincible. Tous les réfugiés interrogés par l’équipe se sont déclarés convaincus des pouvoirs magiques des Kamuina Nsapu. "Cette croyance généralisée, et la peur qui en découle, auprès de certains segments de la population dans le Kasaï peuvent expliquer en partie le fait qu’une milice peu armée, composée en grande partie d’enfants, ait été en mesure de résister aux offensives menées par une armée nationale depuis plus d’un an", indique le rapport.  

Toujours selon les témoignages, la milice Kamuina Nsapu aurait également organisé des assassinats ciblés, y compris contre des militaires, des policiers et des agents de la fonction publique.  
 

Le rapport de l'ONU – Témoinages des réfugiés qui ont fui la crise de la région du Kasaï, en République démocratique du Congo – est disponible ici > http://www.ohchr.org/Documents/Countries/Africa/RDCRapportsurlestémoignagesdesrefugiesduKasai.docx