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RDC : neuf nouvelles personnalités congolaises sanctionnées par l'UE

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Commentaires : Ilhame Taoufiqi © TV5MONDE

L'Union européenne a décidé de prendre des sanctions contre huit responsables de l'appareil sécuritaire et un ex-chef rebelle pour "graves violations des droits de l'Homme". Ils sont accusés de violations des droits humains en RDC. Les sanctions consistent en un gel des avoirs en Europe et une interdiction de se déplacer dans l'espace Schengen. En décembre 2016, l’UE avait déjà pris des sanctions contre sept autres dirigeants congolais. 

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L’Union européenne durcit le ton, encore un peu plus contre la RDC. Dans son journal officiel publié, lundi 29 mai, on y apprend que l'UE a pris des sanctions contre neuf personnalités congolaises qu’elle accuse de violations graves des droits de l’Homme et de vouloir retarder les élections prévues par l’accord du 31 décembre 2016. 

Parmi les neuf personnalités présentes sur la liste : Eric Ruhorimbere, général de brigade accusé d'exécutions de miliciens, de femmes et d'enfants ; Kalev Mutondo, chef du service de renseignement impliqué dans l'arrestation arbitraire d'opposants et de militants de la société civile ; Ramazani Shadari, l’actuel ministre de l’Intérieur sanctionné notamment pour l'arrestation d'activistes et d'opposants ; Evariste Boshab, vice-Premier ministre et ancien ministre de l’Intérieur et de la sécurité publique est visé pour avoir réprimé notamment des manifestations en 2016 à Kinshasa ; Lambert Mende, ministre de la Communication et des Médias accusé d'avoir mené une "politique répressive menée envers les médias" ; Alex Kande Mupompa, gouverneur du Kasaï central sanctionné pour des exécutions extrajudiciaires ; Jean-Claude Kazembe, ancien gouverneur du Haut-Katanga est visé pour des répressions ayant entraîné la mort de civils ; et Muhindo Akili Mundos, commandant de la 31e brigade des Forces Armées de la RDC accusé d'exécutions extrajudiciaires et de massacres.

A cette liste s'ajoute Gédéon Kyungu Mutanga, un chef de milice qui a "contribué à de graves violations des droits de l'Homme et à des crimes de guerre tels que des exécutions de civils au Katanga". 

Ces responsables ne devraient plus bénéficier de visas leur permettant de se déplacer dans l'espace Schengen et leurs biens et avoirs en Europe devraient être gelés. 

Ces sanctions ciblées sont les bienvenues pour dissuader d’autres personnalités congolaises Rostin Manketa, ONG La voix des sans voix


Pour les ONG, l'application de ces sanctions était vue d'un bon oeil avant-même l'annonce officielle. "Pour nous, c’est très encourageant que de telles sanctions arrivent pour que la RDC puissent revenir sur les rails en ce qui concerne le respect des droits humains et  la démocratie", assure Rostin Manketa, directeur exécutif de l’ONG La voix des sans voix pour les droits de l’Homme.  Et d’ajouter : "Il y a des personnalités qui, jusque là, s’évertuent à torpiller le processus électoral, à commettre des violations graves des droits humains et ces sanctions ciblées sont les bienvenues pour dissuader d’autres personnalités congolaises". 
 

Des officiels déjà sanctionnés en 2016

En décembre 2016, l’UE avait déjà appliqué ces mêmes sanctions à sept hauts-responsables congolais accusés notamment d’avoir "fait un usage disproportionné de la force" : Ilunga Kampete, commandant de la Garde républicaine, Gabriel Amisi Kumba, commandant de la première zone de dé­fense de l’armée congolaise (FARDC), Ferdinand Ilunga Luyoyo, commandant de l’unité anti-émeute, Celestin Kanyama, commissaire de la police nationale congolaise, John Numbi, ancien inspecteur général de la police nationale congolaise, Roger Kibelisa, chef du département de la sécurité intérieure de l’agence nationale de renseignements (ANR), et Delphin Kahimbi, chef du service du renseignement militaire. 

A cette époque, l’Union européenne avait appelé le gouvernement de la RDC "à coopérer à une enquête transparente et indépendante ayant pour objectif de traduire en justice les responsables de ces violences". Elle demandait également aux autorités de "respecter pleinement les droits fondamentaux, et notamment la liberté d'expression, de réunion et de la presse".

Après cet épisode, l’ONG américaine Human Rights Watch avait appelé la communauté internationale à imposer de nouvelles sanctions contre les autorités congolaises. 
 

Quelles réactions du gouvernement congolais ? 

En 2016, le gouvernement congolais avait qualifié d'"illégales" et "aux antipodes du droit international", les sanctions de l'UE contre ces sept hauts-responsables, en promettant de l"attaquer" en justice.

Après l'annonce officielle de ces sanctions, une source gouvernementale congolaise a refusé de réagir officiellement rapporte nos confrères de l'AFP. "C'est très préoccupant", a néanmoins déclaré un responsable à l'AFP, sous le couvert d'anonymat. Il a aussi accusé l'Union européenne de chercher à "déstabiliser la RDC, comme la Libye ou l'Irak". 

Rostin Manketa rappelait avant l'annonce que " les autorités congolaises ont clairement dit que si l’UE prenait des sanctions, elles allaient réagir. Nous craignons des réactions imprévisibles", affirmait-il. Il confiait aussi :"Nous avons peur pour la population mais aussi pour nous, défenseurs des droits humains qui sommes souvent accusés à tort d’être le relais des puissances étrangères. Nous craignons qu’il y ait des retombées négatives sur nous". 

Ces sanctions vont contribuer à radicaliser un peu plus le régime de Kinshasa
Bob Kabamba


Pour Bob Kabamba, professeur en Sciences politique à l'université de Liège et spécialiste de l’Afrique centrale, ces sanctions ne sont "pas efficaces". Elles "vont contribuer à radicaliser un peu plus le régime de Kinshasa et conforter Kabila dans sa position anti-occidentale". Et selon lui, la RDC "va devoir répondre" à ces sanctions. 

Avant d'entrer en vigueur, la liste des neuf noms devra être validée par le Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne le 19 juin prochain à Luxembourg, selon nos confrères de RFI.

La RDC traverse une crise politique profonde depuis la réélection du président Joseph Kabila en novembre 2011 lors d’un scrutin marqué par des fraudes massives. Depuis, aucune élection n’a eu lieu. Celle qui devait se tenir en 2016 n’a finalement pas été organisée et celle prévue avant fin 2017 semble compromise.

En parallèle, les affrontements entre forces pro-gouvernementales et milices armées dans le centre du pays ne cessent de s’intensifier. Selon l’ONU, ces violences ont fait plus de 400 morts et causé le déplacement de plus de 1,2 million de personnes.