Virus Ebola : l'OMS lance une alerte mondiale

La directrice générale de l'OMS Dr Margaret Chan, lors d'une conférence de presse le 8 août 2014 à Genève ©AFP
La directrice générale de l'OMS Dr Margaret Chan, lors d'une conférence de presse le 8 août 2014 à Genève ©AFP

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a lancé, vendredi 8 août, une alerte mondiale en décrétant un état d'urgence sanitaire planétaire contre le virus tueur. Depuis le début de l'année, l'épidémie a fait près de 1000 morts et continue de progresser avec désormais quatre foyers en Afrique de l'Ouest : la Guinée, le Libéria, la Sierra Leone et le Nigeria. 

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Le comité d'urgence de l'OMS a été "unanime pour considérer que les conditions d'une urgence de santé publique de portée mondiale sont réunies", a déclaré vendredi à la presse le Dr Margaret Chan, directrice générale de l'organisation. Devant l'aggravation de la situation, il faut une "réponse internationale coordonnée" pour "arrêter et faire reculer la propagation internationale d'Ebola", a-t-elle estimé.

Elle a, par ailleurs, demandé aux chefs d'Etat des pays affectés de "décréter un état d'urgence".

Le président nigérian Goodluck Jonathan. ©AFP
Le président nigérian Goodluck Jonathan. ©AFP
Etat d'urgence décrété au Nigeria

Comme le Liberia et la Sierra Leone, deux des pays les plus touchés, le Nigeria a, à son tour, décrété vendredi l'état d'urgence sanitaire. La Guinée, elle, y réfléchit.

Outre cette annonce, le président nigérian, Goodluck Jonathan, a également approuvé le déblocage immédiat de 1,9 milliard de nairas (8,6 millions d'euros) pour combattre la maladie dans son pays, le plus peuplé d'Afrique.

Avec 13 cas (confirmés, probables ou suspects) dont deux mortels, selon le dernier bilan de l'OMS, le Nigeria est le quatrième pays affecté. L'épidémie y reste limitée à Lagos, la capitale économique qui compte plus de 20 millions d'habitants (la ville la plus peuplée d'Afrique de l'Ouest).

Afin de lutter contre la flambée, le Nigeria, a, par ailleurs, fait appel, ce samedi, à des volontaires, reconnaissant être confronté à un manque de personnel, deux jours après la levée d'un mot d'ordre de grève de médecins de la santé publique.

Les Etats-Unis ont annoncé, pour leur part, qu'ils allaient envoyer davantage de personnel et de matériel dans ce pays."Nous commençons à renforcer notre personnel à Lagos", a déclaré Tom Skinner, porte-parole des Centres fédéraux de contrôle et de prévention des maladies (CDC). "Nous sommes très inquiets du risque de contagion, étant donné que Lagos (et le Nigeria) n'ont jamais connu l'Ebola".

12 millions de dollars supplémentaires vont également être débloqués par USAID, l'Agence américaine de développement, pour la lutte anti-Ebola dans les quatre pays affectés : Guinée, Liberia, Sierra Leone et Nigeria.


Une quarantaine de 31 jours

L'OMS ne place pas en quarantaine les quatre pays concernés (Guinée, Libéria, Sierra Leone et Nigeria) pour ne pas aggraver leur situation économique, mais demande des mesures de contrôle à leurs points de sortie et des précautions particulières aux compagnies aériennes continuant à les desservir.

Le comité demande que tous les voyageurs quittant les pays affectés fassent l'objet d'un examen dans les aéroports, les ports et aux principaux postes frontières, avec un questionnaire et une prise de température, les cas suspects devant être stoppés. "Compte tenu d'un temps d'incubation de 21 jours, une quarantaine de 31 jours doit être imposée à tout cas suspect", a précisé le Dr Keiji Fukuda, adjoint de la directrice générale en charge de l'épidémie.

Les personnes ayant été en contact avec des malades, à l'exception du personnel médical équipé de vêtements protecteurs, ne seront pas autorisées à voyager. Quant aux équipages des vols commerciaux se rendant vers les pays concernés, ils doivent recevoir une formation et du matériel médical de protection pour eux et leurs passagers.

Aider les pays touchés

Pour le Dr Bart Janssens, directeur des opérations de MSF, dont les équipes sont les plus nombreuses sur le terrain, la décision de l'OMS est positive mais "les déclarations ne sauveront pas des vies". Il demande "une action immédiate sur le terrain" avec un large déploiement de moyens par les pays qui en sont dotés, ajoutant: "des vies sont perdues parce que la réponse est trop lente".

En vertu de l'état d'urgence sanitaire, deux villes de l'est de la Sierra Leone (région devenue le nouvel épicentre de la flambée) ont été mises en quarantaine. Et plus de 1.500 policiers et militaires sont en cours de déploiement dans ce pays pour faire respecter les mesures de quarantaine, selon le gouvernement.

Quant au Liberia, il a restreint les déplacements entre certaines provinces et la capitale. Ces restrictions suscitent des craintes de pénuries alimentaires en raison de perturbations dans l'approvisionnement. Dans ce contexte, Mme Chan a appelé "la communauté internationale à fournir le soutien nécessaire" aux pays touchés.

