Soudan du Sud : les ONG tirent la sonnette d'alarme

Des centaines de milliers de personnes ont fui les combats © AFP
Des centaines de milliers de personnes ont fui les combats © AFP

Alors que les combats ont repris dans le nord du pays, malgré le cessez-le-feu signé en janvier dernier, le Soudan du Sud s’enfonce de plus en plus dans une grave crise humanitaire. Près d’un million de personnes ont fui le conflit, les camps de réfugiés débordent, les maladies se propagent et les ONG prévoient une grave "crise nutritionnelle" dans les mois à venir, si rien ne change. État des lieux.

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"Si nous n’agissons pas immédiatement, un million de personnes pourraient connaître la famine dans les mois qui viennent", c’est le cri d’alarme lancé par Ban Ki-Moon, le Secrétaire général de l’ONU, face à la situation au Soudan du Sud. Les récents combats dans l’État pétrolier d’Unité, au nord du pays, ont aggravé la situation et, sur place, les ONG doivent faire face à de multiples problèmes.

Il y a tout d’abord les soins aux personnes blessées dans les affrontements, aussi bien civils que combattants. "Depuis le début des combats, nous avons traité plus de 1 800 blessés de guerre, des gens qui ont été le plus souvent touchés par des balles," explique Raphaël Gorgeu, chef de mission chez Médecin Sans Frontières (MSF), au Soudan du Sud.

Les maladies, qui se développent et se propagent à grande vitesse du fait des déplacements de population, sont un véritable fléau pour les associations sur place. "On recense énormément de cas de rougeole par rapport aux cinq dernières années. C’est une maladie contagieuse et les enfants ne sont pas tous immunisés. Et avec tous ces mouvements de population, le risque augmente. Il y aussi une hausse des cas de malaria (le paludisme, ndlr), et des épidémies de choléra. Il existe aussi des maladies que l’on trouve surtout au Soudan du Sud comme le Kala-azar(maladie transmise par un insecte, ndlr)", poursuit Raphaël Gorgeu.

Et cela ne va pas aller en s’arrangeant. La saison des pluies doit débuter d’ici un mois environ. Outre les inondations qu'elle provoque, elle devrait aggraver la propagation des maladies hydriques (provoquées par l’ingestion ou le contact avec des eaux insalubres, ndlr). "Cela va décupler les infections respiratoires, les diarrhées, les cas de choléra et de pneumonie, qui tuent la plupart des enfants de moins de cinq ans dans le pays", affirme Doune Porter, porte-parole d’UNICEF au Soudan du Sud.

La malnutrition touche surtout les enfants et les femmes enceintes, qui sont les plus vulnérables © AFP
La malnutrition touche surtout les enfants et les femmes enceintes, qui sont les plus vulnérables © AFP
Le spectre de la malnutrition

La saison des pluies mobilise également les équipes qui tentent de faire parvenir le matériel et les denrées alimentaires dans certaines parties du pays, le plus rapidement possible, avant que les routes et pistes d’atterrissage ne deviennent impraticables. Mais d’autres obstacles freinent l’approvisionnement de la population : les routes bloquées et les zones de passage dangereuses. Elles empêchent les commerçants et les organisations humanitaires de circuler librement dans le pays, comme le confirme Raphaël Gorgeu : « Il y a beaucoup d'endroits où la nourriture ne peut pas être transportée. Pour des raisons de sécurité aujourd'hui, il nous est déconseillé d'emprunter certaines routes. Donc nous sommes obligés de le faire par avion, ce qui coûte beaucoup plus cher et demande énormément de capacités logistiques. De plus, le résultat est moins important puisqu'il faut vraiment choisir les zones où va être distribuée la nourriture ». Si certaines régions ne peuvent pas être ravitaillées en nourriture, la population va rapidement souffrir de malnutrition.

