Soudan du sud : entre famine et guerre civile, la population en otage

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Le Soudan du sud est ravagé par une guerre civile depuis cinq ans. Plus de 100 000 personnes sont touchées aujourd'hui par la famine, selon les Nations Unies. L'actuelle recrudescence des violences rend la mission des humanitaires difficile voire impossible. Correspondance à Juba, Patricia Huon.

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Une nouvelle flambée de violences a contraint 60 humanitaires à évacuer plusieurs zones de l'est du Soudan du Sud, a annoncé l'ONU samedi 15 avril, nouvelle illustration de la difficulté à venir en aide aux millions de victimes de la guerre civile et de la famine.

"Soixante travailleurs humanitaires ont dû quitter plusieurs endroits de (l'Etat de) Jonglei, en raison de l'intensification des combats dans la zone", a expliqué Eugene Owusu, chef du Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l'ONU (Ocha) au Soudan du Sud.

"Il n'existe pas de mots pour décrire le niveau de frustration et de l'indignation que je ressens concernant les attaques permanentes contre les humanitaires au Soudan du Sud, qui essaient seulement aider les civils qui souffrent des conséquences du conflit", ajoute-t-il dans son communiqué.
 

Des employés du PAM tués

En début de semaine, trois employés sud-soudanais d'un sous-traitant du Programme alimentaire mondial (PAM) avaient été tués - à la machette et par balles - à Wau, deuxième ville du pays dans le nord-ouest, en proie à des combats et fin mars, six travailleurs humanitaires avaient été tués dans une embuscade sur une route reliant Juba à Pibor (est).
 
Photo datant du 4 avril 2017, des réfugiés sud-soudanais fuient le point de distribution alimentaire cible de tirs, dans le camp de Imvepi, dans le nord de l'Ouganda.<br />
©AP Photo/Jerome Delay, File
Photo datant du 4 avril 2017, des réfugiés sud-soudanais fuient le point de distribution alimentaire cible de tirs, dans le camp de Imvepi, dans le nord de l'Ouganda.
©AP Photo/Jerome Delay, File

Cette aggravation de la violence dans l'Etat du Jonglei n'est pas isolée: ces deux dernières semaines plusieurs milliers de personnes ont fui Pajok (sud) et Wau, deux localités où des massacres de civils ont été signalés.

A Wau, 13.500 personnes ont désormais trouvé refuge à la base locale de la Mission de l'ONU au Soudan du Sud (Minuss). Selon la Minuss, des combats ont également éclaté dans la localité de Raga (nord-ouest), à environ 300 km de Wau, ainsi que dans l'Etat septentrional du Haut-Nil.
 
La population fuit les combats, à la recherche de points de distribution d'aide alimentaire de plus en plus difficile d'accès, (Sud-Soudan), 5 avril 2017.<br />
©APphoto
La population fuit les combats, à la recherche de points de distribution d'aide alimentaire de plus en plus difficile d'accès, (Sud-Soudan), 5 avril 2017.
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Le Soudan du Sud, plus jeune nation du monde qui a proclamé son indépendance du Soudan en juillet 2011, a plongé en décembre 2013 dans la guerre civile en décembre 2013, sur fonds de luttes de pouvoir teintées de rivalités ethniques entre le président Kiir et son ancien vice-président Riek Machar.

Les combats, marqués par de nombreuses atrocités contre les civils de la part des deux camps, ont chassé plus de 3,6 millions de Sud-Soudanais de chez eux, dont 1,7 million sont réfugiés dans les pays voisins.

100 000 personnes touchées


La famine, conséquence directe du conflit, touche plus de 100.000 personnes dans certaines zones du pays et en menace des millions d'autres.
 
Photo prise le 5 avril 2017, une jeune femme tient sa petite soeur de 10 mois dans les bras, pendant ne distribution humanitaire à Malualkuel dans la région d'el Ghazal, (SOudan du sud), deux mois après que la famine a été officiellement déclarée. <br />
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Photo prise le 5 avril 2017, une jeune femme tient sa petite soeur de 10 mois dans les bras, pendant ne distribution humanitaire à Malualkuel dans la région d'el Ghazal, (SOudan du sud), deux mois après que la famine a été officiellement déclarée. 
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« La famine fait maintenant partie de la réalité tragique de plusieurs régions du Soudan du sud et nos pires craintes se sont réalisés. De nombreuses familles ont épuisé tous les moyens en leur possession pour survivre, » déclare sur le site de l'UNICEF, Serge Tissot, Représentant de la FAO au Soudan du sud.
 

« Ces personnes sont principalement des agriculteurs et la guerre a perturbé l’agriculture. Ils ont perdu leur bétail et leurs outils agricoles. Pendant des mois, ils dépendaient totalement des plantes qu’ils pouvaient trouver et des poissons qu’ils pouvaient attraper ».
 

En 2016, le PAM a fourni une aide alimentaire à près de 4 millions de personnes au Soudan du sud, avec notamment une aide financière à  hauteur de 13,8 millions de dollars et la livraison de plus de 265 000 tonnes métriques de provisions alimentaires et nutritionnelles<strong>.</strong><br />
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En 2016, le PAM a fourni une aide alimentaire à près de 4 millions de personnes au Soudan du sud, avec notamment une aide financière à  hauteur de 13,8 millions de dollars et la livraison de plus de 265 000 tonnes métriques de provisions alimentaires et nutritionnelles.
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Si le président Kiir a promis que son gouvernement assurerait aux organisations humanitaires un "accès sans restriction aux populations dans le besoin", 79 cas d'humanitaires empêchés de faire leur travail ont été recensés au seul mois de mars, selon l'Ocha.

Un travailleur humanitaire a confié à l'AFP qu'il n'avait jamais vu une situation aussi mauvaise en 15 ans d'expérience. "Le pays s'enfonce dans la pire crise depuis des années. Le pire en matière de violence gratuite, maladies, corruption et détérioration économique totale sont malheureusement encore à venir", a-t-il déclaré sous le couvert de l'anonymat.