Culture

Albert Kahn nous offre le monde en quelques clics

<span>Le roi Tôli fumant la pipe et ses dignitaires à Porto-Novo, Dahomey (actuel Bénin), le 18 avril 1930.</span><br />
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Le roi Tôli fumant la pipe et ses dignitaires à Porto-Novo, Dahomey (actuel Bénin), le 18 avril 1930.
 
 
 
opérateur Frédéric Gadmer / ( Collection Archives de la Planète - Musée Albert-Kahn/Département des Hauts-de-Seine)

Comment était l'Afrique, l'Amérique, l'Asie et l'Europe au début du siècle dernier ? Quelle était l'activité humaine ? Pour le savoir, Albert Kahn a l'idée de dépêcher des opérateurs de prises de vue partout dans le monde. Ils rapportent des documents époustouflants qui sont aujourd'hui proposés gratuitement aux internautes.
Emotion !

dans

Génial et philanthrope. Tel était le banquier Albert Kahn.
En 1909, le millionnaire Alsacien se lance dans un projet fou : créer un fond  documentaire en couleurs de tous les peuples du monde ! Son but est de favoriser la paix et la compréhension interculturelle. Pour y parvenir, cet idéaliste utilise

Albert Kahn, fils de marchand de bestiaux, devenu banquier milliardaire et humaniste magnifique
Albert Kahn, fils de marchand de bestiaux, devenu banquier milliardaire et humaniste magnifique
(DR)

l'autochrome, le premier procédé couleur industriel inventé par les frères Lumière. Révolutionnaire. Ils en ont fait la promotion le 10  juin 1907, dans le magazine L'Illustration. Le procédé n'est pas pour toutes les bourses : il coûte cinq francs la boîte de quatre vues, soit le salaire de deux jours d'un employé des usines Lumière. Mais Albert Kahn a de l'argent, beaucoup d'argent. Il pourrait le faire fructifier aimablement dans le silence ouaté des conseils d'administration. Cet humaniste préfère s'en servir pour mieux connaître l'autre, l'étranger, celui qui est certes différent mais pas contraire. Découvrir le monde par l'image sera le but de sa vie.

<span>Portrait du chef Justin Aho entouré de ses femmes à <span>Abomey, Dahomey (actuel Bénin), Afrique, le <span>8 mars 1930</span></span></span>
Portrait du chef Justin Aho entouré de ses femmes à Abomey, Dahomey (actuel Bénin), Afrique, le 8 mars 1930
Opérateur Frédéric Gadmer/ Collection Archives de la Planète - Musée Albert-Kahn/Département des Hauts-de-Seine)

Albert Kahn, le collectionneur de regards humains


Cette idée un peu folle de collecter la mémoire du monde sur des plaques de verre lui est venue l'année précédente, en 1908.
En compagnie de son chauffeur-mécanicien-photographe, Albert Dutertre, le banquier a effectué un tour du monde pendant quatre mois. Ensemble les deux hommes ont traversé l'Amérique. Ils ont parcouru le Japon et la Chine. A leur retour, dans leurs bagages, il y a les inévitables souvenirs mais surtout des centaines de photos et de nombreux films, témoins de leur audacieux périple.

Maroc, la place Jemaa el-Fna <span>vue d'une terrasse de café, le 18 juin 1926</span>
Maroc, la place Jemaa el-Fna vue d'une terrasse de café, le 18 juin 1926
Opérateur Georges Chevalier/ Collection Archives de la Planète - Musée Albert-Kahn/Département des Hauts-de-Seine)

Ses voyages lui ont fait pressentir que des civilisations entières vont s'éteindre. Il faut, coûte que coûte, en garder "des aspects, des pratiques et des modes de l’activité humaine, dont la disparition fatale n’est plus qu’une question de temps ".

70 000 autochromes et  170 kilomètres de films tournés.

Pour parvenir à ce projet, il crée, en 1910, une société, Les Archives de la planète. Jusqu'en 1931,  il missionne dans 48 pays de tous les continents reporters et opérateurs de cinéma pour filmer et photographier ce qui n'intéressait (presque) personne : la Palestine des années 20, l'Inde des maharadjas, la montée du fascisme

<span>Jeunes femmes kurdes à <span>Mar Yakoub, Irak le 13 mai 1927.</span></span><br />
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Jeunes femmes kurdes à Mar Yakoub, Irak le 13 mai 1927.
 
