Festival d'Avignon : des créateurs au firmament de la résistance

La cour d'Honneur du Palais des Papes.
La cour d'Honneur du Palais des Papes.
© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

A quelques jours de la clôture de la 70ème édition de son célébrissime festival, Avignon affiche un bilan d’ores et déjà positif. Des centaines de milliers de spectateurs, dont près de 15% viennent des quatre coins du monde, ont rejoint la Cité des Papes, ses artistes, ses auteurs, ceux du « In » et ceux du « Off ». 

dans
Nice est à quelque 250 kilomètres, mais la gravité des temps n’a pas terni la fête du théâtre. Elle l’aura rendue plus fraternelle. Elle aura « balafré » les thématiques au cœur de plusieurs des principaux spectacles avignonnais, en amplifiant leur lien avec l’actualité, tragiquement faite de chair et de sang. Malgré le cauchemar qui a surgi sur la Côte d’Azur en cet été ensoleillé, le Festival d'Avignon conserve l’image d’un événement à la fois de très haute tenue créative et bon enfant. 

Vedène, festival d'Avignon 2016.
Vedène, festival d'Avignon 2016.
© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
A observer la foule qui se promène ici, en ce mois de juillet, on ne peut qu’être frappé par sa curiosité, son appétit : les files s’allongent devant les petites et grandes salles où se jouent les spectacles dès l’aube et jusque tard dans la nuit ; petits et grands s’amusent à voir les comédiens du Off rivaliser de drôlerie dans leurs parades de rue ; la chaleur aidant, les gourmands se précipitent sur les glaces à la lavande ou  font escale à la Place de l’Horloge à l’heure de l’apéro.

Quant aux touristes novices, ils font quelques pas au-dessus des arches du célèbre Pont du XIIème siècle, désormais inscrit au Patrimoine de l’UNESCO, tout à côté des majestueux remparts qui ceinturent toujours la jolie ville provençale.
 
Marathoniens de l’exercice théâtral, professionnels à la recherche de spectacles à faire tourner, ou simples picoreurs d’un jour, il est à parier que les spectateurs du festival garderont, au fond des yeux des images grandioses, dans la mémoire des anecdotes amusantes, au coin de leur réflexion des textes jamais explorés ou réentendus avec bonheur, des rapprochements entre utopie et fiction dictés par l’urgence.

Certains n’hésiteront plus désormais à entrer dans un théâtre. C’est aussi cela la magie d’Avignon. Créer l’envie, faire tomber les barrières. Les initiés poursuivront leur quête de sens, leur besoin de résonance. Les événements de l’heure n’ont pas fini d’y souscrire. 

A l’ombre des itinérances du Off

Kennedy, une pièce de Thierry Debroux, mise en scène de Ladislas Chollat, au Festival d'Avignon 2016.
Kennedy, une pièce de Thierry Debroux, mise en scène de Ladislas Chollat, au Festival d'Avignon 2016.
©Pascal Legros Productions

Les inconditionnels du Festival Off d’Avignon – qui donne à voir jusqu’à fin juillet un millier de troupes dans des centaines de lieux, jusqu’aux plus improbables – s’arrêteront peut-être au Théâtre du Chêne Noir. La scène avignonnaise bien connue, une des rares à fonctionner toute l’année, propose, notamment, un Kennedy inspiré par le destin tragique de cette famille d’autant plus mythique que la période de campagne électorale aux Etats-Unis invite aux flashs-backs .

Les ambitions de chacun de ses membres, les interrogations et décisions souvent contraintes inspirées par les grands dossiers de l’heure, que ce soit celui du Vietnam ou de Cuba, sont évoquées selon un enchaînement approprié par le dramaturge Thierry Debroux, qui situe l’action de sa pièce le soir même où Marilyn Monroe vient de chanter pour l’anniversaire de « son » Président.

Dans le huis clos d’une chambre d’hôtel, il concentre les dialogues sur les ressorts psychologiques qui font désormais partie intégrante de la grande et de la petite histoire. Alain Lempoel (JFK), Dominique Rongvaux (son frère Bobby) et Anouchka Vingtier (les femmes du président, à moins qu’il s’agisse de la mort en personne) s’emploient à incarner ces personnalités illustres dans une mise en scène classique signée Ladislas Chollat.  
 
