Culture

Avignon 2017 : le théâtre de l’engagement

Avignon

Le Festival d’Avignon lève son rideau du 6 au 26 juillet et invite sur scène et dans la rue des artistes et des spectateurs à être l’incarnation de l’engagement poétique. 

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Le rituel avignonnais signe sa 71ème édition cette année. 50 spectacles, 43 créations et 29 co-productions sont attendus sur les lieux du festival qui respecte plus que les autres années la parité des nationalités et des genres. Le directeur, Olivier Py présentera deux spectacles une création Les parisiens et la tragique histoire d'Hamlet, prince de Danemark  interprétée cette fois-ci par des prisonniers – comédiens.  La programmation se tourne vers le politique, à lui de redéfinir cette notion «  Politique ne veut pas dire partisan, séculier ou idéologique, puisque le seul fait d’ouvrir encore ce théâtre sous les étoiles est politique en soi, quand bien même l’œuvre dépliée ne parlerait que de rêves amoureux et de nuages désirés. ». Le spectacle vivant africain résilient et explosif est un invité d'honneur et se décline sous des formes hybrides, danse, théâtre et chants. La Femme, sujet central du festival manifeste à travers mots et corps sa liberté.

HAMLET - CENTRE PÉNITENTIAIRE AVIGNON-LE PONTET 
HAMLET - CENTRE PÉNITENTIAIRE AVIGNON-LE PONTET 
(c) Christophe Raynaud de Lage
 

Le miroir de l’émergence africaine


Sur les planches, le continent africain se déploie à travers des compagnies du Rwanda, d’Afrique du sud, de Côte d’Ivoire, du Mali, du Burkina Faso, du Congo. Depuis les années 90, la danse contemporaine s'est durablement inscrite dans le paysage culturel au point de constituer un véritable patrimoine artistique. La transmission d'oeuvres de ce répertoire par une nouvelle génération de danseurs est au coeur des spectacles. Sans repères est une pièce qui questionne l'ordre mondial, Nina Kipré et Nadia Beugré, rendent hommage à la chorégraphe Béatrice Kombé disparue en 2007, fondatrice engagée de la compagnie Tché-Tché. Kettly Noel, danseuse, chorégraphe et actrice née en Haïti installée à Bamako  dirige aujourd'hui le Festival Dense Bamako Danse et le centre culturel Donko Seko, un espace de création chorégraphique, elle en fait un outil de socialisation au Mali. Elle viendra présenter  Tichèlbè  qui veut dire Macho, l’histoire d’une femme qui cherche un équilibre entre ses deux personnalités.
 
UNWANTED - DOROTHÉE MUNYANEZA
UNWANTED - DOROTHÉE MUNYANEZA
(c) Bruce Clarke

  The last king of Kakfontein  scrute le comportement des populistes qui sont aujourd'hui au pouvoir et commente leurs attaques répétées contre le projet démocratique. Cette pièce est mise en scène, chorégraphiée et scénographiée  par Boyzie Cekwana, né à Soweto en Afrique du Sud, le danseur a débuté sa carrière à 19 ans. Dans l'oeuvre Unwanted, Dorothée Munyaneza, la chorégraphe aborde l’histoire de ces femmes qui ont subi des viols en temps de guerre. « Pour cette pièce j’ai cherché des exemples dans l’histoire de l’humanité pas seulement au Rwanda (…) où le corps de la femme est lui aussi devenu, en temps de guerre, un champ de bataille : un lieu où l’homme envahit avec des armes, par la torture ou le viol » . 
 

La parole libre des conflits 

 
Bête de scène 
Bête de scène 
(c) Masiar Pasquali

Le théâtre se joue des guerres et de sa forme pour faire passer un message d’autonomie et de résistance. La plastique mouvante de la forme théâtrale érige cette année des œuvres difficiles à qualifier, est-ce du théâtre qui danse, est-ce de la danse jouée ?  La fine paroi qui sépare la peau  des artistes et le public est d’ailleurs invisible dans la pièce Bête de scène mise en scène par Emma Dante. L'auteur nous raconte la pièce Des paroles, des corps et des rythmes qui pointent, non sans fantaisie, les brutalités de la comédie humaine et qui se dressent pour faire valoir l'engagement social et politique de la communauté, qu'elle soit familiale ou théâtrale. 

Les guerres modernes  sont traitées par l’intermédiaire de trois œuvres, chaque œuvre est « un terroir de guerre » : une œuvre grecque  The Great Tamer, formé aux Beaux-Arts, Dimitris Papaioannou utilise l'image et le dessin comme matières. « Il s'agit de creuser et d'enterrer, puis de révéler. Il s'agit de parler de l'identité, du passé, de l'héritage et de l'intériorité. »  déclare t-il ;  Dans les ruines d'Athènes et Memories of Sarayevo  mise en scène par Julie Bertin et Jade Herbulot reviennent sur les conflits qui ébranlent nos sociétés.

Olivier Py parle aussi d’un nouveau féminisme. Selon lui, il est clair que cette édition est un pas vers les femmes, leur pouvoir et surtout leur combat contre le colonialisme et le patriarcat. Satoshi Miyagi présente Antigone dans la Cour d'honneur du Palais des papes, symbole d'une autorité. Dans Standing time, Lemi Ponifasio parle du sort des femmes à travers les écrits de la poétesse syrienne Rasha Abbas et des chants de femmes maoris isolées.
 
Rokia Traoré
Rokia Traoré
(c) Danny Willems


Raoka Traoré figure de la modernité africaine est prévue dans la programmation musicale. Aussi Juliette Binoche viendra raconter l’intime de Barbara, entre les lignes dans un récit chant et piano avec la collaboration d’Alexandre Tharaud. Christiane Taubira, ancienne ministre de la justice présente On aura tout, un mouvement qui fait de l'écriture son combat politique.

Le festival d'Avignon est celui d'une époque où les artistes ont besoin de puiser un univers fort et puissant qu’ils récupèrent de leur expérience et de leur origines. Ce théâtre se fait le reflet d'un ballet incéssant entre l’acte citoyen et la création artistique.