 

Crise sanitaire au Soudan du Sud
Soudan du Sud : les ONG tirent la sonnette d'alarme

De plus, chaque année, le Soudan du Sud enregistre une « crise nutritionnelle chronique », due à une période de trois mois (de mai à juillet/août) durant laquelle les gens recommencent à planter, pour récolter en septembre. « Durant cette période que l'on appelle le "hunger gap" (le fossé de la faim, ndlr), le volume de nourriture est moins important et il y a un pic d’enfants malnutris. Mais cette année, si les marchés sont vides et que les gens n’ont pas la possibilité d’aller planter leurs céréales, (à cause des routes bloquées ou impraticables, ndlr) on va devoir faire face à une grande crise nutritionnelle sur les prochains mois qui pourrait même dégénérer plus tard si le conflit ne s'arrête pas », assure le chef de mission de MSF au Soudan du Sud. Une situation qui inquiète fortement les membres de l’UNICEF. « Le pays va manquer de nourriture et nous avons déjà estimé que le nombre d’enfants atteints de malnutrition devrait augmenter de 250 000 environ. Et sans traitement rapide, près de 50 000 d’entre eux pourraient mourir », regrette Doune Porter, porte-parole d’UNICEF au Soudan du Sud.
Face à une situation humanitaire qui se dégrade, une partie des Sud Soudanais quittent leur pays, à la recherche d’une vie meilleure.

En tout plus de 900 000 personnes ont quitté leur foyer pour fuir les combats © AFP
En tout plus de 900 000 personnes ont quitté leur foyer pour fuir les combats © AFP
800 à 1000 réfugiés sud soudanais arrivent chaque jour en Éthiopie

Depuis le début des affrontements, il y a quatre mois, plus de 900 000 personnes ont fui, essentiellement des femmes et des enfants. Parmi eux, 700 000 personnes sont restées au Soudan du Sud et les 200 000 autres ont pris la direction du Kenya, de l'Ouganda ou de l’Éthiopie. Ils arrivent par centaines à Pagak, la porte d’entrée en Éthiopie (voir notre carte). « Ce sont, à 95% des femmes et des enfants. Ils sont souvent dans un sale état, et atteints de la rougeole », assure Antoine Foucher, chef de mission pour Médecins Sans Frontières (MSF) à Addis-Adeba.

Aujourd’hui ils sont près 95 000 réfugiés sud soudanais à s’entasser dans les deux grands camps de Kule et Lethchur. « Ils viennent ici non seulement à cause des violences mais aussi parce qu’il n’y a plus de nourriture au Soudan du Sud. Il faut dire que 40% de la population sud-soudanaise à moins de 5 ans. Ils sont les plus vulnérables face à la maladie et la malnutrition », explique Antoine Foucher. « Et comme l'Éthiopie est un pays frontalier, et qu’à Gambela (ville éthiopienne près de la frontière sud soudanaise, ndlr), les habitants sont souvent originaires du Soudan, les réfugiés ne se sentent pas trop perdus ». Mais les autorités éthiopiennes doivent faire face à ces énormes vagues de réfugiés, qui ne cessent d’affluer. « C’est un énorme défi car cela menace la sécurité du pays. Mais il est assez bien équipé pour gérer la situation », affirme Antoine Foucher.

Les réfugiés sont principalement des femmes et des enfants © AFP
Les réfugiés sont principalement des femmes et des enfants © AFP
Le Soudan du Sud sort de plusieurs décennies de guerre avec le Soudan et, aujourd’hui, il doit faire face à une crise qui détruit le pays, encore un peu plus. Les ONG s’inquiètent de la tournure que va prendre la situation si aucun des deux partis qui s’affrontent ne baisse la garde. Et la malnutrition est l’une des principales préoccupations des équipes sur place. Pour MSF et l’UNICEF, le conflit au Soudan du Sud fait partie de leurs quatre plus grandes missions actuellement avec la Syrie, la Centrafrique et la RDC.

En images : un concert à Nairobi (Kenya) pour la paix au Soudan du Sud

20.04.2014Journal International - TV5 MONDE
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