Sénégal : le scandale sang pour sang

Selon le journaliste Lamine Ndaw, qui sort cette affaire, "Les enfants s’amusent avec ces objets dans une inconscience totale . Les tubes sont vidés de leur sang et jetés à la portée des enfants"
Selon le journaliste Lamine Ndaw, qui sort cette affaire, "Les enfants s’amusent avec ces objets dans une inconscience totale . Les tubes sont vidés de leur sang et jetés à la portée des enfants"
(capture écran You tube)

A Dakar, non loin de l'aéroport Léopold Sédar Senghor, traînent à même le sol des milliers de tubes de sang, de gants usagés, de seringues et de pansements souillés. Cette décharge sauvage est régulièrement traversée par des écoliers qui jouent avec ces déchets hautement toxiques. Les autorités tardent à réagir. Il y a pourtant danger de mort.

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Ce cauchemar sanitaire se trouve dans le "secteur des mécaniciens", dans l’enceinte de l’aéroport Léopold Sédar Senghor. L'endroit est fréquenté par de nombreux écoliers et talibés qui traversent le mur de Ouakam pour aller soit à Mermoz ou à Liberté 6 Extension.
Le journaliste Lamine Ndaw, qui révèle cette affaire, évoque un paysage désolant : " Des maisons d’habitation à quelques encablures de la piste de l’aéroport de Dakar, des mécaniciens…, c’est au beau milieu d’un tel décor que se situe une décharge sauvage où se mélangent, herbes, débris d’ordures de toutes sortes, huiles usagées, excréments humains et des… milliers de matériels médicaux usagés et contaminés étalés sur des centaines de mètres. (...) Autant de facteurs transmetteurs de maladies infectieuses qui peuvent être fatales, jetés par terre dans une décharge sauvage où s’amusent dans une inconscience totale les enfants. Les tubes sont vidés de leur sang et jetés à la portée des enfants qui s'amusent avec..."
Pour apporter du crédit à ses dires, le journaliste de Leral.net a même posté une vidéo de la zone. On ne peut que rester stupéfait par la vision de ces images :


Nous contactons le ministère de la Santé à Dakar. Le porte-parole avoue son étonnement quand nous lui apprenons cette affaire puis, inattendu : " Je me demande pourquoi ils disent d'emblée que le sang est contaminé", nous écrit Mbaye Diouf, porte-parole du ministère. Les choses seraient-elles moins graves s'il s'agissait de sang exempt de maladie ? 

Quelques minutes plus tard, nouveau mail : "Nous avons prévu d'envoyer une inspection sur le terrain". Quand ? Pas de réponse. Est il possible de parler avec le ministre et d'avoir une position officielle sur la question ? Pas de réponse. Cependant, le porte-parole nous donne le contact du directeur du centre national de transfusion sanguine, le Professeur Saliou Diop.
Nous le contactons aussitôt. Il est catégorique :"Cela ne peut provenir que de déchets hospitaliers. Il faut s'orienter vers les hôpitaux. Ici, nous n'avons que des poches de sang qui sont incinérées une fois utilisées." Puis, nous lui demandons les noms des hôpitaux  à proximité de la zone infectée. On peut raisonnablement penser que ces détritus toxiques viennent en effet des établissements de soins voisins.

"Un vrai danger de santé"

Michel Dom Gueye est responsable de la communication de l'hôpital Général de Grand Yoff situé non loin de cette décharge sauvage. Étonnement. : "Vous m'apprenez cette affaire. Tout cela n'est pas convenable. Et il y a un vrai danger de santé dans cette histoire. Il faut que les autorités s'organisent pour remédier à cela. Il faut joindre le service médical  de l'aéroport. "

Quelques échantillons de tubes de sang, parmi des seringues usagées.
Quelques échantillons de tubes de sang, parmi des seringues usagées.
(capture écran)

Certes. Mais si la gérance de la zone relève des autorités aéroportuaires, en aucun cas, ces déchets médicaux ne peuvent provenir de telles infrastructures. Il y a bien des avions médicaux mais tout de même... Nous lui posons carrément  la question. Peut on envisager que ces déchets proviennent de l'hôpital général de Grand Yoff, où exerce Michel Dom Gueye  ? "Non. Ici  à l'hôpital, nous possédons une unité de traitement bio-médicaux solides. Mais nous sommes prêts à traiter ce type de déchets..."

Toujours dans le secteur, contact est pris avec l'hôpital Philippe Senghor, sur la route de l'aéroport. Le docteur Aboukar N'Diop accepte de nous répondre au téléphone. Il apprend la nouvelle avec un certain effarement : "Non, je ne suis pas au courant ! Nous, ici, nous détruisons tous nos déchets sur place.  Ce sont des déchets toxiques. Cette affaire est vecteur de maladie pour les enfants mais aussi pour les animaux qui divaguent...Je vais essayer d'aller voir."
Ces tubes proviendraient-ils d'un laboratoire ? Mais alors, comment expliquer les pansements et le matériel médical ?
 

"Installer la culture des sanctions"

Sur le web, les réactions indignées commencent à poindre. Un internaute écrit 
"Nous sommes vraiment assis sur une bombe!" tandis qu'un autre suggère avec un certain bon sens : "Que la gendarmerie relève quelques numéros de ce matériel. C'est du matériel médical, ce n'est pas tout le monde qui l'utilise. Avec un peu de chance on peut savoir à quelle structure sanitaire ils ont été vendus. Il faut sévir !!!"
Enfin, un autre citoyen fait part de son écoeurement : " Une enquête doit être ouverte et les responsables et leurs complices, arrêtés et sanctionnés. Il faut que, dans ce pays, la culture des sanctions soit définitivement installée......."

Le ministère de la Santé ne nous a plus donné de signe de vie. A cette heure, nous ignorons quelles décisions ont été prises (ou non) pour que cesse ce scandale sanitaire, un scandale, pour nombre de Sénégalais, "indigne d'un Etat responsable".
En attendant, les enfants peuvent donc continuer à se piquer avec des seringues usagées et s'envoyer des tubes de sang dans leurs jeux improvisés. Ni responsable, ni coupable. Ni autorités compétentes ? 
Faut-il préciser que demain, si rien n'est fait, cet étonnant laxisme entraînera, c'est inévitable, quantité de maladies, voire de décès parmi les gamins ?  
Il y a des incompétences dangereuses.
Il y a aussi des indifférences meurtrières.