Bande dessinée - La Corée du Nord à hauteur d'enfant

Ducoudray au JT
Interview d'Isabelle Malivoir

Aurélien Ducoudray et la dessinatrice Mélanie Allag racontent dans leur album L'anniversaire de Kim Jong-Il le parcours d'un enfant de Corée du Nord qui passe de la naïveté à la rébellion face à ce régime oppressif. Rencontre.

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Pourquoi vous êtes-vous intéressé, dans cet album, à la Corée du Nord ?

Cela fait deux ou trois ans que je suis tombé sur un livre, dans une libraire, intitulé Prisonnier du camp 14, qui raconte l'histoire d'un jeune homme né dans un camp de concentration en Corée du Nord. Il n'a rien connu d'autre et s'échappe alors qu'il a environ 14 ans. C'était un livre très très dur, avec un côté exceptionnel.

Je me suis demandé si on s'intéressait à lui pour la bonne raison, pour son côté exceptionnel qui en fait un bon produit de librairie. Est-ce que simplement la voix d'un gosse de 5 ans ne serait pas plus intéressante ? C'est là qu'est née l'idée de suivre un enfant. J'ai ensuite lu plein de livres, collecté des petits détails de la vie, soit des enfants, soit de gens nés là-bas qui avaient réussi à s'échapper et qui racontaient leur enfance. 

Vous êtes-vous rendu dans la région ou vous êtes-vous seulement documenté ? 

Je me suis principalement documenté, entre livres de témoignage et documentaires, et aussi quelques films. Les films de propagande sont assez intéressants au final. 

Avez-vous pu voir des images de la vie quotidienne là-bas pour aider votre dessinatrice dans son travail ? 

Elle est tombée sur un compte Instagram qui ne portait pas de nom d'auteur. Elle a ainsi pu voir en images l'intérieur des immeubles, des maisons, les rues. C'était très précieux pour elle. Il y a malgré tout des images qui sortent. 

J'ai aussi voulu travailler avec elle parce qu'elle a une façon d'illustrer comme dans les albums jeunesse. Cela permettait d'évacuer tous les problèmes de véracité comme "Est-ce que ce sont des feux tricolores dans la rue ou pas ? "Cela ne m'intéressait pas dans cette histoire. Donc son illustration me permettait d'évacuer cela.  Mais on n'a absolument rien inventé. Tout ce qui est raconté est vrai, documenté.

Venant du journalisme, avez-vous plus de liberté dans la BD ?

Avec la bande dessinée, j'ai le temps de lire beaucoup plus. J'ai pu collectionner les témoignages. Pour cet album, j'ai pu lire pendant un mois et demi des livres non-stop. Quand j'étais journaliste, c'était impossible de faire ça, d'avoir autant de temps. J'ai l'impression, aujourd'hui, de faire davantage mon travail de journaliste en écrivant des fictions. J'étais photoreporter et ce qu'il me plaisait c'était de passer du temps avec les sujets. Et là c'est pareil, je retrouve cela ; quand on est dans l'écriture pure, on passe du temps avec les personnages.