VIH - La prise en charge des malades du sida en Afrique

dans

“Il faudrait 5 milliards de dollars en plus pour répondre aux nouveaux besoins“

Entretien avec Stéphane Simonpiétri, directeur des programmes internationaux d'Aides, association française de lutte contre le sida créée en 1984




En Afrique, les politiques de prise en charge des malades du sida mises en place par les gouvernements s’avèrent-elles efficaces ?

Beaucoup de pays africains se sont fortement engagés dans la lutte contre le sida. Leur système de santé reste faible. Mais le secteur associatif s’est énormément développé. C’est le cas au Togo où la prise en charge des malades est assurée à 70 % par les associations. Le taux de couverture reste encore insuffisant puisqu’on estime que, dans les pays du Sud, 30% seulement des besoins sont couverts. Mais de gros progrès ont été réalisés. Globalement, même si le nombre de malades reste encore très élevé, l’épidémie tend à se stabiliser.



Combien coûte un traitement anti-VIH dans les pays africains ?

Dans de nombreux pays d’Afrique comme en Côte d’Ivoir et en Guinée, les médicaments de première ligne sont gratuits pour les patients. Néanmoins, ils ont un coût pour les pouvoirs publics. Il faut compter en moyenne 150 dollars par personne et par an. C’est un prix qui a fortement baissé grâce à l’utilisation des formes génériques. Mais ces traitements, qui ne sont d’ailleurs plus prescrits dans les pays du Nord, ne sont pas d’excellente qualité. Ils produisent des effets secondaires. Aujourd’hui, il existe des médicaments de deuxième et de troisième lignes plus efficaces mais qui coûtent 10 fois plus cher. Au minimum, 1400 dollars par malade et par an. De plus, pour accéder à ces traitements, le malade doit passer des examens biologiques qui permettent d’évaluer le niveau de développement de la maladie. Or en Afrique, ces examens coûtent cher et ne sont pas remboursés. C’est un véritable obstacle.


Comment peut-on faire baisser le coût de ces médicaments de deuxième et troisième ligne ?

Il existe des moyens puisqu’on l’a déjà fait pour les médicaments de première ligne : il faut recourir aux génériques et donc détourner les brevets des firmes pharmaceutiques. Des dispositions existent dans les grands traités internationaux. Il faudrait aussi généraliser la taxe sur les billets d’avion mise en place sous Jacques Chirac qui a déjà permis de faire baisser le prix des médicaments.


Pour accéder au traitement, l’obstacle est-il uniquement d’ordre financier ? Le sida est-il une maladie taboue ?

En Afrique comme en Europe, les malades du Sida sont victimes de stigmatisations et d’exclusion. Cela reste une maladie honteuse qui pose la question de l’identité sexuelle et de l’homophobie. Il faut donc s’efforcer de créer un environnement de tolérance à l’égard des personnes séropositives.


Quelles sont les interventions d’Aides en Afrique ?

Nous intervenons auprès d’associations africaines qui participent à la lutte contre le sida. On organise des formations pour améliorer la prise en charge des malades. On aide aussi les associations dans leur gestion financière et dans leur organisation interne. On essaie aussi de relayer leurs revendications auprès des pays du Nord. En tout, on travaille avec 35 partenaires dans 19 pays d’Afrique centrale, australe et du Maghreb.


Pourquoi l’Afrique est-elle plus frappée par le sida que l’Asie ou l’Amérique du sud ?

Il existe en dehors de l’Afrique d’autres zones du globe où l’épidémie est en fort développement comme en Europe de l’est. Mais il est vrai que l’Afrique reste le continent le plus touché. Et ce, pour différentes raisons. Premièrement, la lutte contre le VIH s’est faite tardivement. Deuxièmement, les systèmes de santé nationaux n’étaient pas du tout en capacité de faire face à l’épidémie. Troisièmement, le niveau global de développement et d’éducation a toujours été très faible en Afrique.


L’aide internationale risque de stagner cette année. Cela vous inquiète-t-il ?

A Aides, nous sommes très inquiets. Le dernier G8 qui s’est tenu en Italie a ignoré le problème dans un silence assourdissant. Le Fonds mondial vient de faire des déclarations alarmantes. Si l’aide internationale n’est pas augmentée, on risque de perdre tout ce qui a été acquis. Il faut savoir que l'engagement financier qu'a été pris par les pays donateurs couvre déjà à peine les besoins d'aujourd'hui. On est vraiment au milieu du gué. Les pays du Sud ont montré qu’ils étaient capables de prendre en charge leurs malades. On est parvenu à faire baisser le prix des médicaments de première ligne. Le Fonds mondial a prouvé son efficacité pour trouver des sources de financements. Il faut donc poursuivre ces efforts. Aujourd’hui, il faudrait 5 milliards de dollars en plus pour répondre aux nouveaux besoins. Ce qui est à la fois beaucoup et très peu.


Serait-il possible aujourd’hui de stopper l’épidémie ?

Certains modèles mathématiques montrent qu’il est possible de briser la chaîne de la contagion. En fait, il a été démontré que les personnes qui sont sous traitements anti-viraux sont moins contaminantes. Donc, si on parvenait à largement augmenter le nombre de malades pris en charge, cela pourrait, en effet, avoir un impact très fort sur la dynamique de l’épidémie.

Propos recueillis par Camille Sarret
22 juillet 2009

Notre dossier