Arrivée en provenance du Libéria du prêtre catholique espagnol infecté par le virus Ebola sur la base aérienne de Torrejon près de Madrid pour être hospitalisé  ©AFP
Arrivée en provenance du Libéria du prêtre catholique espagnol infecté par le virus Ebola sur la base aérienne de Torrejon près de Madrid pour être hospitalisé ©AFP
Un vaccin courant 2015 ?

Excluant des restrictions sur les voyages internationaux ou sur le commerce international, l'OMS a demandé aux Etats de "se préparer à détecter et traiter des cas de malades Ebola" et à faciliter l'évacuation de leurs ressortissants, surtout les personnels médicaux qui ont été exposés. L'Europe a accueilli jeudi un premier malade d'Ebola, un missionnaire espagnol rapatrié du Liberia, peu après le rapatriement de deux patients originaires des Etats-Unis qui ont reçu un traitement expérimental.

Un vaccin préventif contre le virus Ebola mis au point par le laboratoire britannique GSK pourrait faire l'objet d'essais cliniques dès le mois prochain, et si ceux-ci sont concluants, être disponible courant 2015, a indiqué samedi 9 août, Jean-Marie Okwo Bélé, le directeur du département des vaccins et immunisation de l'OMS à la radio française RFI."On cible le mois de septembre pour commencer les essais cliniques, d'abord aux Etats-Unis et certainement dans un pays africain", a précisé Jean-Marie Okwo Bélé.

Il n'existe pour l'instant aucun traitement spécifique sur le marché permettant de traiter ou de prévenir la fièvre hémorragique Ebola. Plusieurs vaccins en sont au stade des essais tandis qu'un traitement prometteur, le ZMapp, vient pour la première fois d'être testé sur des Américains infectés en Afrique.



Vers une fermeture des frontières ?

AFP
Signe de l'inquiétude grandissante, le Tchad a décidé de suspendre tous les vols en provenance du Nigeria voisin. Et la Zambie a interdit d'entrée les ressortissants des pays touchés.
La Mauritanie, où aucun cas suspect n'a été détecté pour le moment, a renforcé le contrôle sanitaire à ses frontières sud.

La Guinée, qui avait annoncé samedi après-midi la fermeture de ses frontières terrestres avec le Liberia et la Sierra Leone, est revenue sur sa déclaration dans la soirée. "Il ne s'agit pas d'une fermeture des frontières entre la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone, mais plutôt de mesures contraignantes visant à mieux contrôler les mouvements transfrontaliers, notamment ceux des personnes" susceptibles d'être porteuses du virus, a déclaré à l'AFP le porte-parole du gouvernement, le ministre Albert Damantang Camara.

Hors d'Afrique, l'Inde a annoncé avoir placé ses aéroports et ports en alerte.

Situation “catastrophique“ à Monrovia

AFP
Au Libéria, la menace de grève des travailleurs de la santé inquiète. Les cas d'Ebola, ayant fait plusieurs morts dans leurs rangs, ceux-ci dénoncent le manque de moyens et de matériel pour gérer.

A Monrovia, la situation est "catastrophique", a alerté vendredi Lindis Hurum, coordinatrice d'urgence au Liberia de Médecins sans frontières (MSF). Par peur de la contagion, certains hôpitaux de la capitale ont été désertés par leurs employés et fermés.

Dans la capitale, une missionnaire congolaise est morte samedi de la fièvre hémorragique. Elle faisait partie de l'Ordre hospitalier de San Juan de Dios pour lequel travaillaient les religieux espagnols évacués jeudi du Liberia en raison de l'épidémie.

Comprendre le virus Ebola

Le virus Ebola, qui provoque des "fièvres hémorragiques", tire son nom d'une rivière du nord de l'actuelle République démocratique du Congo, où il a été repéré pour la première fois en 1976. Son taux de mortalité peut aller de 25 à 90% chez l'homme.
                 
Ce virus de la famille des filoviridae (filovirus) se transmet par contact direct avec le sang, les liquides biologiques ou les tissus de personnes ou d'animaux infectés. Les rituels funéraires, au cours desquels les parents et amis sont en contact direct avec le corps du défunt, jouent un rôle important dans la transmission.
                 
Il n'y a pas de vaccin homologué contre la fièvre Ebola, qui se manifeste par des hémorragies, des vomissements et des diarrhées.

Mesures d'hygiène

Conseils donnés aux voyageurs sur le site internet du ministère des Affaires étrangères français :

Ne pas se déplacer dans la zone de foyer de l’épidémie en Guinée forestière et dans les zones signalées en Sierra Leone et au Liberia ( consulter les fiches Conseils aux voyageurs de ces pays)
    •    Ne pas consommer ni manipuler de viande de brousse,
    •    Se laver les mains fréquemment au savon ou avec les solutions de lavage des mains hydro-alcoolique,
    •    Éviter les contacts directs avec les secrétions des malades ayant une forte fièvre, ou des troubles digestifs, ou des hémorragies extériorisées par la bouche, le nez, ou les selles