RDCongo : privés de jeux de la Francophonie

Une troupe de danse à Kinshasa.
Une troupe de danse à Kinshasa.

Les jeux de la Francophonie s'ouvrent ce samedi 7 septembre à Nice dans le sud de la France. 77 états y participent. Mais la délégation de République Démocratique du Congo sera sérieusement réduite : une quarantaine de ses membres n'ont pas été autorisés à venir en France. Parmi eux, de nombreux artistes qui se préparaient depuis de longs mois. 

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"Ca nous fait tellement mal". L'artiste que nous avons au téléphone est dépité. Voilà des mois que Didier (son identité a été modifiée) et sa troupe préparent leur prestation pour les jeux de la Francophonie. En novembre dernier, une délégation du comité d'organisation est passée à Kinshasa et tous les cinq ont été retenus pour la compétition de danse avec l'espoir de remporter la première médaille congolaise dans la catégorie.
Mais lundi, c'est la douche froide. A quelques heures du départ pour la France, Didier apprend que deux de ses danseurs ne peuvent pas partir : le visa est refusé, pas question de quitter Kinshasa.
Et les danseurs de la troupe ne sont pas les seuls concernés. La quasi-totalité des artistes sélectionnés pour les jeux sont ainsi privés d'autorisation. Pourquoi ? "Nous n'avons aucune explication officielle" nous affirme Didier.

Vigilance

L'explication, il faudrait aller la chercher à la Maison Schengen. A Kinshasa, c'est cette émanation de l'Ambassade de Belgique qui remet les visas pour l'Europe (voir encadré).
Elle est d'ailleurs contrainte, en principe, de justifier ses refus aux demandeurs. Mais il faut dire que dans le cas présent, la Maison Schengen a eu la main lourde : sur une délégation de 105 personnes au total, seuls 64 visas ont été accordés. 41 demandes sont refusées. Quelques sportifs, trois médecins aussi, mais surtout des artistes. 
En guise d'explication, la Maison aurait simplement transmis au gouvernement des listes de demandes jamais parvenues ou transmises trop tard.
Nous n'avons pas réussi à joindre la Maison Schengen, mais il ne fait aucun doute qu'elle nous aurait envoyé vers Bruxelles, vers l'Office des étrangers. Car c'est cette administration qui accorde ou refuse les visas. Et sa porte-parole est très claire : "s'il y a eu refus, c'est qu'il manquait forcément des pièces dans les dossiers. Nous n'avions pas toutes les garanties du retour au pays une fois la compétition finie". Et la personne de reconnaître qu'il existe en effet une vigilance particulière pour les artistes congolais. Une jurisprudence Papa Wemba ? "Il y en a eu d'autres" nous explique l'office...
Didier reconnaît qu'il y a peut-être des cas problématiques, mais il aurait aimé des explications au cas par cas et non une "punition collective".

Attente à la Maison Schengen de Kinshasa - Capture Youtube
Attente à la Maison Schengen de Kinshasa - Capture Youtube
Questions

Si l'affaire n'a rien d'inédite, elle soulève toutefois quelques interrogations exprimées avec rage par un producteur de Kinshasa : "Pourquoi la France a-t-elle postulé pour l'organisation des VIIème jeux de la francophonie si elle ne veut pas accueillir sur son territoire ceux qui doivent y participer ? Que valent des jeux où ne peuvent pas participer tous les pays francophones ? Et en particulier le pays qui a la présidence de la francophonie puisque jusqu'au prochain sommet c'est la RDC qui préside l'OIF ?"
A deux jours du coup d'envoi des Jeux, toutes ces interrogations restent sans réponse. 
Tant au niveau de l'organisation qu'au niveau de la Diplomatie française on semble découvrir l'affaire en reconnaissant qu'elle est fâcheuse. D'autant que le ministre français des Affaires étrangères a donné fin août aux ambassadeurs un certain nombre de consignes pour faciliter l'obtention de visas pour les participants... 
A niveau du gouvernement congolais, le ministre de la Jeunesse, Sports, Culture et Arts, Banza Mukalay Nsungu nous explique qu'il ne peut rien faire et que la France et la Belgique sont souveraines en matière de distribution de visas.

Les Jeux de la francophonie devraient donc débuter samedi avec un certains nombre de chaises vides. Les participants avaient jusqu'à ce jeudi 5 septembre pour arriver à Nice. 
Etonnante situation aussi pour ces peintres et photographes retenus dans la capitale congolaise alors que leurs oeuvres, elles, sont sur la Côte d'azur depuis déjà plusieurs semaines...

Témoignage

05.09.2013Propos recueillis par Matthieu Vendrely
Parmi les artistes retenus à Kinshasa, ce plasticien (qui a tenu à rester anonyme) devait présenter son oeuvre à Nice. Celle-ci est déjà en France et il demande que son travail ne soit pas exposé s'il ne peut pas venir le défendre.


Visas, mode d'emploi

Capture du site de l'ambassade de France en RDC. <br/>Cliquez sur l'image pour zoomer.
Capture du site de l'ambassade de France en RDC.
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A lire

La Maison Schengen est souvent au coeur des polémique. En 2011, des artistes congolais avaient déjà demandé sa fermeture.