Afrique

Sultan Achour 10, la comédie algérienne qui dérange

Le feuilleton à succès Sultan Achour 10 fait parler de lui depuis une semaine en Algérie. Diffusée sur la chaîne de télévision privée Echorouk TV, la série relate les aventures du dirigeant d'un royaume fictif, le royaume achourite, au XIIème siècle. Mais ce programme satirique ne serait pas du goût des autorités algériennes. La diffusion de la série a manqué être arrêtée.
 

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Une comédie à succès, reflet de la réalité ?

Créée par le réalisateur Djaafar Gacem, la série entame sa troisième saison de diffusion et connaît un succès qui ne se dément pas. Sultan Achour 10 est le programme le plus regardé par les Algériens en ce mois de ramadan. Et pourtant, sa diffusion aurait pu s'arrêter dimanche dernier. Pour Khaled Drareni, le correspondant de TV5MONDE à Alger, "on reproche à cette série d'aborder les maux de la société algérienne". De manière satirique et drôle, le quotidien des Algériens y est décortiqué au fur et à mesure des épisodes. "La série aborde les affaires de corruption, la construction d'une mosquée à un milliard d'euros, un sultan qui part se faire soigner à l'étranger" explique Khaled Drareni.
"La cour du sultan est à l'image de celle des rois fainéants" souligne Slimane Zeghidour, éditorialiste à TV5MONDE. "Ceux qui entourent le sultan sont des parasites. La principale responsabilité de son vizir, son Premier ministre en quelque sorte, est de lui préparer son flan au chocolat". 
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Le groupe Echorouk subirait des pressions

De là à faire un parallèle avec les autorités algériennes en place, il n'y a qu'un pas que certains se sont empressés de franchir. 
"Le groupe de médias Echorouk subirait des pressions pour que cette série soit suspendue" rapporte Khaled Drareni. Si elle a toutefois été maintenue, le quotidien qui appartient au même groupe est privée de publicité depuis plusieurs jours. "C'est une forme de pression que les autorités exercent sur les journaux privés".
 
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L'ANEP décide d'accorder des pages de publicité aux journaux

En Algérie, la publicité étatique est entre les mains de l'ANEP, l'agence nationale d'édition et de publicité, qui détient les deux tiers du marché de la publicité dans le secteur de la presse écrite. Le budget de l'ANEP serait estimé à plus d'une centaine de milliers d'euros. Et c'est l'agence qui décide - ou non - d'accorder des pages de publicité aux journaux. Une situation que dénonçait déjà en juillet 2013 Abdelaziz Rahabi, ancien ministre de la Communication dans une interview accordée au quotidien Le Matin. "La publicité a-t-elle réellement servi à mieux informer les Algériens, a-t-elle été un sponsor de la liberté d'expression comme devait être son rôle ? Assurément, elle ne l'a pas été. L'ANEP a été utilisée comme un moyen de pression contre les journaux, mais surtout un moyen d'enrichissement illicite, et c'est ce qui fait le plus mal. On la laisse à deux ou trois personnes, elles en font ce qu'elles veulent et donnent à qui elles veulent quand elles le veulent".  

La liberté de la presse et des médias serait-elle une utopie en Algérie ? "Non" réplique Slimane Zeghidour. "La diffusion de ces programmes satiriques reste possible dans le pays, ce qui n'est pas le cas dans d'autres pays tels le Maroc ou l'Egypte par exemple".