Décès de Kiripi Katembo, le miroir de Kinshasa

Kiripi Katembo Siku en juillet 2015 à la Fondation Cartier pour l'art contemporain dans le cadre de l'exposition "Beauté Congo".
Kiripi Katembo Siku en juillet 2015 à la Fondation Cartier pour l'art contemporain dans le cadre de l'exposition "Beauté Congo".
© Thomas Salva/Lumento - Courtesy Fondation Cartier pour l'art contemporain, Paris.

Le photographe congolais Kiripi Katembo Siku est mort ce mercredi 5 août, âgé de 36 ans seulement. Il était célèbre pour ses photos montrant des scènes de vie à Kinshasa reflétées dans des flaques d’eau.

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La communauté artistique de la République démocratique du Congo est en deuil. Le photographe-cinéaste Kiripi Katembo Siku a rendu son dernier souffle ce mercredi 5 août à la clinique universitaire de Kinshasa. Il n’avait que 36 ans.

Kiripi Katembo Siku était originaire de Goma, capitale du Nord-Kivu, une région convoitée pour ses richesses naturelles et minières et foyer des deux grands confits qui ont déchirés la RDC depuis 1996. A Kinshasa, il fréquentait l’Académie des Beaux-Arts.

Les reflets de Kinshasa

Artiste respecté et mondialement reconnu, il a joué un grand rôle dans l’organisation, en décembre 2014, de la première biennale d’art contemporain de Kinshasa, Yango. Ses photos dressaient un portrait de Kinshasa, utilisant les flaques d’eau qui parsèment les chaussées défoncées de la ville comme autant de miroirs.

Aujourd’hui, ces clichés sont exposés à la Fondation Cartier pour l’art contemporain à Paris dans le cadre de l’exposition Beauté Cogo, Congo Kitoko, une truculente rétrospective de l’art congolais de 1926 à 2015 qui s’y tient jusqu’au 15 novembre 2015.

Amoureux de la photo, de la vidéo et de la peinture Kiripi Katembo Siku avait également exposé ses œuvres à la Biennale de Venise, la Berlinale, les rencontres de Bamako et les Rencontres de la photographie d’Arles. Il avait aussi réalisé l’affiche de la 67e édition du festival d’Avignon en 2013.

"En dehors de tous les clichés possibles"

A Kinshasa, la mort de l’artiste, qui a succombé au paludisme, a provoqué un choc. "J’ai appris la nouvelle hier soir à 19 heures. Je suis allé voir sa famille, et on m’a dit que vendredi, il a fait une crise et est tombé dans le coma, jusqu’à hier… " déclare, très affecté par la disparition brutale de son ami, Cédric Nzolo, designer et photographe.

L’émotion était également palpable chez Yves Sambu, photographe. "On partageait beaucoup d’expériences d’amitié, on était des complices", a-t-il confié, s’exprimant parmi un groupe d’artistes mobilisés pour lui rendre hommage. "Il était vraiment dans la fleur de l’âge, au début d’une très bonne carrière artistique. C’est quelqu’un qui avait la folie des grandeurs. C’était un grand rêveur et vendeur de rêve, mais pas un illusionniste, parce qu’à la fin, il a réussi ce qu’il voulait faire," a confié Yves Sambu.

Kiripi disait "on doit vivre notre temps, parce que dans dix ans, on va nous demander qu’est-ce qu’on a fait", se souvient Cédric Nzolon qui était aussi directeur adjoint de Yango. Ce qu’a laissé son ami défunt ? Un regard sur Kinshasa "en dehors de tous les clichés possibles".