A quelques dizaines de mètres de là, le Théâtre des Doms, ouvert en 2002 par Wallonie-Bruxelles, fait invariablement le plein, tant dans son chaleureux bistrot en plein air que dans sa salle climatisée. A l’affiche, au milieu de 14 rendez-vous « sans frontières », un petit bijou intitulé J’habitais une petite maison sans grâce et j’aimais le boudin, servi par des comédiens chaleureux emmenés par Philippe Jeusette.

Cour du théâtre des Doms pendant le festival d'Avignon 2016.
Cour du théâtre des Doms pendant le festival d'Avignon 2016.
©Jérôme van Belle
Plongée dans un récit autobiographique, emprunté à Spoutnik, signé Jean-Marie Piemme, et raconté à hauteur d’enfant par ce dramaturge au regard aigu, dans sa relation au père ouvrier, à la mère marquée par son accouchement sous les bombardements allemands, à un parcours fait d’émancipation intellectuelle, mais aussi de tendres souvenirs et d’émotions sans le moindre reniement.

Le temps de se remémorer  le passé récent de la Wallonie abordant le déclin de sa sidérurgie, le moment où l’homme russe posait le pied sur la lune, et celui où ses parents liégeois bravaient leur réticence et prenaient le chemin de la capitale du pays - terrain hostile par excellence puisqu’en cheville avec le grand capital (!) - pour faire visiter à leur fils les Pavillons russe et américain de l’Exposition Universelle de 1958, tandis que Paul Anka et Elvis Presley commençaient à faire rêver leurs fans, y compris dans la vieille Europe, et que les seins généreux de Gina Lollobrigida faisaient fantasmer les adolescents.

Un « In » magistral aux racines de la radicalisation

Tandis que le Off demeure un immense espace de créations et de reprises rassemblant dans un joyeux désordre le meilleur, mais aussi le pire, la programmation 2016 du Festival In est le reflet d’une volonté faite à la fois d’ouverture, de modernité, de cohérence, orchestrée par Olivier Py. L’édition qui s’achèvera le 24 juillet aura été éminemment politique au sens dialectique du terme. A commencer par la magistrale adaptation au théâtre du film de Luchino Visconti, Les Damnés, qui a ouvert le Festival dans ce lieu austère et impressionnant qu’est la Cour d’honneur du Palais des Papes. Elle sera reprise cet hiver à Paris sur le plateau de la Comédie française.
 
Les Damnés, mise en scène d'Ivo van Hove, Festival d'Avignon 2016.
Les Damnés, mise en scène d'Ivo van Hove, Festival d'Avignon 2016.
© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
Dans le Berlin de 1933, alors que le Reichstag est en flammes, les rivalités qui sommeillent parmi la plupart des membres de la famille von Essenbeck, aiguisées par l’avenir de leur empire sidérurgique, leur soif d’enrichissement, et l’appétit grandissant de pouvoir d’Hitler, vont s’exacerber à l’occasion de l’anniversaire du patriarche, magnifiquement incarné par Didier Sandre. Les relations, de plus en plus toxiques, la perte des repères fondamentaux, jusqu’à l’inceste et au viol, mèneront les personnages au carnage.
 
Les comédiens du Français, que le directeur du Festival a décidé d’inviter après plus de 20 ans d’absence à Avignon, sont tous impressionnants de force, de sobriété, de justesse, dans cette « danse » macabre. On retiendra surtout, parmi la vingtaine d’intervenants, Denys Podalydès qui a dans le corps, la voix, la gestuelle, toute l’abjection qui sied (oserait-on dire) au S.A. Konstantin, le fils cadet du Baron.  Guillaume Gallienne qui est un Friedrich à l’insouciance glacée. Christophe Montenez, un Martin vénéneux, diabolique et troublant dans sa volonté de punir irrémédiablement sa mère insensible, rôle incarné par Elsa Lepoivre, éblouissante. Loïc Corbery , jeune héritier de l’empire familial, fantastique dans sa fragilité et son obstination à s’opposer au nazisme jusqu’à engendrer sa perte.
 
