Afrique

Zimbabwe : le bras de fer se poursuit entre Mugabe et l'armée

zimbabwe mugabe public
Par nos partenaires de Radio-Canada

Le président Mugabe, âgé de 93 ans, n'a toujours pas l'intention de démissioner : il est apparu hier lors d'une cérémonie officielle. Aujourd'hui, pourtant, une manifestation est prévue à Harare à l'appel de la ZANU-PF pour réclamer la démission du chef de l'Etat.

dans

Les anciens combattants du Zimbabwe, traditionnels piliers du régime, ont appelé à un grand rassemblement samedi à Harare pour demander le départ du président Robert Mugabe, progressivement lâché par ses soutiens historiques. Ce meeting clôture une semaine de crise politique inédite au Zimbabwe, où l'armée a pris le contrôle du pays et assigné à résidence le chef de l'Etat, au pouvoir depuis en 1980.

L'intervention de l'armée représente un tournant inédit dans le long règne de Robert Mugabe, marqué par une grave crise économique. A 93 ans, il se retrouve de plus en plus isolé, abandonné par ses alliés les plus fidèles : après l'armée et les anciens combattants, les sections régionales du parti présidentiel de la Zanu-PF l'ont à leur tour lâché vendredi soir.

Les anciens combattants espèrent faire le plein samedi pour leur rassemblement au stade de Zimbabwe Grounds, dans la banlieue de Highfield à Harare. Un lieu symbolique puisque c'est là même que Robert Mugabe avait fait son premier discours à son retour d'exil en 1979, à la fin de la guerre d'indépendance. Un an plus tard, il prenait la direction du pays, qu'il n'a pas quittée depuis.

"La partie est finie", a pourtant lancé vendredi l'influent chef des anciens combattants de la guerre d'indépendance, Christopher Mutsvangwa, à l'adresse du président Mugabe. "Il doit démissionner", a-t-il ajouté, appelant la population à se mobiliser massivement samedi. "Nous pouvons finir le travail commencé par l'armée", a-t-il lancé.

Dans la nuit de mardi à mercredi, l'armée est intervenue - sans effusion de sang - à Harare en soutien à Emmerson Mnangagwa, limogé une semaine plus tôt de son poste de vice-président. Elle a placé en résidence surveillée le président Mugabe, qui est cependant autorisé au coup par coup à se déplacer.

Vendredi, il a fait sa première apparition publique depuis le coup de force militaire, lors d'une cérémonie de remise de diplômes universitaires à Harare. Il n'a pas fait de discours et somnolé, comme il le fait régulièrement en public, assis dans un immense fauteuil de bois et de cuir.

En l'autorisant à sortir de la résidence présidentielle, l'armée entend montrer que "l'Etat de droit prévaut", a expliqué Anthoni van Nieuwkerk, professeur de sciences politiques à l'université de Witwatersrand à Johannesburg.

L'armée a assuré vendredi que les négociations étaient toujours en cours avec le chef de l'Etat et s'est félicitée d'avoir enregistré des "progrès significatifs" dans la purge qu'elle conduit contre des proches du couple présidentiel.

Purge

Dans la ligne de mire de l'armée se trouve le groupe dit des G40, une faction de la Zanu-PF qui soutient la Première dame et ses ambitions présidentielles.

C'est elle qui a fait tomber M. Mnangagwa, 75 ans, devenu un concurrent beaucoup trop encombrant dans sa course à la succession du président. Elle avait mené une active campagne de dénigrement de son adversaire.

Fort de l'intervention de l'armée, l'ancien vice-président, qui avait fui le pays après son éviction, est rentré au Zimbabwe jeudi. Il n'est pas encore apparu en public, mais son nom circule pour prendre la direction d'une éventuelle transition politique.

Mugabe s'accroche au pouvoir

Depuis trente-sept ans, il se maintient par la force, en réprimant toute opposition, et a prévu de se représenter en 2018 en dépit de sa santé fragile.

Les Etats-Unis, par la voix du secrétaire d'Etat Rex Tillerson, ont estimé vendredi que les Zimbabwéens devaient pouvoir "choisir" leurs dirigeants, appelant à un "retour rapide à un pouvoir civil en accord avec la Constitution" du Zimbabwe.

Dans la capitale, les Zimbabwéens ont continué à vaquer à leurs occupations cette semaine. Seuls quelques chars postés devant des lieux stratégiques rappelaient que l'armée avait pris le contrôle du pays.

Les anciens combattants ont récemment tourné le dos au président en refusant que son épouse lui succède. Ils soutiennent ouvertement M. Mnangagwa, qui a joué un rôle clé dans la guerre d'indépendance aux côtés de M. Mugabe. A 52 ans, la Première dame est trop jeune pour y avoir participé.

Le pasteur Ewan Mawarire, l'un des acteurs clés d'une fronde anti-Mugabe en 2016, a appelé ses partisans à participer au rassemblement de samedi pour réclamer "un nouveau Zimbabwe". Le régime Mugabe "détruit nos vies et nous ne pouvons pas le laisser continuer à faire ça", a-t-il expliqué sur sa page Facebook.