Tunisie, Brésil, Ukraine, ... des élections décisives

AFP Fadel Senna
AFP Fadel Senna

Du Brésil à l'Ukraine, les rendez-vous démocratiques se bousculent ce dimanche 26 octobre. L'essentiel est ici : petit précis sur des élections décisives.

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Tunisie : sortir de la Révolution


Les Tunisiens se rende aux urnes pour élire leur première "Assemblée des représentants du peuple" depuis la révolution, un scrutin-clé pour la transition démocratique du pays.
En octobre 2011, l'élection de l'assemblée constituante, remportée par les islamistes d'Ennahda, avait été le premier scrutin libre de l'histoire du pays mais les législatives de dimanche sont cruciales car elles doivent permettre à la Tunisie de se doter d'institutions pérennes, près de quatre ans après le soulèvement qui donna le coup d'envoi au Printemps arabe.
Près de 5,3 millions d'électeurs ont jusqu’à 18H00 (17H00 GMT) pour choisir les 217 députés qui les représenteront pendant cinq ans. Une présidentielle est prévue le 23 novembre.
Selon les analystes, deux partis partent favoris: Ennahda, au pouvoir de fin 2011 à début 2014, et leurs principaux détracteurs de Nidaa Tounès, une formation hétéroclite rassemblant aussi bien des anciens opposants au dictateur déchu Zine El Abidine Ben Ali que des caciques de son régime.
La campagne électorale a été atone, nombre de Tunisiens se disant désabusés par les batailles politiciennes qui ont conduit ce scrutin, prévu à l'origine pour octobre 2012, à être retardé de deux ans. La participation est dès lors l'une des inconnues de ce scrutin. Voir notre article : « L’abstention déjà vainqueur ? »
Si la Tunisie fait figure de dernier espoir de transition démocratique réussie dans les pays du Printemps arabe, les autorités craignent que des groupes jihadistes ne lancent des attaques pour faire échouer le scrutin. Des accrochages ont fait depuis 2011 des dizaines de morts dans les rangs de l'armée et de la police. 

Brésil : Roussef, acte II ?

Le Brésil doit choisir son nouveau président, entre Dilma Rousseff,  la sortante, légèrement favorite et l'opposant social-démocrate Aecio Neves.
Cette élection est largement considérée comme un plébiscite sur 12 ans de gouvernements du Parti des travailleurs (PT), sous lesquels le géant émergent d'Amérique latine a connu de profonds bouleversements économiques et sociaux.
Elue en 2010 dans l'euphorie finissante de la présidence de son mentor Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), l'ex-guérillera Dilma Rousseff avait hérité d'une croissance à 7,5%.
Première femme présidente, elle a amplifié les programmes sociaux qui bénéficient à un quart des 202 millions de Brésiliens, lui valant un large soutien dans les couches populaires et régions pauvres du Nord-Est. Sous le PT, 40 millions de Brésiliens se sont extirpés de la pauvreté et ont rejoint les rangs d'une classe moyenne désormais majoritaire. Le fléau de la faim a été éradiqué.
Mais Dilma Rousseff, 66 ans, a affronté des vents adverses: économie en ralentissement, revendications d'une classe moyenne, scandales de corruption qui ont terni l'image du PT.  Son bilan économique est maigre : quatre ans de croissance ralentie jusqu'à l'entrée en récession, une inflation donnant des signes de surchauffe (6,75%), des finances publiques en dégradation, un interventionnisme très critiqué.
Le candidat du Parti social démocrate brésilien (PSDB), Aecio Neves, 54 ans, soutenu par les milieux d'affaires, (voir notre article) , la droite traditionnelle et une partie de la classe moyenne, promet de remettre de l'ordre dans la maison Brésil. Surfant sur l'indignation des Brésiliens, il a fait de la lutte contre la corruption l'un des axes de sa campagne, même si le PSDB, qui a dirigé le Brésil de 1995 à 2002, a lui-même été dans le passé éclaboussé par de nombreuses affaires.
Selon un sondage publié samedi par l'Institut Datafolha, Mme Rousseff l'emporterait avec 52% des voix contre 48% pour M. Neves, un écart compris dans la marge d'erreur de +/-2%. Les Brésiliens ont commencé à voter à 08h00 locales (10h00 GMT). Les premiers résultats seront connus peu après la fermeture des derniers bureaux de vote à 20h00 (22h00 GMT).


Ukraine : le tournant vers l'Ouest

AFP
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L'Ukraine organise des législatives anticipées pour renouveler le Parlement après la chute du président Ianoukovitch en février dernier, mais le pays reste aux prises avec un conflit meurtrier qui s'enlise dans l'Est avec les séparatistes prorusses.
"Pour mettre en oeuvre la stratégie réformatrice que nous avons préparée, la seule volonté politique n'est pas suffisante. Il me faut aussi une majorité au Parlement", a plaidé samedi le président Petro Porochenko, élu en mai.
Dans un geste symbolique, il s'est rendu dimanche dans la matinée, en tenue de camouflage, à Kramatorsk, ville de l'Est rebelle reprise en été par les forces ukrainiennes.

La campagne officielle s'est achevée vendredi soir sans grand meeting, ni manifestation de masse. A cause du conflit, ce sont environ cinq millions d'électeurs, sur 36 millions, qui ne pourront pas voter dimanche : en Crimée rattachée à la Russie en mars et dans les zones contrôlées par les séparatistes dans le bassin minier du Donbass. 27 sièges de députés sur les 450 que compte la Verkhovna Rada, le parlement ukrainien, resteront donc vides.
De leur coté, les rebelles s'apprêtent à organiser leurs propres élections le 2 novembre dans les régions de Donetsk et de Lougansk.

Prévisions : le président Porochenko part grand favori, crédité dans les sondages d'environ 30% des voix. Il devra probablement s'allier avec une ou plusieurs des formations pro-occidentales. Vainqueurs des législatives de 2012, les anciens alliés de Viktor Ianoukovitch, sont devancés et devraient n'être que très faiblement représentés. Les communistes pourraient disparaître de l'assemblée.
La forte majorité pro-occidentale attendue - une première depuis l'indépendance, en 1991, de cette ex-république soviétique - devrait se traduire par l'arrivée de jeunes représentants de la société civile engagés dans la contestation du Maïdan, ainsi que de combattants de retour du front.
Le nouveau parlement devra voter des réformes radicales destinées à sortir l'Ukraine d'une profonde récession, aggravée par le conflit dans l'Est industriel, à lutter contre une corruption endémique et à la rapprocher de l'Union européenne, avec laquelle elle a récemment signé un accord de libre-échange.
Il devra accentuer les douloureuses mesures de rigueur exigées par les bailleurs de fonds occidentaux, notamment le FMI, pour sauver le pays de la faillite après le retrait du soutien financier russe. La situation est encore aggravée par le conflit gazier avec la Russie, qui prive l'Ukraine de gaz russe.
Les bureaux de vote ont ouvert dimanche à 08H00 heure locale (06H00 GMT) et fermeront à 20H00 (18H00 GMT). Des sondages seront aussitôt disponibles et les résultats officiels tomberont dans la nuit.