Culture

Cadeaux de fin d'année : et si on offrait l'intelligence ?

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Et si, pour la nouvelle année, on boudait l'univers des smartphones, des tablettes et des gadgets ultra-connectés ? Si on offrait la culture, le charme et l'intelligence ? Bonne nouvelle : ces cadeaux coûtent moins cher !
 

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La fièvre acheteuse ?
Oui, comme chaque année.

Oui, comme l'année dernière, les grandes enseignes sont au garde-à-vous et les commerçants sur le pied de guerre. Et, s'il vous plait, on ne rigole pas avec le plaisir.

Les Français vont dépenser 67 milliards d'euros pour ces fêtes de fin d'année. C'est deux fois le budget de la Défense ! Une manne bienvenue qui redonne des couleurs aux bilans de quelques entreprises.

Ainsi, Amazon-France  va recruter 6 500 personnes en France pour cette période.
Et, si l'on en croit un large panel de consommateurs, c'est le casque de réalité virtuelle qui sera LE cadeau en vogue. Comptez tout de même plus de 300 euros.
La virtualité aime aussi le concret.

France
Le budget moyen consacré à Noël sera de 559 euros, dont 315 de cadeaux et 177 de nourriture. A noter : les consommateurs français dépenseront beaucoup moins que leurs voisins britanniques (933€) et allemands (710€). La moyenne européenne s’établit elle à 623 euros.
(Etude du Centre for retail research (CRR) pour RetailMeNot )

Belgique
Chaque ménage belge dépensera en moyenne 591 euros pour Noël, une somme en régression de 6% par rapport à l'an dernier (631 euros). Les livres, les chèques-cadeaux, l'argent liquide, les parfums et cosmétiques recueillent les faveurs des Belges. Plus de huit Belges sur 10 (82%) achèteront leurs cadeaux dans un magasin physique.
(Enquête Deloitte dans sa 19e enquête "Christmas Survey)

Mais il n'y a pas que des gadgets ultra-connectés dans cet océan numérique qui se retrouveront échoués l'année prochaine sur des sites de vente en ligne.

Ainsi va la consommation.

Dis moi ce que tu possèdes encore, je te dirai pourquoi t'es un ringard.
Mais on peut aussi quitter le troupeau des moutons consommateurs et faire preuve d'un peu d'imagination. Choisir l'originalité et se payer d'audace au moment de tendre ses cadeaux, pourquoi pas ? Au pire, si vous relevez une mine un peu atterrée chez le récipiendaire, gardez les cadeaux  ! Un cadeau réussi est un cadeau que l'on aurait aimé recevoir.

On ne joue pas pour s'amuser

Si vos amis aiment le théâtre, ou avouent leur ignorance en la matière, voyez les choses en grand. Optez carrément pour le deuxième volume de la Comédie Française paru aux éditons Montparnasse. Du lourd :  25 DVD !  C'est à dire 25 pièces de théâtre qui ont fait les grandes heures de la grande maison. Un bouquet d'auteurs prestigieux (Molière, Montherlant, Jules Renard, Marivaux, Labiche..) servi par le gratin des acteurs de la scène française et sous la direction des meilleurs metteurs en scène. Ah, on est loin de certaines pièces de boulevard où les acteurs braillent leur émotion au service d' une intrigue improbable ! Réconcilions-nous avec la culture. Misons sur le durable, on n'arrête pas de nous le répéter !

L'occasion, aussi, de se réconcilier avec son passé. Si au collège on vous demandait d'apprendre par coeur d'interminables tirades et que vous en avez gardé une certaine rancune envers les Lettres, donnez-vous donc une seconde chance !
La vie a fait son oeuvre. Apparaîtront peut-être la subtilité de certaines scènes, la puissance d'une répartie, l'évidence d'une  situation, un battement de coeur qui s'éveille... A vous le champagne de l'intelligence dont le temps n'a pas corrompu l'envoûtante saveur.
Le coffret coûte 70 euros.
Le prix d'un grand cru.

