Rwanda : progrès sociaux et économiques, démocratie en berne

Effectivement au pouvoir depuis 1994, Paul Kagamé a renforcé sa politique de reconstruction volontariste depuis 2000.

Avec de gros efforts de scolarisation, une croissance annuelle de 6%, les résultats positifs sont indéniables dans les domaines sociaux et économiques.

Point noir de la présidence Kagamé : les partis politiques et les journaux d'opposition sont muselés.

dans

Une population qui se porte mieux et une vie politique sous tension

TV5 Monde 2009-2010
TV5 Monde 2009-2010
Dans le domaine social, Paul Kagamé ne semble pas avoir à pâlir de son bilan. La scolarisation s'est considérablement améliorée. Dans le domaine de la santé, grâce notamment aux programmes d'aides internationaux, le taux d'infection du sida a spectaculairement reculé. Quant aux femmes, elles sont très présentes dans la vie politique du pays et sont amenées à prendre de plus en plus de de responsabilités dans le domaine économique.

Par contre, le verrouillage politique suscite critiques et protestations, notamment de la part des organisations internationales des droits de l'homme. Avec la campagne électorale, le climat politique s'est durci : arrestation d'opposants, suspension de journaux apportant une voix divergente. En juin et en juillet, un journaliste mettant en cause le pouvoir et un des dirigeants de l'opposition ont été assassinés dans des conditions qui ne sont toujours pas élucidées. Le génocide reste en toile de fond de la vie politique et celle-ci ne s'apaisera que quand la question épineuse de l'ethnicité fera l'objet d'un véritable débat national et quand elle sera résolue.

Une économie en pleine croissance et dépendante de l'extérieur

TV5 Monde 2009-2010
TV5 Monde 2009-2010
Le volet économique est une des priorités du programme de reconstruction de Paul Kagamé. En 2000, il présentait Vision 2020, un plan de réformes devant permettre notamment d'atteindre un PIB moyen par habitant de 900 $. Depuis qu'il est à la tête du pays, le président Kagamé s'est évertué à libéraliser l'économie de son pays avec des privatisations dans les secteurs bancaires et miniers.

Les partenariats avec les investisseurs étrangers, notamment dans le domaine de l'agro-industrie, ont également été privilégiés. Des mesures de soutien aux investisseurs locaux ont également été mises en place. Parallèlement, de grands chantiers dans le domaine du BTP et des infrastructure sont en cours.

Cette politique volontariste, combinée à un important apport de devises de l'étranger, semble avoir porté ses fruits. Depuis 2001, le Rwanda affiche une croissance annuelle de 6%. Mais cette croissance est mal redistribuée dans le pays. L'écart ne cesse de se creuser entre les populations les plus pauvres et les plus riches du pays, ainsi qu'entre les villes importantes et les régions rurales.

Vision 2020 ne sera pas facile à réaliser. Encore plus de la moitié de la population ne vit qu'avec 0,43 $ par jour. Les neuf dixièmes de la population vivent de l'agriculture de subsistance, sans que l'indépendance alimentaire soit pour autant atteinte. Avec un réseau de transports insuffisants, le Rwanda reste très enclavé.

L'économie rwandaise est également fragilisée par sa dépendance vis à vis des investissements étrangers. La majorité des établissements bancaires du pays appartiennent à des investisseurs étrangers et l'aide étrangère représente un cinquième des revenus du Rwanda.

Marie-Capucine Diss
6 août 2010