RDC : silence, on tue

"Pensons aux enfants de BENI" écrit un internaute sur Tweeter. "Ils meurent, restent orphlins. Est-ce qu'ils méritent tout ça ?" s'interroge-t-il.
"Pensons aux enfants de BENI" écrit un internaute sur Tweeter. "Ils meurent, restent orphlins. Est-ce qu'ils méritent tout ça ?" s'interroge-t-il.
Capture écran twitter

A l’est de la RDC, les massacres de civils se multiplient dans une curieuse indifférence. Plus de mille personnes ont déjà été tuées. La coordination des sociétés civiles des territoires de Beni, Butembo et Lubero au Nord-Kivu vient d'adresser une lettre ouverte au président Kabila, pour que cesse le carnage. Et les réseaux sociaux dénoncent avec force le silence étatique... et médiatique.

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Si le décompte est aussi précis que macabre, c'est que la situation n'a que trop duré. Gilbert Kambale, président de la Coordination de la société civile de Beni, s'est donc résolu a envoyé une lettre ouverte au président de la République, Joseph Kabila.

On y lit notamment les informations suivantes :

"Plus de 1470 personnes enlevées et portées disparues ;
- Plus de 1750 maisons incendiées avec, parfois, des personnes et biens calcinés ;
- Au moins 13 Centres de Santé incendiés parfois avec des malades et du personnel soignant à l’intérieur ;
- Plus de 27 écoles détruites, d’autres abandonnées, d’autres encore occupées soit par
des déplacés, soit par des dépendants des militaires, soit par des groupes armés ;
- Plusieurs villages entièrement occupés par les groupes armés : c’est le cas des villages de Kyuto, Katundula, Ivimbo, Mwekwe, Mukeberwa, Fungulamacho, etc en Territoire de LUBERO."

(Extrait de la lettre envoyée à la Présidence de la République)
(Extrait de la lettre envoyée à la Présidence de la République)
Et la missive évoque également les femmes violées, les enfants "en état d'abandon scolaire".
Le collectif prévient carrément : "Avec cette fréquence accrue des tueries, nous craignons que la population de BENI et de LUBERO ne soit vouée à la disparition".
Capture d'écran de la pétition mise en ligne pour demander  une enquête après les massacres de masse dans le Nord-Kivu. L'objectif des pétitionnaires est de réunir 17000 signatures. A cette heure, près de 15000 personnes ont signé.
Capture d'écran de la pétition mise en ligne pour demander  une enquête après les massacres de masse dans le Nord-Kivu. L'objectif des pétitionnaires est de réunir 17000 signatures. A cette heure, près de 15000 personnes ont signé.
(capture écran)
Elle demande "le déplacement de  l’Etat Major Général de Kinshasa au Nord-Kivu, en vue de suivre de près la situation". Puis le collectif en appelle à la Communauté Internationale afin qu'elle "déclare comme crime de génocide les massacres ciblés des Territoires de BENI et de LUBERO et des Villes de BENI et de BUTEMBO et de diligenter une enquête internationale indépendante en vue d’identifier les auteurs et de les juger "

Le groupe ADF, parmi les responsables des tueries


Parmi les responsables de ces massacres, le groupe ADF (Forces Démocratiques alliées). Il s'agit d'un mouvement crée en 1995 par Jamil Mukulu, un chrétien converti à l’islam qui a fondé l’ADF-Nalu. Accusé de crimes contre l'humanité et de meurtre de masse ainsi que de trahison, il a été arrêté en Tanzanie en avril 2015, avant d'être extradé en Ouganda début juillet. Opposés au président ougandais Yoweri Museveni, ses combattants sont basés depuis 1995 dans l'est de la République Démocratique du Congo et ses forces compteraient environ 1 200 combattants.
Mais, le 21 mars 2016, un rapport du Groupe d'Etude sur le Congo (GEC)  affirmait que les FARDC (l’armée du régime-Kabila), avaient également commis des massacres contre la population de Beni et que les autorités, ensuite, avaient attribué leurs crimes aux rebelles ougandais. Par ailleurs, selon plusieurs témoignages consignés dans ce rapport, les FARDC refuseraient d’intervenir pendant les massacres.

Beni, Butembo et Lubero sur les réseaux de l'émotion

Les massacres recensés de ces derniers jours ont provoqué une vive émotion sur la toile et les réseaux sociaux  ‪#‎JesuisBeni et #‎JusticeforBeni sont apparus pour dénoncer l'inaction des autorités locales et l'indifférence des médias.
Les messages sont souvent déchirants.
@missnzolantima écrit sur son compte . " Monsieur le

Image du Tweet de Aimant Lutonadio
Image du Tweet de Aimant Lutonadio
(capture image du tweet)

Président en tant que père de la nation, Chef d'Etat Major, please fermez le robinet. Le sang a trop coulé".
Aimant Lutonadio rappelle les attentats français : "lors de votre malheur, la #RDC été #JeSuisParis avec vs." Sous entendu : pourquoi aujourd'hui cette absence de solidarité ?

Deux internautes d’origine congolaise, Wondo et Kyaghanda, ont lancé une pétition en ligne afin d'alerter le Procureur de la Cour pénale internationale (CPI) et le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme. Ils espèrent que leur action, qui a pour l'instant recueilli presque 15000 signatures, permettra à ces instances de diligenter une enquête internationale, d'identifier les auteurs des massacres enregistrés ces derniers mois à Beni mais aussi leurs commanditaires et leurs complices.

Partout dans le monde, les internautes partagent leur incompréhension face à ces atrocités et nombre de personnes sont au diapason de cette douleur .
Des montages photos solidaires sont réalisés aux couleurs du pays mais aussi des vidéos sont postées :


 


Sur place, une journée de deuil est organisée sur toute l’étendue de la province vendredi. Elle commencera à 9 heures devant le bureau de coordination de la société civile et une messe de requiem sera dite le lendemain, samedi 21 mai,  en la Cathédrale Notre dame de la paix.