Culture

Boucar Diouf : quand immigration rime avec intégration et succès

boucar diouf
©TV5MONDE/reportage de Catherine François

Boucar Diouf est une vedette au Québec, sa patrie d'adoption. D'origine sénégalaise, cet humoriste, auteur et animateur de télévision est un beau modèle d'intégration. Rencontre.

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« Les immigrants d’hier sont les pure-laine d’aujourd’hui donc je crois que
les immigrants d’aujourd’hui seront les pure-laine de demain.
» Boucar
Diouf sait de quoi il parle. Il a quitté son Sénégal natal il y a 25 ans pour atterrir au Québec où il a entrepris un doctorat en biologie à l’Université du Québec à Rimouski. L’Africain a alors subi, en plus d’un choc culturel, un choc thermique car l’hiver, c’est long et froid, très froid. S’adapter à cet hiver a demandé beaucoup d’efforts et d’apprentissage à Boucar. Il raconte en souriant cette anecdote d’un ami guinéen qui s’était mis à descendre une rue à pic de Rimouski à quatre pattes parce qu’elle était verglacée et qui lui avait expliqué que ça prenait des griffes de léopard pour s’agripper à cette glace. « Il faut intégrer la nordicité pour se sentir bien dans ce pays, mais il faut aussi aller vers les gens, tendre la main et garder le sourire » précise Boucar.

Immigrer : « un flux bidirectionnel »

Une main tendue, un sourire, aller vers l’autre. C’est le secret de la réussite de l’immigration estime Boucar : « je pense que j’ai utilisé la sagesse africaine dans mon processus d’intégration. Au Sénégal, quand tu frappes à la porte de quelqu’un, il te dit d’entrer, mais c’est aussi le devoir de celui qui arrive de voir  ce qui pourrait peut-être gêner celui qui accueille et de dire "je vais le ménager", ce qui ne veut pas dire qu’on doit s’effacer pour ne plus exister mais qu’il faut faire attention aux valeurs de l’autre ». Pour Boucar, immigrer, c’est donc un processus qui se fait dans les deux sens, un « flux bidirectionnel ». Celui qui arrive doit marcher vers l’autre, s’intéresser à la culture et aux valeurs du pays dans lequel il vient de débarquer et celui qui accueille doit aussi marcher vers celui qui arrive. C’est le conseil qu’il donne aux milliers de Syriens qui viennent trouver refuge au Canada.

Un trait d’union entre l’Afrique et le Québec

Dans le cas de Boucar, la recette a fonctionné à merveille. Après avoir obtenu son doctorat en biologie et après avoir donné des cours à l’Université du Québec à Rimouski, Boucar est devenu, tout naturellement, humoriste, animateur, conteur et écrivain. « Je suis un biologiste qui raconte des histoires » spécifie-t-il. Il qualifie son dernier spectacle, "Pour une raison x ou y", de « cours de science en spectacle d’humour » (le spectacle est en tournée depuis 2 ans, déjà plus de 100 000 personnes l’ont vu, il affiche complet dans toutes les salles du Québec où il passe).  Son dernier livre, Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces arbres caracole dans les palmarès de vente depuis sa publication l’automne dernier.

Un succès populaire qui crève les yeux quand on se promène avec lui.
Au Marché Jean-Talon de Montréal, où il a animé pendant des années une émission très connue à la télévision de Radio-Canada, "Des kiwis et des hommes", Boucar n’a pas arrêté de se faire apostropher par les maraîchers ou par des passants. Le sourire rayonnant, le charisme, la générosité qui se dégagent de cet homme agissent comme un aimant auprès des gens. Quand on lui demande comment il
explique ce succès, il répond : « les Québécois sentent que je les aime…
Je dirai que je suis une branche de baobab qui s’est greffé à un sapin de la
Gaspésie
(sa femme est Québécoise, ils ont deux enfants ensemble).
L’Afrique est profondément en moi mais le Québec est aussi profondément
en moi. Je suis un trait d’union entre l’Afrique et le Québec. Et ma mission
c’est d’être un entremetteur culturel, de catalyser cette histoire d’amour
entre l’Afrique et le Québec
».

Regard optimiste sur l’Afrique

Boucar trouve que le Québec est une terre d’accueil où les gens sont
ouverts et ouverts à la différence, même si tout n’est pas parfait. Il va
régulièrement au Sénégal, où vivent ses parents et le reste de sa famille, et
constate que le continent avance, que le pays qu’il a quitté n’est plus le
même. « Je crois que dans un avenir proche ou moyen, les gens vont
découvrir que le potentiel en Afrique est illimité
, déclare Boucar,
évidemment, il y a des choses à améliorer et à ajuster mais je crois qu’on est quand même sur le bon chemin ». Boucar est d’avis que c’est aux Africains
de prendre leur avenir en main sans attendre que l’aide n’arrive d’ailleurs.
 
Il retournerait vivre n’importe quand au Sénégal, mais que
la solution idéale serait de vivre la moitié du temps ici et l’autre là-bas. Il aime emmener ses enfants dans son pays d’origine car il estime important
qu’ils connaissent cette culture, ces références, leur présenter le baobab de
son village qui a recueilli ses confidences quand lui aussi était enfant. « Ton pays, c’est l’endroit où est enterré ton placenta alors quand tu vieillis dans une terre étrangère, il arrive que ton placenta t’appelle » confie Boucar avec un sourire, ce sourire qui incarne indéniablement ce trait d’union entre le Québec et l’Afrique.

Boucar Diouf et sa famille.
Boucar Diouf et sa famille.
©Boucar Diouf