République démocratique du Congo : les rebelles du M23 vaincus, et après ?

Mardi 5 novembre, le M23 proclamait la fin de sa rébellion dans l’est de la République démocratique du Congo au bout d'un an et demi de sanglants affrontements. Après la reddition, les questions : à quelles pressions le gouvernement congolais doit-il ce qu'il qualifie de "victoire totale" ? Quel en sera l'impact sur la RDC, et sur les autres pays d'Afrique centrale ? Comment réparer les dégâts sur la population ? Eléments de réponse avec Colette Braeckman, auteure de plusieurs ouvrages sur l'Afrique et grand reporter spécialiste de la région des Grands Lacs. 

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Sous quelles pressions politiques le M23 a-t-il cédé ?

Le M23 a souvent été soutenu par le Rwanda lors d'offensives majeures - c'est ce que soulignaient les rapports d'experts de l'ONU. Or cette fois, alors que les rebelles faisaient face à une offensive particulièrement virulente de l'armée congolaise avec, ce qui est nouveau, le soutien de la MONUSCO et d'une brigade d'intervention africaine, le Rwanda ne les a pas soutenus, sous la très forte pression des Etats-Unis et de la Grande Bretagne.

Selon le Daily Telegraph (lien en anglais), le président Obama a téléphoné en personne au président Kagame pour le dissuader de se porter au secours de ses alliés du M23 ; il semblerait que les Britanniques aient fait la même chose. Je pense que les alliés européens, qui entretiennent une étroite coopération avec le Rwanda, ont, eux aussi, exercé des pressions dans le même sens, avec des sanctions économiques à la clé - n'oublions pas que entre 30 % et 40 % du budget rwandais dépendent de l'aide internationale, à commencer par celle des Britanniques.

En outre, le Rwanda est actuellement membre non permanent du conseil de sécurité de l'ONU. On pourrait penser qu'il a une position de poids, mais oui et non, car se retrouver sur le banc des accusés au sein de la plus haute instance de l'ordre international n'est pas une position confortable. C'est aussi une forme de pression. C'est ainsi que, finalement, le Rwanda n'a pas aidé le M23, dont les chefs, et une partie des troupes, ont choisi de se réfugier en Ouganda, dans un camp militaire.
 
Colette Braeckman
Colette Braeckman
Que vont devenir les ex-rebelles du M23 ?

Il faut trouver une solution politique pour ramener ces combattants congolais au Congo. Ils sont environ 1500 en Ouganda, auxquels s'ajoutent 600 autres, réfugiés au Rwanda au début de l'année avec leur chef Bosco Ntaganda - soit plus de 2000 combattants aguerris. Il serait très dangereux qu'ils restent à l'extérieur du pays. Ils pourraient se reconstituer en mouvement armé ou devenir des "soldats sans frontières", des desperados qui se mettraient au service de n'importe quel cause ou intérêt dans la région. Dans un cas comme dans l'autre, ils représenteraient un facteur de déstabilisation pour les pays d'accueil et pour toute la sous-région.

Le mieux serait de trouver une formule de réinsertion pour qu'ils puissent rentrer en RDC. Eux souhaiteraient être réintégrés au sein de l'armée congolaise, ce qui est difficile, puisqu'ils se sont plusieurs fois mutinés. On peut néanmoins imaginer qu'ils le soient, mais dans d'autres régions du Congo, loin de la frontière du Rwanda. Même s'il n'y a pas de pourparlers de paix à proprement parler, puis qu'il y a eu défaite militaire du M23, des discussions sont actuellement en cours sur la réintégration des ex-rebelles. Pour l'heure, j'ai l'impression que la balle est dans le camp de l'autorité congolaise, qui pourrait se montrer magnanime à l'égard des simples soldats, c'est-à-dire les installer à l'écart - la place ne manque pas dans cet immense pays.

