Joyeux anniversaire, monsieur Ferré !

"Une solitude peuplée, voilà le sens de notre condition sociale. Une solitude peuplée d'images. Voilà pourquoi les hommes n'aiment guère quitter la ville. Il faut beaucoup d'abnégation pour vivre ailleurs que dans le cercle. Les sages qui y parviennent sont rayés des listes. On n'aime guère les marginaux. Le sens commun, disait Debussy, est une religion inventée pour excuser les imbéciles d'être trop nombreux" confiait Léo Ferré en 1965
"Une solitude peuplée, voilà le sens de notre condition sociale. Une solitude peuplée d'images. Voilà pourquoi les hommes n'aiment guère quitter la ville. Il faut beaucoup d'abnégation pour vivre ailleurs que dans le cercle. Les sages qui y parviennent sont rayés des listes. On n'aime guère les marginaux. Le sens commun, disait Debussy, est une religion inventée pour excuser les imbéciles d'être trop nombreux" confiait Léo Ferré en 1965
© capture écran RTS
"Une solitude peuplée, voilà le sens de notre condition sociale. Une solitude peuplée d'images. Voilà pourquoi les hommes n'aiment guère quitter la ville. Il faut beaucoup d'abnégation pour vivre ailleurs que dans le cercle. Les sages qui y parviennent sont rayés des listes. On n'aime guère les marginaux. Le sens commun, disait Debussy, est une religion inventée pour excuser les imbéciles d'être trop nombreux" confiait Léo Ferré en 1965
Quelques uns des comédiens sociétaires du Théâtre Français qui interprètent les chansons de Léo

Léo Ferré, né le 24 août 1916,  aurait eu 100 ans cette année. Concerts, hommages, livres, initiatives privées, Paris lui rend hommage tout azimut. L'oeuvre du génial auteur-compositeur-interprète est considérable. Sa puissance émotionnelle reste intacte. Avec le temps, chez Léo, va, rien ne s'en va.

dans

C'est la Comédie française qui ouvre le bal des hommages.  "Cabaret Léo Ferré", à la Galerie du Carrousel du Louvre,  propose un florilège de 16 chansons avec, en guise d'interprètes,  sept sociétaires du Théâtre-Français.
Les chansons  relèvent de la "période Barclay" (1960-1974) où Léo enregistrera parmi ses plus grands succès populaires.

Il y a les difficilement contournables ("Avec le temps", "Paris Canaille", "Jolie Môme...) mais aussi quelques chefs d'oeuvre ressuscités  : "La lettre", "La mauvaise graine".
Parenthèse : on peut regretter que la période suivante , période dite des "années toscanes" 1975-1993,  ne soit quasiment jamais chantée dans les spectacles-hommage. C'est pourtant, à notre avis, la plus audacieuse, la plus luxuriante...
Passons.
Claude Mathieu qui signe la direction artistique du spectacle avec Nicolas Valliliev, écrit joliment : " Ferré se brûle et nous brûle dans les pentes vertigineuses d’une
mémoire sensorielle inéluctable, car bel et bien enfouie au tréfonds de tous ceux que la vie dévore quand les souvenirs affleurent, remontant d’on ne sait où,  en flopée d’émotions, qu’il nous réimprovise d’une certaine façon, entre l’ordre et le désordre
."

La chanson Paris-Canaille est portée à son incandescence par Véronique Vella, pétante de vie et littéralement habitée par l'univers du poète-musicien
La chanson Paris-Canaille est portée à son incandescence par Véronique Vella, pétante de vie et littéralement habitée par l'univers du poète-musicien
©Comédie française
Immerger ces acteurs dans l'océan musical et poétique de Léo est une réussite. Contre toute attente, ces chanteurs non professionnels  apportent une émotion rafraîchissante. Les voix sont bien entendu inégales mais est-ce bien important ? Chaque artiste sert Léo Ferré avec humilité et conviction.

L'entreprise, pourtant, n'était pas gagnée.

Comment se mesurer à un tel artiste et échapper à la comparaison ?  Eh bien, précisément, en ne se mesurant pas. En libérant simplement l'émotion qui perle dans  les vers du poète et en se laissant griser par son champagne musical.

Bravo à Benoît Urbain, qui signe la direction musicale et les arrangements de ce spectacle. Avec intelligence et une infinie délicatesse, cet accordéoniste-pianiste- compositeur  nous promène sur le continent Ferré. En douceur. Il sert l'artiste sans jamais se servir lui-même. Mention spéciale pour son travail sur Avec le temps. Remarquable de sobriété et d'efficacité sur cette chanson magique dix mille fois écoutée et particulièrement casse-gueule.