Le metteur en scène des Damnés, Ivo van Hove, actuel directeur du Toneelgroep Amsterdam, auquel on doit, parmi ses nombreuses interventions internationales au théâtre et à l’opéra, la mise en scène en 2015 de la comédie musicale Lazarus de David Bowie à Broadway, a opté ici, avec son scénographe Jan Versweyveld, pour une esthétique dépouillée et puissante. Un rectangle orange délimite l’aire de jeu sur ce plateau immense (40 mètres d’ouverture !), tel un puits de métal en fusion ou encore le périmètre de l’autodafé de livres ou du rassemblement de jeunes S.S. tels que pouvait les orchestrer la bureaucratie nazie.
 
La muraille de la Cour permet de projeter, au fil des scènes, des images d’archives, de suggérer symboliquement la Nuit des longs couteaux, de donner à voir les gros plans que des caméramen en mouvement captent en suivant les personnages à la trace, selon un rituel de prospection en direct, orchestré par le vidéaste américain Tal Yarden. Interviennent aussi, en pointillé, quelques furtives images du public, comme montré du doigt dans sa passivité…
 
Des cercueils de ces « noces de sang du capitalisme et du nazisme » sont alignés en bordure de scène et avalent, une à une, leurs victimes avec un réalisme qui glace d’effroi. Les loges de maquillage et les portants de costumes délimitent l’autre rive, intégrant ainsi les coulisses au temps théâtral.
 
Tout concourt dans ces Damnés à l’élargissement du sens, jusqu’ au travers de la musique de scène qui mêle aux chants hitlériens des variations sur des motifs wagnériens ou sur des chorals de Bach. Quant à Eric Ruf, directeur de la Comédie Française  il voit ici l’écho des tragédies grecques, des enfers peints par Bosch et Goya.
 
Le public d’Avignon qui a assisté au spectacle d’ouverture en est sorti tétanisé, comme interdit. Et que dire de celui qui l’a abordé après le massacre de la Promenade des Anglais à Nice. La tentation de la radicalisation est bien au cœur du propos. Mais aussi celle des possibles compromissions entre le grand capital et certaines formes d’autoritarisme, celle de la propagande politique dans sa capacité à inoculer des illusions au cœur même des humains fragiles. Et celle de l’origine de la violence radicale qui mêle intimement le mal-être  personnel à l’autojustification sociétale.
 
La dimension politique du théâtre est au cœur de nombreux autres spectacles de la programmation du In. Leur inventaire serait sans doute fastidieux. On citera, à titre d’exemple, la pièce Ceux qui errent ne se trompent pas, tirée de La Lucidité  du romancier portugais José Saramago (Prix Nobel de littérature 1988 ). La jeune metteuse en scène Maëlle Poésy et son dramaturge Kevin Keiss plongent au cœur d’une fiction où le vote blanc massif d’un peuple suscite auprès des gouvernants un sentiment d’urgence qui les pousse à déclarer l’ « état d’inquiétude ».

2666, mise en scène de Julien Gosselin, Festival d'Avignon. 
2666, mise en scène de Julien Gosselin, Festival d'Avignon. 
© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
On se remémorera aussi 2666 qui, au travers d’une représentation fleuve de 11 heures, amène Julien Gosselin, pas même trentenaire (le metteur en scène à Avignon, voici 3 ans, de la transposition de Des particules élémentaires de Michel Houellebecq) à adapter ici, avec sa troupe baptisée « Si vous pouviez lécher mon cœur »,  le roman désespéré de Roberto Bolaño. Partant de faits historiques, comme celui de la disparition inexpliquée, probablement liée aux narcotrafiquants, de femmes et d’enfants dans la cité mexicaine de Ciudad Juarez, l’auteur chilien y associe la promesse du troisième millénaire à celle d’une apocalypse à venir, assise sur les ruines d’une Europe fatiguée et d’une Amérique corrompue.