Un livre au poil


Les cabines d'esthéticiennes sont des lieux un peu secrets. Les femmes s'y croisent le temps d'un soin et d'un bouquet de confidences. Charlotte Fendt signe un livre étonnant. L'auteure, esthéticienne elle-même pendant une dizaine d'années à Paris, nous révèle une farandole de personnages savoureux, toujours inattendus et dont les confidences intimes égayent le fil des pages. Le cocasse le dispute à l'insolite. Ce que les clientes ne disent pas, l'esthéticienne le devine. Nous croisons ainsi Mme Travail, "une ravissante métisse de quarante ans" qui revendique sa liberté de vivre sans homme ni enfant. Nous restons tenu en haleine avec le "pervers du hammam", qui semble se délecter du trouble qu'il se plait à susciter. Il y a encore "Mme frustrée", infirmière de son état, et qui tente de réveiller en vain les ardeurs de son mari. Rien n'y fait. Et puis un jour, trois mois plus tard, cette cliente malheureuse revient pour une épilation. Elle semble apaisée mais  elle ne parle plus jamais de ses problèmes de couple. L'auteur écrit : "Elle me donne l'air d'avoir retrouvée une forme de sérénité. Je ne pus m'empêcher de me demander si elle s'était trouvé un amant". Les confidences sont volontaires, la discrétion est reine. Enfin, parfois, les situations s'emballent. Il faut lire ces portraits-acquarelle, justes et toujours délicats. Tout cela est léger, bien observé, sans prétention et donc particulièrement agréable. Un livre qui ne vous met pas de mauvais poil, quoi de mieux ?

 "Au Poil"/ Les éditions de l'Opportun/ 9,90 euros

La vie, c'est du cinéma

 
Et si les grands  films, les chefs d'oeuvres du cinéma, recelaient dans leur ADN un secret ? Pour beaucoup d'entre eux, que nous connaissons bien, ou que nous croyons connaître, il existe une empreinte à jamais figée dans le temps : l'époque à laquelle ils ont été conçus.  Avec ses soubresauts et ses fulgurances. Et c'est précisément ce qui fait la force et l'originalité de cette collection "Il était une fois le Cinéma, un film et son époque" édités aujourd'hui en DVD  aux Editions Montparnasse : explorer les circonstances qui ont permis d'engendrer l'oeuvre magique.

A grand renfort de documents d'époques, d'archives inédites, de témoins retrouvés, l'enquête pour chacune des oeuvres explorées s'avère aussi passionnante qu'instructive.
Le journaliste Serge July, à l'origine du projet et qui prête sa voix aux 20 films autopsiés, explique la démarche entreprise : " Les grands films témoignent toujours de leur époque. Dans leur conception, leur production, leur réalisation et leur réception, ils en sont aussi le miroir. Il appartient à l'art du cinéma de refléter les réalités qui lui sont contemporaines, de laisser transpirer les liens multiples qu'il entretient avec son temps".

Un régal

Quel bonheur de retrouver Jean Renoir expliquer l'accueil (glacial) fait à sa "Règle du jeu", lors de sa sortie en 1939 et avec, en contrepoint, François Truffaut, infatigable avocat de son maître, expliquer : "Les gens devaient être déconcertés par le ton, très nouveau..." La Haine (1995) de Mathieu Kassovitz fut un tournage difficile : "Ca été une bagarre tout de suite.  Au début, pas de tournage, pas d'appareil photo" se souvient le réalisateur. Il fallut qu'on explique, qu'on fasse notre trou..." Et toujours, en filigrane, la crainte que la banlieue ne s'embrase... La France semble alors découvrir "le malaise des banlieues" et ses enfants qu'elle ignore à la ceinture des villes.
Le réalisateur loue carrément un appartement de la cité. Pour comprendre, expliquer, se faire admettre, respecter ses habitants. Le succès du film en fait un phénomène de société.

Il était une fois.. Le mépris (Editions Montparnasse)


Et nous découvrons aussi des secrets de tournage sur le film Tout sur ma mère (1999) de Pedro Almodovar, et le scandale majeur à la sortie de L'empire des Sens (1976) de  Nagisa Oshima. Et citons encore Les Tontons Flingueurs (1963) de Georges Lautner avec ses étonnants problèmes de production etc.

Ces 20 documentaires de 52 minutes sont indispensables à celles et ceux qui disent aimer le cinéma. Ils ajoutent une lumière inédite et pertinente sur des films que l'on ne connaît non par coeur, mais par le coeur.

"Un film et son époque" (Editions Montaparnasse) 45 euros