Quant au sort des chefs rebelles, accusés de meurtres, de viols et de recrutement d'enfants, il fait l'unanimité, aussi bien auprès de l'autorité congolaise que de l'opinion publique, des organisations de défense des droits de l'Homme ou de la communauté internationale. Leur place est devant la Cour pénale internationale ou les tribunaux militaires, et pas aux postes de commandement de quelque armée que ce soit.


Quelles seront les répercussions de la chute du M23 pour les pays voisins, à commencer par le Rwanda et l'Ouganda ?

L'Ouganda et le Rwanda, en soutenant les mutins, se sont opposés à d'autres pays de la région, et non des moindres, puisque la Tanzanie, le Malawi et l'Afrique du Sud ont envoyé une brigade d'intervention de 3000 hommes au Kivu. Ainsi la RDC a-t-elle montré qu'elle avait des alliés importants sur la scène africaine. Il y a là des blessures politiques et des divisions au sein du COMESA qui doivent être réparées.
 
Les hélicoptères de la Monusco contre les rebelles du M23 (Photo MONUSCO)
Les hélicoptères de la Monusco contre les rebelles du M23 (Photo MONUSCO)
Et pour la RDC, où des groupes armés sont encore actifs, qu'est-ce que la chute du M23 va changer ?

Je pense qu'elle marque tout de même un tournant. Le M23 était le mouvement le plus organisé, et celui qui mettait en cause le plus nettement l'autorité de l'Etat. Beaucoup d'autres mouvements armés s'étaient constitués en opposition au M23, mais aussi en suivant son exemple. Aujourd'hui, le M23 a été mis en échec et, d'ores et déjà, des centaines de combattants déposent les armes et demandent à retourner dans l'armée - la dissuasion est en train de faire son oeuvre. Pour la première fois, la Monusco, avec la brigade africaine, a utilisé la manière forte, avec des tirs d'artillerie, des hélicoptères de combat et autres moyens militaires très énergiques contre le M23. Tous les autres groupes rebelles, moins aguerris, moins équipés, moins soutenus, ont compris le message.

Cela pose un autre problème : dans les semaines à venir, le Kivu va se trouver face à des milliers de combattants, parmi lesquels des enfants soldats, des filles qui ont été enlevées... Qu'en faire ? Déjà, toute la RDC vit une situation de post-conflit très dure, avec beaucoup de banditisme, à commencer par les "kulunas", parmi lesquels des combattants démobilisés, qui attaquent pour prendre de l'argent. C'est là tout le problème de l'après guerre : si on ne réussit pas la démobilisation et la réinsertion, il n'y aura pas de paix véritable. Est-ce que les amis du Congo vont l'aider à prendre des mesures sociales de réintégration pour tous ces gens ? Si on ne les réinsère pas, ils seront les kulunas de demain ou des candidats au recrutement dans n'importe quel mouvement armé.
 
Quel est le rôle de la communauté internationale dans la réintégration des anciens rebelles et de leurs victimes ?

Je pense que la communauté internationale commence à mesurer la gravité du problème, même si elle a mis du temps. Au-delà de l'aide militaire, il faut maintenant une aide civile à la réinsertion de tous ces gens qui ne peuvent pas tous rentrer dans l'armée. Nous en sommes au niveau de la prise de conscience et de la déclaration d'intention, mais je ne suis pas sûre que sur le terrain, il y ait un vrai programme.

Il y avait bien, en 2009, le Starec, un programme de stabilisation des zones sortant de conflits, et s'il est remis en chantier, il pourrait peut-être aider à résoudre le problème. Les ONG, elles, sont dans l'urgence. Il faut passer à une autre vitesse, une aide à la réintégration pour aider les gens à repartir dans la vie. Au Sud-Kivu, par exemple, les jeunes sont recrutés pour tailler les pavés des rues. Ils ont une occupation, un salaire, contribuent à la reconstruction des infrastructures et, pendant ce temps-là, ne retomberont pas dans la guérilla.
 
 

Le président Kabila en tournée au Nord-Kivu

01.12.2013
Commentaires de Meddi Mehdeb, en direct dans la Une Francophone du 64' de TV5MONDE