"Je vois le monde un peu comme on voit l'incroyable" chantait-il dans "Tu ne dis jamais rien". Au cours de sa carrière, longue de près d'un demi-siècle, l'artiste signera une quarantaine d'albums originaux
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"Je vois le monde un peu comme on voit l'incroyable" chantait-il dans "Tu ne dis jamais rien". Au cours de sa carrière, longue de près d'un demi-siècle, l'artiste signera une quarantaine d'albums originaux
 
© document privé
Martine Chevallier, Véronique Vella, Alexandre Pavloff, Julie Sicard, Serge Bagdassarian, Christophe Montenez et Pauline Clément portent ce spectacle pas comme les autres.
Martine Chevallier, Véronique Vella, Alexandre Pavloff, Julie Sicard, Serge Bagdassarian, Christophe Montenez et Pauline Clément portent ce spectacle pas comme les autres.
© Comédie française

Seul bémol : l'agencement un peu maladroit des chansons. Il crée quelquefois des courts-circuits émotionnels. Ainsi, l'éclosion joyeuse, pétulante d'une Jolie Môme cohabite aussitôt avec le mélancolique Est-ce ainsi que les hommes vivent de Louis Aragon. Curieux.
Paris-canaille, sorte de bande dessinée pétaradante,  côtoie La Lettre, texte-poême d'un amour fou, apaisé et magnifique :

(...) Je sais que tu es là et que tu
Ne m'as jamais quitté, jamais
Je t'ai dans moi, au profond,
Dans le sang, et tu cours dans mes veines
Tu passes dans mon coeur et tu
Te purifies dans mes poumons
Je t'ai, je te bois, je te vis,
Je t'envulve et c'est bien (...)

(La lettre)


Aucun de ces comédiens n'a de disque à vendre. Relayer l'émotion est leur seul but. Ah ! Comme nous sommes loin de ces usines à chansons qui encombrent nos écrans, nos radios et parfois nos esprits ! Que de visages hier inconnus, célèbres aujourd'hui, oubliés demain dans ces élevages musicaux !
Ces comédiens du Théâtre Français nous font battre le coeur. Merci. Citons-les : Martine Chevallier, Véronique Vella, Alexandre Pavloff, Julie Sicard, Serge Bagdassarian, Christophe Montenez et Pauline Clément.

Le spectacle "Cabaret Léo Ferré" affiche complet jusqu'au 8 mai, jour de la dernière.  Mais petite astuce : on peut quand même tenter sa chance. Il reste, en effet, souvent des places disponibles, quelques minutes avant le début de la représentation...

Les jours Ferré

Depuis le 5 avril dernier, le principal auditorium de la canopée des Halles à Paris porte le nom de Léo Ferré. Un timbre à son effigie sera  mis en circulation le 22 septembre et divers concerts-hommages sont prévus à Paris.
Le monde de l'édition n'est pas en reste.
Aux éditions La découverte, dans la collection Cahiers libres, le 12 mai prochain, Pascal Boniface publie "Léo Ferré vivant" .  Dans la préface, le directeur de l'Institut de relations internationales et

stratégiques (Iris) écrit : " Ferré est pour moi LE poète francophone majeur du vingtième siècle. Il a aussi permis de mieux faire connaître l’œuvre de nombreux poètes, les poètes maudits et Aragon à un large public (...) Je tente à mon modeste niveau de lui rendre hommage, de payer une partie de ma dette à son égard, pour tout le plaisir qu’il m’a directement ou indirectement procuré".

Les éditions du petit Véhicule à Nantes  publient également "Léo Ferré- Droit de réponse". Cet essai, signé par votre serviteur,  évoque les rapports de l'artiste avec la critique. Un travail de recherche qui s'appuie sur près de 50 ans d'articles de presse. A mots plus ou moins couverts, souvent acides,  nombre de  journalistes lui reprochaient son âge, son argent, ses voitures, ses qualités de chef d'orchestre, "son" anarchie. Léo leur répond.
L'ouvrage dévoile aussi de nombreux aspects de sa vie dont certains sont peu connus : ainsi sa scolarité au sein de Science-Po  entre 1935 et 1939 où il croisa sans doute  François Mitterrand.
"Léo Ferré-Droit de réponse"paraîtra en octobre prochain.


Enfin, le 16 avril à Ivry sur Seine, au Forum Léo Ferré,  Christiane Courvoisier (dont le prochain album dédiée à Léo " Entre la Mer et le Spectacle..." sortira le 9 mai), rendra hommage au musicien-poète. Dans cette  même sale, Ivan Perey et Jean Dubois donneront une "conférence chantée" à travers 12 chansons.


On le voit, Léo Ferré est toujours avec nous et ce, "jusqu'à certaines heures pâles de la nuit".  Ni le temps ni les modes n'ont empoussiéré son oeuvre. Il y a 100 ans, à Monaco, naissait un artiste majeur.
Irremplacable, irremplacé.
Vital.