Opérateur Frédéric Gadmer / Collection Archives de la Planète - Musée Albert-Kahn/Département des Hauts-de-Seine)

en Italie, les villes africaines etc.
Ces reporters ont pour mission de fixer sur la pellicule les modes de vie, les costumes et les coutumes... Ils ramèneront plus 70 000 autochromes et  170 kilomètres de films tournés.

Albert Kahn s'adjoint les services de Jean Brunhes,  fondateur de la géographie humaine.
Il donne des instructions précises aux photographes: "Un costume doit être pris de face et de dos... sur le terrain, la première démarche est de faire le tour du village à pied et de progresser du général au particulier pour aboutir à l'être humain".
En 1913, il fait même paraître un article sur la thématique des photos de groupe : "Je voudrais enfin attirer l'attention des ethnographes et des géographes sur l'importance à la fois géographique et ethnographique de ce qu'on pourrait appeler les petites foules, c'est-à-dire les groupes humains variant de cinq à quinze personnes et se trouvant représenter une forme de vie collective naturelle : hommes causant ensemble dans la rue, hommes en prières, hommes assis pour manger ou pour jouer, hommes traitant un marché dans une foire, etc."

 

"La vie, la vie, il n'y a que ça. Il faut aller saisir la vie. A l'étranger, dans la rue. Partout !"

                                                                  Albert Kahn

Souvent, ces aventuriers de l'image arrivent à des moments historiques cruciaux, comme par exemple lors de l'effondrement des empires ottoman et austro-hongrois. Ils filment les derniers villages traditionnels celtiques en Irlande, les soldats de la Première Guerre mondiale. Ils prennent les premières photographies couleurs dans des pays aussi éloignés que le Brésil, le Vietnam, la Mongolie et la Norvège, le Bénin et les Etats-Unis.

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		<span>Dévidage des cocons de soie au grand dévidoir à Asama-Onsen, aux environs de Matsumoto, Japon, août 1926.</span></dd>
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Dévidage des cocons de soie au grand dévidoir à Asama-Onsen, aux environs de Matsumoto, Japon, août 1926.
 
Opérateur Roger Dumas/ Collection Archives de la Planète - Musée Albert-Kahn/Département des Hauts-de-Seine)

Albert Kahn, mystérieux, sans femme ni enfant

Albert Khan croit toucher au but. Dans sa propriété à Boulogne, l'élite intellectuelle mondiale se réunit chez lui et devise. En 1931, le philosophe Bergson écrira que ce

<span>Groupe d'enfants du village posant pour l'opérateur à Louqsor en Egypte, <span>le 26 janvier 1914</span></span>
Groupe d'enfants du village posant pour l'opérateur à Louqsor en Egypte, le 26 janvier 1914
Opérateur Auguste Léon / Collection Archives de la Planète - Musée Albert-Kahn/Département des Hauts-de-Seine)

colloque permanent qui se déroule chez le banquier "a fini par créer quelque chose d'unique : une atmosphère morale que tiennent à venir respirer, ne fût-ce que pour quelques heures, des hommes éminents qui caressent le rêve d'une humanité organisée et meilleure ".

Mais l'homme Kahn reste une enigme. 
Il aurait pû être le roi de Paris. Il préfère vivre dans sa maison-palais de Boulogne, sans femme ni enfant.
Ses jours d'opulence sont pourtant comptés.
La crise financière de Wall Street de 1929 arrive en Europe quelques temps plus tard et emporte la plupart des établissements financiers. Elle ruine Albert Kahn, qui meurt le 14 novembre 1940 à Boulogne-Billancourt.

Un de ses boursiers, en 1927,  se remémorait l'extraordinaire monsieur, toujours très secret : "C'était un tout petit vieillard, tout chauve, à la barbiche blanche, très simplement habillé, et que l'on aurait pris pour un humble employé retraité, surtout en été avec son veston d'alpaga noir et le grand chapeau qu'il arborait dans son jardin ".

Curieusement, il n'existe pas de film digne de ce nom pour clore ce portrait.  Celui qui voulait archiver la planète et qui se ruina pour y parvenir... refusa toujours de se laisser filmer.

Le Département des Hauts-de-Seine a fait le choix d’une diffusion en Open Data de cette collection unique. 72 000 autochromes ont donc été mis en ligne.

Ces ressources inestimables sont aujourd’hui à la disposition du public en cliquant ici.
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