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RDC : le président Kabila sort de son silence

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Commentaire Baptiste Charbonnel - TV5MONDE

Joseph Kabila a pris la parole devant les médias pour la première fois depuis six ans ce 25 janvier, s'adressant aux journalistes réunis au palais de la Nation, à Kinshasa. C'est sur un ton voulu ironique qu'il a répondu aux nombreuses critiques vis-à-vis du régime, venant de l'intérieur, mais aussi de l'étranger.

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Le président congolais Joseph Kabila est sorti de son silence ce vendredi 26 janvier, lors d'une très rare conférence de presse pendant laquelle il a défendu le processus électoral en République démocratique du Congo, où ses adversaires l'accusent régulièrement de vouloir rester au pouvoir par la répression.

Résistance interne et externe

Pour sa première apparition depuis 2012 devant les médias réunis au palais de la Nation, le président congolais s'en est aussi pris aux Nations unies et à certains "partenaires", dont la Belgique, en bottant en touche une ou deux questions sensibles.

"L'objectif in fine c'est l'organisation des élections. Mais comme en 2006 et en 2011, il y a une résistance farouche de la part d'une frange de l'opposition, d'une frange de ce qu'on appelle la société civile, de la part d'un homme de Dieu", a énuméré le président, visant le cardinal Laurent Monsengwo, archevêque de Kinshasa.

Un troisième mandat ?

Arrivé au bout de ses deux mandats constitutionnels le 20 décembre 2016, le président Kabila n'a pas répondu formellement "oui" ou "non" à la question de savoir s'il serait candidat à un troisième mandat, ce que lui interdit la Constitution. Il s'est contenté de faire remettre un exemplaire de la Constitution congolaise de 2006 à la journaliste française qui lui posait la question, sous les applaudissements de ses proches conseillers dans la salle.

Une quinzaine de personnes sont mortes en RDC dans la répression de marches interdites les 31 décembre et 21 janvier. A l'origine de ces manifestations interdites, un "comité laïc de coordination" proche de l'église catholique et sa figure de proue, l'archevêque de Kinshasa, qui demandent, entre autres, au président de déclarer publiquement qu'il ne briguera pas de troisième mandat.

Le président a écarté la possibilité d'un référendum à l'initiative de ses soutiens politiques pour changer la Constitution et rester au pouvoir, une autre accusation de l'opposition : "La commission a déjà publié un calendrier électoral. Je n'ai vu nulle part que l'on a prévu un référendum".

"Pourquoi pas ? Vous avez d'autres propositions ?", a-t-il répondu à une question en anglais sur le fait de savoir s'il transmettrait le pouvoir au vainqueur des élections après le scrutin présidentiel.

Son deuxième et dernier mandat a pris fin le 20 décembre 2016 d'après l'actuelle Constitution. Il n'y a pas eu d'élections en 2016, et la commission électorale a annoncé des élections pour le 23 décembre 2018, après le report de celles prévues fin 2017.

"La démocratie, ce n'est pas la foire"

"La démocratie ce n'est pas la foire", a-t-il déclaré, interrogé sur les manifestations interdites en RDC depuis septembre 2016, affirmant qu'une loi devrait prochainement "recadrer" le droit de manifester et donner un "nouveau départ pour tous ceux qui souhaitent s'exprimer".

"La seule chose qu’il peut annoncer et qui en vaudrait la peine, c’est sa démission immédiate", avait réagi le mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha) avant même la fin de la conférence de presse.

Clarifier les rapports avec la Monusco

Abordant les questions sécuritaires et diplomatiques, le président congolais s'en est pris à la Mission des Nations unies au Congo (Monusco), qui a envoyé dimanche des observateurs et des Casques Bleus sur le terrain à Kinshasa, lors d'une marche réprimée par les forces de l'ordre. "On doit clarifier dans les jours à venir nos relations avec la Monusco", a-t-il déclaré. "Si l'ambition c'est de considérer le Congo comme sous tutelle des Nations unies - ils ne l'ont pas dit, du moins jusque là - j'espère bien que ce n'est pas le cas. Il n'y a pas une co-gestion de l'Etat congolais par la Monusco, parce que c'est ça la tendance", a-t-il déclaré.

Le président Kabila a rappelé qu'il avait dès 2010 "exigé du secrétaire général des Nations unies de préparer un plan de retrait". Les Nations unies doivent élaborer d'ici mars un nouveau mandat pour la Monusco, présente depuis 1999 en RDC. Une mission diplomatique française, britannique et américaine se trouve actuellement en RDC pour préparer cette résolution.

"Le Congo n'est plus une colonie"

Alors que les pays occidentaux ont condamné les violences de dimanche à Kinshasa, le président a déclaré que la RDC avait de bonnes relations avec ses neuf voisins. Il en va de même avec les "partenaires" de cet immense pays au coeur de l'Afrique centrale, "à l'exception de quelques rares pays". "Les responsables belges doivent comprendre que le Congo n'est plus une colonie, a-t-il lancé.

Kinshasa a annoncé mercredi soir la fermeture de la Maison Schengen de Kinshasa, sorte de consulat européen géré par la Belgique pour recevoir les demandes de visas pour 17 pays de l'Union européenne et la Norvège. Kinshasa a également souhaité le départ de son territoire de l'agence belge de coopération après que Bruxelles a annoncé la fin de sa coopération bilatérale avec Kinshasa jusqu'à des "élections crédibles".