Ou encore Tristesses, beaux rivages, fable et polar nordique inspiré du fait divers survenu dans l’île danoise de Samso, imaginés par une jeune Bruxelloise. Dans un décor à la Edward Hopper, Anne-Cécile Vandalem(1) y dissèque avec humour les méthodes insidieuses des partis d’extrême-droite, au travers du parcours d’une de ses dirigeantes qui, sous couvert de réhabilitation industrielle et de création d’emploi dans sa région natale, cherche à convaincre une population sinistrée et comme « abandonnée des dieux » de la laisser installer des studios de tournage de propagande.

Quand le théâtre investit des lieux grandioses

Avignon, avec sa périphérie, demeure aussi le lieu par excellence d’expériences littéraires et esthétiques sans égal, grâce notamment à la force des lieux dénichés et mis à disposition par le Festival, puis explorés par les créateurs. A cet égard, la Carrière Boulbon, située à une quinzaine de kilomètres en pleine nature, constitue un « miracle » scénique. Découverte avec Peter Brook et son Mahabharata magique et jubilatoire, en 1985, elle avait disparu de la programmation. La voici rouverte et investie par la vibration et le bonheur du public à l’écoute du texte des Frères Karamazov, emprunté au dernier roman de Dostoïevski. La création est assurée par le Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis.

Karamazov, mise en scène de Jean Bellorini, Festival d'Avignon 2016.
Karamazov, mise en scène de Jean Bellorini, Festival d'Avignon 2016.
© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
Sous les yeux sérieux et tendres d’un petit garçon qui occupe le plateau dès avant le début du spectacle et qui scrute en silence le regard du public comme en attente d’une prise en compte des inégalités, Jean Bellorini déploie magnifiquement une scénographie sobre et fluide au pied de la paroi abrupte de la carrière. Des cubes de verre et des plans de coupe de chambres glissent sur les rails d’une voie ferrée désaffectée ; les murs de la datcha s’écartent, donnant à apparaître des musiciens. Le récit est porté par des comédiens exceptionnels, servi par un art consommé des silences et du rythme, par des intrusions musicales ou chorales judicieuses.

La lente montée de la haine qui poussera un des Frères à tuer le père dépravé, provocateur et méprisable (formidable Jacques Hadjaje), les tourments provoqués dans les âmes par l’illégitimité de la naissance, le détournement d’un héritage, le handicap, mais aussi l’amour transi, les rancoeurs nées de l’humiliation de classe, le potentiel terroriste qui sommeille dans un cœur tendre : ces  « pépites » sont au cœur de ce Karamazov aux accents symphoniques, de temps à autre traversées de moments d’humour audacieux, tel celui qui mène un des personnages à chanter Tombe la neige d’Adamo.

Le combat du bien et du mal, le dialogue avec Dieu, « cet être que l’homme s’invente pour tenir debout et donner un sens à tout », ce curieux besoin de « tuer le père » qui continue à rôder. La troupe, ici encore, est admirable de justesse, de cohésion. Jean-Christophe Folly, avec sa magnifique stature d’Africain (il est originaire du Togo et a été remarqué par Claire Denis, Alain Resnais, Costa Gavras) et sa belle voix de basse est un Dimitri Fiodorovitch puissant ; François Deblock (Molière 2015 de la révélation masculine) est un Alexei Fiodorovitch sobre et frémissant dans sa foi ; Karyll Elgrichi est une Katerina Ivanovna incandescente ; Geoffroy Rondeau est un Ivanov d’une grande justesse, tout comme Clara Mayer en Grouchenka.

Blanche Leleu est une Liza fragile et terriblement émouvante. Camille de la Guillonnière s’est travestie en Khokhlakova, narratrice drôle et pédagogue. Ils sont tous si excellents que les centaines de spectateurs rassemblés au milieu de la garrigue ne songent pas un seul instant à regarder leurs montres. Lorsque finit le spectacle, vers les 4 heures du matin, le ciel s’est rempli d’étoiles et il est temps pour nos yeux éblouis par tant de fougue et de fureur bouleversante de retrouver la nuit et de garder au cœur le formidable écho de ce sommet de la littérature russe.
 
