Afrique

Togo : l'opposition exige une enquête internationale sur la répression

Répression au Nord du Togo
©TV5MONDE / Commentaire : E. Godard - Montage: C. Dehondt

Au Togo, l'opposition exige l'ouverture d'une enquête internationale pour faire toute la lumière sur la répression à Bafilo, Sokodé et Mango, trois villes du Nord que l'opposant Jean-Pierre Fabre a sillonées pendant plusieurs jours. Trois villes traumatisées par les violences policières de ces derniers mois.
 

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Situé à 338 km au nord de Lomé, dans la région centrale, Sokodé est l'un des bastions de la constestation, l'une des villes du pays fortement touchées par les violents affrontements que le Togo a connus ces deux derniers mois,

Le chef de file de l'opposition, Jean-Pierre Fabre, s'est déplacé dans la zone, pour une tournée de quelques jours, à la tête d’une délégation de 14 partis de la coalition de l’opposition togolaise. Sur place, ils sont aont été accueillis par des klaxons et des cris de joie et de nombreux témoignages des habitants.

Répression : les habitants accusent l'armée

"Je suis venu et j’ai découvert que ma boutique a pris feu. Des gens sont venus m’aider avec de l’eau mais on n’a pas pu éteindre le feu. Les soldats étaient là et m’ont dit que c’est des bandits qui ont mis le feu. Les jeunes de l’autre côté disent que ce sont les soldats qui ont mis le feu", a confié un commerçant nigérien de la ville.

Selon plusieurs témoignages d'habitants, les militaires auraient incendié des maisons et frappé des habitants de la ville. "Ils sont venus du quartier Kwaworo. C’est des militaires qui ont brûlé. Ils ont demandé où sont mes frères, mon mari, mes enfants. J’ai dit qu’ils sont sortis. Ils m’ont demandé de prendre des coups pour mes petits frères. Donc ils m’ont frappée aussi", a assuré une habitante. 

"Moi, je suis juste sorti pour acheter à manger mardi et ils m’ont attrapé vers 10h comme ça. On était trois. Les autres ont pu fuir, moi je suis tombé et ils m’ont attrapé. C’est les bérets rouges qui m’ont frappé comme ça avec un câble en fer. Certains avaient des bâtons. Ils peuvent être une vingtaine à bord de leur véhicule", a relaté un jeune.

Les militaires sont encore en faction dans les rues de la ville... Sokodé est vidée de sa population. Un certain nombre d'habitants ont fui la localité pour se mettre à l'abri. Selon le Haut Commissariat aux réfugiés, au moins 500 personnes ont traversé la frontière, vers le Ghana ou le Bénin voisins.

Visite écourtéeaprès Atakpamé et Sokodé

La délégation a dû écourté sa visite, empêchée de poursuivre sa route vers Kara et Mango à l’entrée de Bafilo (à 380 km de Lomé), après une escale à Atakpamé et Sokodé. De retour à Lomé, Jean Pierre Fabre a fustigé l'attitude des forces de l'ordre sur le terrain. "Ils ont battu les gens, tiré, tué, fracassé la tête des gens. Ils ont tiré sur les gens et tué et cassé les bâtiments publiques sur les mettre sur les dos des populations et justifier la barbarie de la répression", a-t-il déclaré.

On a l’impression que les forces de sécurité se sont déchaînées sur les populations et c’est l'apocalypse que les gens ont vécu ici. Jean-Pierre Fabre, chef de l'opposition togolaise

Jean Pierre Fabre a déjà annoncé qu’il comptait demander une enquête internationale sur ce qui s’est passé à Sokodé. "Nous allons à notre retour à Lomé nous retrouver pour demander la mise en place d’une commission d’enquête indépendante sur tout ce qui s’est passé ici, une enquête internationale surtout pour faire la lumière sur ce qui s’est passé ici", a-t-il déclaré.

Le chef de l'opposition togolaise a appelé les habitants à continuer de se mobiliser malgré la répression. Jean-Pierre Fabre a prévu une autre visite dans la région avant les grandes manifestations prévues du 7 au 9 novembre prochains à travers le pays pour réclamer le retour à la constitution de 1992.