Afrique

Soudan du sud : la tragédie oubliée

14 Avril 2015, une fille soudanaise avec sa mère dans un bus public dans Izba , un quartier pauvre à la périphérie de Khartoum, au Soudan où vivent 70.000 personnes  entassées dans une superficie d'environ 1 km2.<br />
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14 Avril 2015, une fille soudanaise avec sa mère dans un bus public dans Izba , un quartier pauvre à la périphérie de Khartoum, au Soudan où vivent 70.000 personnes  entassées dans une superficie d'environ 1 km2.

( AP Photo / Mosa'ab Elshamy )

Au Soudan du Sud, loin des caméras et sans provoquer aucune mobilisation mondiale, la situation est  critique :  4,6 millions de personnes auront besoin d'une aide alimentaire d'urgence d'ici juillet. En cause, la guerre civile qui ravage le pays et une inflation galopante qui  ont provoqué une très grave insécurité alimentaire.

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C'est un scandale qui n'a droit à aucun titre, ou presque, dans les journaux. Pas de flash spécial ni d'interruption de programme. Et pourtant, la vie de millions de personnes est en jeu. 4,6 millions exactement. Près de 40% de la population du Soudan du Sud. La famine menace.  C'est l'ONU qui l'affirme dans sa dernière évaluation. Un document publié mercredi dans un silence poli.

Actuellement, les régions les plus touchées par la faim se situent dans l'Etat de Jonglei (nord) et celui du Haut-Nil (sud), deux des trois Etats les plus durement touchés par les combats. Mais la population de l'Etat de Barh el Ghazal, dans le nord du pays, a également besoin d'aide alimentaire alors que cette région a été globalement épargnée par le conflit.

"Des millions de personnes au Soudan du Sud sont piégées par un conflit brutal, par la faim et une crise économique qui empire", a résumé la directrice du Programme alimentaire mondial (PAM) pour le pays, Joyce Luma.

Dans certaines endroits de l'État d'Unity, un enfant sur 10 souffre de malnutrition aiguë sévère affirme l'UNICEF.

Des soldats rebelles patrouillent pour protéger les civils de l'ethnie Nuer  (photo du 20 septembre 2014)
Des soldats rebelles patrouillent pour protéger les civils de l'ethnie Nuer  (photo du 20 septembre 2014)
( AP Photo / Matthew Abbott )

Indépendant depuis 2011, le plus jeune pays du monde est en proie depuis décembre 2013 à une guerre civile qui, selon l'International Crisis Group, a déjà fait des dizaines de milliers de morts. Aucun bilan officiel n'a jamais été donné.

Le manque d'infrastructures routières implique que l'aide humanitaire soit transportée par les airs ou sur des barges, augmentant un peu plus les coûts de l'assistance dans ce pays.

Avant même la publication de ces résultats, le PAM faisait état d'un déficit de financement de son programme au Soudan du Sud à hauteur de 212 millions d'euros. "Les besoins sont énormes alors que les ressources sont très limitées. Nous avons besoin de plus de financements, de façon à pouvoir poursuivre notre aide existante mais également, alors que la situation s’aggrave, à accroître le soutien à plus de personnes » déclare Joyce Luma. « Nous sommes désormais en train de prioriser notre aide pour nous concentrer sur les besoins les plus critiques, et sans ressources supplémentaires les décisions seront toujours plus difficiles à prendre, et de plus en plus de personnes devront se passer de toute aide ».

La guerre avait éclaté en décembre 2013 lorsque le président sud-soudanais Salva Kiir avait accusé son ancien vice-président Riek Machar, aujourd'hui chef de la rébellion, de fomenter un coup d'Etat. Le conflit a été marqué par des exactions à grande échelle dans les deux camps (massacres ethniques de civils, viols de masse, recours aux enfants-soldats...).