Afrique

Tunisie : le blogueur Slim Amamou entre au gouvernement

Les internautes le connaissent sous le pseudo de Slim404. Cyberdissident lors de la « révolution de jasmin », Slim Amamou a été arrêté, torturé psychologiquement et emprisonné. À 33 ans, cet entrepreneur des nouvelles technologies et blogueur influent est devenu Secrétaire d'État à la Jeunesse et aux Sports du gouvernement d'union nationale. Quelques heures après l'annonce, il s'est confié à TV5MONDE.

dans

« Je vais faire entendre la voix du peuple de l'Internet »

Slim Amamou, @Slim404 sur Twitter, devient secrétaire d'Etat à la jeunesse et aux sports
Slim Amamou, @Slim404 sur Twitter, devient secrétaire d'Etat à la jeunesse et aux sports
Comment avez-vous appris votre entrée au gouvernement d'union nationale ?

On m'a appelé une demi-heure avant l'annonce officielle pour me proposer le poste, et j'ai accepté. C'était une très grande surprise, je ne m'y attendais pas du tout. C'est quelque chose que je n'aurais jamais imaginé. Ma tâche sera de conseiller sur la jeunesse, notamment vis-à-vis d'Internet et des spécificités des nouvelles technologies. Je vais faire entendre la voix du peuple de l'Internet.

Peut-on dire que ce qui s'est passé en Tunisie est une « révolution 2.0 » ?


Ça me gêne un peu. Il ne faut pas oublier que les gens ont manifesté, sont descendus dans la rue, que ça a démarré avec l'immolation de Mohamed Bouazizi... Toutes ces choses ne se sont pas passées sur Internet. Cette révolution, c'est une convergence de plusieurs choses.
Le terme « révolution du jasmin » ne me plaît pas plus : je trouve que c'est un peu une récupération a posteriori, qu'on range cette révolution dans la même case que les révolutions « colorés », comme la révolution orange en Ukraine. La révolution tunisienne est différente, elle n'était pas planifiée ni organisée.

Le Premier ministre tunisien Mohammed Ghannouchi à Tunis le 17 janvier 2011 (©AFP)
Le Premier ministre tunisien Mohammed Ghannouchi à Tunis le 17 janvier 2011 (©AFP)
Est-ce que la censure du net est terminée depuis le départ de Ben Ali ?

Non, mais c'est en train de changer. Beaucoup de sites sont à nouveau accessibles, quelques uns restent encore censurés : les sites pornographiques bien sûr, mais ça ce sera dur à changer ; certaines pages Facebook ; l'envoi de mails via des serveurs externes à la Tunisie. Je pense que ça va être réglé et en tous cas j'essayerais de suivre cela au sein du gouvernement. Je suis bien sûr prêt à faire certaines concessions - comme porter un costume et une cravate - mais je ne resterais pas à mon poste si la liberté du net n'est pas totale.

Ce gouvernement promet aussi la liberté de l'information : vous y croyez ?

Ce sera à nous citoyens d'être vigilants là-dessus. Je pense que ça peut fonctionner parce que les gens n'ont plus peur : ils ont compris qu'ils pouvaient être une force et réagir aux mauvais choix du gouvernement.

Dans ce gouvernement d'union, l'équipe sortante conserve les postes-clés. Qu'en pensez-vous ?

Je suis pour le dialogue. Je suis sûr de moi et de mes convictions. Mais je souhaite aussi pouvoir parler librement de ce qui se passe au gouvernement. Si ça ne fonctionne pas, tant pis. Au pire, je serais évincé.

Quel sera votre premier objectif comme secrétaire d'État ?


Des élections [présidentielle et législatives, NDLR] libres et impartiales. J'écouterais puis relayerais l'avis des internautes sur ce sujet. Je pense que cela va prendre du temps de tout réformer. Mais dans six mois nous aurons un nouveau gouvernement. Ensuite, d'élections en élections, dans une dizaine d'années, je pense que nous vivrons dans une démocratie stable.



Les trois ministres de l'UGTT ont quitté le gouvernement

18.01.2011Par AFP
Les trois ministres appartenant à la centrale syndicale tunisienne UGTT, ont démissionné mardi du gouvernement de transition formé la veille, à la demande de leur organisation, a annoncé à l'AFP l'un d'eux, Houssine Dimassi.
« Nous nous retirons du gouvernement à l'appel de notre syndicat », a déclaré M. Dimassi qui avait été nommé la veille ministre de la Formation et de l'emploi.
Les deux autres ministres démissionnaires, selon M. Dimassi, sont Abdeljelil Bédoui (ministre auprès du Premier ministre) et Anouar Ben Gueddour (secrétaire d'Etat auprès du ministre du Transport et de l'équipement). Leur démission a également été annoncée par l'agence de presse officielle tunisienne TAP.
L'Union générale des travailleurs tunisiens, la puissante centrale syndicale tunisienne, qui a joué un grand rôle dans les manifestations ayant provoqué la chute du président Zine El Abidine Ben Ali, avait demandé dans la matinée à ses trois représentants de quitter le gouvernement.
La direction de l'UGTT qui a tenu une réunion extraordinaire près de Tunis, a décidé « de ne pas reconnaître le nouveau gouvernement ». De nombreuses voix s'élèvent en Tunisie, notamment au sein de la gauche et de la mouvance islamiste contre la présence de membres de l'ancien gouvernement et du parti du président déchu Ben Ali dans la nouvelle équipe de transition formée lundi.

Suivre Slim Amamou sur la Toile