Togo : l'opposition en lice pour les élections législatives

Elections au Togo en 2010 / photo AFP
Elections au Togo en 2010 / photo AFP

Reportées à plusieurs reprises, les élections législatives se tiennent finalement au Togo ce jeudi 25 juillet 2013. Les deux grands groupes qui constituent l'opposition ont renoncé, in extremis, à boycotter les élections. Malgré la méfiance qui les oppose, et dans un contexte de contestation sociale très tendu, ce revirement de situation change la donne pour le président au pouvoir Faure Gnassingbé. Analyse de Jean-Baptiste Placca, journaliste togolais vivant à Paris et ancien directeur de L'Autre Afrique.

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Le dépôt in extremis des candidatures de l'opposition révèle-t-il un choix éminemment stratégique ?

Les deux groupes d'opposition sont dans la stratégie et la tactique. Le pouvoir a tout fait pour les dégoûter (arrestations et emprisonnements), persuadé qu'ils allaient persister à boycotter (voir notre encadré sur les partis en course pour l'élection). Or la seule fois où l'opposition a eu des chances de gouverner, c'était en 1994. Ce sont ces élections qui ont fait l'objet du boycott le plus massif de législatives par le principal parti de l'opposition, l'UFC (Union des Forces de Changement) à l'époque. Cette fois, l'opposition essaie de ne pas réitérer l'erreur et de ne pas faire cadeau au pouvoir de cinq ans de paix royale. Juste au moment où le pouvoir s'installe dans la tranquillité, l'opposition décide de perturber ses plans et de le faire à la dernière minute pour ne pas laisser au pouvoir le temps de réagir.

Jean-Baptiste Placca
Jean-Baptiste Placca
Pourtant au sein de l'opposition, la confiance ne règne pas...

Les deux formations de l'opposition se parlent, mais ne se font pas confiance. Yawovi Agboyibo et Léopold Gnininvi‬, d'Arc-en-Ciel, notamment, ont été liés, à certains moments, à leurs camarades de l'opposition, puis se sont retournés et ralliés au pouvoir, de sorte que les opposants "radicaux" de Sauvons le Togo ne pourront jamais leur faire totalement confiance.

Depuis plus d'un an, la population descend dans la rue pour s'opposer au cumul des mandats présidentiels, les dysfonctionnements de la Commission électorale nationale indépendante ou pour un nouveau code électoral. Le fait est que les manifestations du samedi reflètent une grande partie de l'opinion publique, leur ont fait comprendre qu'ils ne pouvaient pas exister politiquement sans se réclamer de l'opposition. Il aurait été plus simple qu'ils se rallient aux radicaux, mais ils ont préféré créer Arc-en-Ciel, se disant que le pouvoir aurait toujours besoin d'une opposition "compréhensive" à ses côtés. Il pourrait ainsi les admettre comme interlocuteurs. Arc-en-Ciel est né de ce raisonnement. Une tactique qui fait que les radicaux du collectif Sauvons le Togo les soupçonnent d'être des "taupes" du pouvoir. Offrent-ils une véritable opposition au pouvoir ? Il n'existe pas de confiance suffisante pour parvenir à une vraie concertation.

Le problème dans ce pays, c'est que dès que trois opposants s'assoient à une table pour discuter, il y en a systématiquement un qui rend compte au pouvoir de la stratégie élaborée.

Le président au pouvoir Faure Gnassingbé / photo AFP
Le président au pouvoir Faure Gnassingbé / photo AFP
Quels sont vos pronostics pour les prochaines législatives ?

Avant que Gilchrist Olympio ne se rallie au pouvoir, son parti se prétendait en mesure d'obtenir tous les sièges dans la capitale. Je n'y croyais pas, mais ils ont effectivement remporté toutes les voix. Il y a une réelle lassitude de la population qui fait que, si les fraudes ne sont pas trop massives, l'opposition peut sinon gagner, au moins se retrouver au coude à coude avec le pouvoir.

Il faudra ensuite additionner les gains des différentes composantes de l'opposition pour dégager une majorité. C'est ce qui aurait pu se produire en 1994 si les deux grands groupes de l'opposition - celui de Edem Kodjo et celui de Yawovi Agboyibo qui, lui, est encore là aujourd'hui - , au lieu de discuter entre eux, de constituer une majorité pour prendre le poste de Premier ministre, n'avaient préféré négocier avec le pouvoir en place.

Depuis, ils ont été échaudés. S'ils s'aperçoivent que leurs voix additionnées constituent une majorité, ils vont peut-être se dire : "ces gens nous ont tellement eus par le passé qu'il n'y a pas de raison que leurs promesses, cette fois-ci, soient sincères". Mais ce sera un choix de raison et de dépit plus qu'une volonté de gouverner ensemble.

Pourquoi évoque-t-on si peu les prochaines élections au Togo dans les médias ?

Le vrai problème du Togo, aujourd'hui, c'est qu'il n'intéresse personne. Autant ce qui se passe en Guinée, par exemple, a pu préoccuper certains États étrangers ou institutions, autant le Togo ne pose pas de problème - pas de troubles qui déstabilisent la région. C'est de cela que profite le pouvoir. Cette fois, pourtant, l'opposition et, depuis plusieurs mois, la population, semblent réellement excédées par un certain nombre de choses. Il est possible que l'opposition refuse d'admettre quoi que ce soit qui ressemblerait à de la fraude. Cette fois-ci, la moindre irrégularité pourrait déboucher sur une crise très grave.

Les forces en présence

Les principaux acteurs de ces élections se divisent en trois groupes :

- le parti au pouvoir de Faure Gnassingbé et ses principaux alliés, à commencer par l'UFC (Union des Forces de Changement) de Gilchrist Olympio et quelques partis satellites de moindre importance auxquels étaient destinés quelques sièges dans l'hypothèse où l'opposition boycotterait les élections, et à qui il n'est plus possible de faire de cadeau maintenant qu'une opposition réelle se présente.

- l'opposition "traditionnelle", qui a jusqu'à présent refusé toute compromission, composée des gens que l'on retrouve dans le collectif "Sauvons le Togo", notamment l'ANC (Alliance Nationale pour le Changement.

- Arc-en-Ciel est une mosaïque de personnes qui se sont rangées tantôt du côté du pouvoir, tantôt avec l'opposition et qui, aujourd'hui, se positionne dans l'opposition, mais qui refuse, en même temps, d'embarquer dans le collectif "Sauvons le Togo" ; les gens de ‪Léopold Gnininvi‬, ancien ministre des Affaires Étrangères, un opposant autrefois radical et qui, entre-temps est entré au gouvernement, a collaboré, et dont l'image s'est brouillée ; le quart de Yawovi Agboyibo, qui a été Premier ministre de Faure Gnassingbé... des gens que le pouvoir considère de façon moins hostile que l'ANC.

- Electron libre : "Sursaut Togo" de Kofi Yamagne, qui boycotte les élections.