Parc des expositions d'Avignon.
Parc des expositions d'Avignon.
© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
Quant au public qui a jusqu’au 23 juillet pour rallier le Parc des Expositions, il lui est donné d’assister à Le pays de Nod  (territoire biblique où Caïn est exilé) coproduit avec le collectif FC Bergman. Un lieu imposant qui a permis de reconstituer la salle Rubens du Musée des Beaux-Arts d’Anvers, pour des mises en situation burlesques sans paroles au pied d’une Crucifixion du grand maître flamand intitulée Le coup de lance. Et qui autorise, en prime, d’organiser des effondrements successifs, faisant du musée un camp de réfugiés. Comme si l’art n’avait de sens qu’à travers des espaces porteurs de vie et de mort.
 
L’Iranien Koohestani, l’Israélien Amos Gitaï, le Syrien Omar Abusaada, la Suédoise Sofia Jupither, le Libanais Ali Chahrour, le liégeois Raoul Collectif sont quelques autres noms qui figurent au Panthéon international de cet Avignon 2016, avec des spectacles (théâtre, danse, musique) qui s’inscrivent dans cette même dominante politique.
 
Et le public du Jardin de la rue de Mons n’est pas prêt d’oublier les écrivains d’Afrique, du Proche et du Moyen Orient, et de l’Océan Indien, dont RFI a assuré la lecture en prélude à son Prix théâtre appelé à être remis lors du Festival des Francophonies en Limousin . Parmi les découvertes, celle du Camerounais Edouard Elvis Bvouma.

A la guerre comme à la Gameboy (Ed Lansman) aborde les thématiques des enfants soldats, de la haine raciale et tribale, au travers du récit d’un caporal encore tout imprégné de la disparition de sa mère emportée par une césarienne périlleuse, mais aussi des héros de son enfance, Lucky Luke ou Popeye, qui l’ont aidé à se construire un univers d’invincibilité. A l’ombre, ensuite, des gameboys dont on sait qu’elles sont capables d’effacer les ennemis d’un clic, mais aussi d’engendrer de véritables dérives face à la vraie violence, y compris face au butin de guerre que peut constituer toute femme.

La direction du Festival face au politique

On le sait peu, mais le Festival d’Avignon, c’est enfin un programme serré de débats. Les Ateliers de la pensée sont organisés en partenariat avec l’Université d’Avignon et des Pays du Vaucluse. Ils traitent du théâtre comme « assemblée de citoyens » ; ils mettent en place des Etats généreux. Albert Camus y est cité, en cette édition 2016, pour rappeler qu’il y a lieu de ne pas confondre tragédie et désespoir. Ici aussi, et c’est plus que légitime, on sent la griffe – acérée – du directeur d’Avignon.
 
Olivier Py en 2014.
Olivier Py en 2014.
CC Emile Zeizig
Olivier Py, après avoir dirigé l’Odéon-Théâtre de l’Europe à Paris, assume sa troisième programmation à la tête du Festival avignonnais. Il signe en outre, ici, la mise en scène et la décentralisation de plusieurs tragédies d’Eschyle, Prométhée enchaîné, L’Orestie et autres Pièces de guerre, dans lesquelles il voit une « leçon d’insurrection » et qu’il a voulu revisiter avec pour points focaux la folie du pouvoir, les fondements de la démocratie, la place des femmes dans la société.  
 
Le directeur du Festival est de ces créateurs dont la parole engagée et structurée enchante dès lors qu’il parle du théâtre, de la beauté, de l’émotion, de « l’amour des possibles », pour reprendre le titre de son éditorial. Interviewé dans le magazine Les Inrockuptibles, il qualifie notre « aujourd’hui » de violent et passionnant à la fois, une « période où les forces intellectuelles et peut-être les forces politiques prennent un temps pour se poser à nouveau la question de l’essentialité de leur combat ». Ailleurs, il affiche un grand scepticisme face à ce qu’il qualifie de « démission culturelle du politique » et se dit convaincu que la société va lui « revenir dans la gueule ».
 
On ne peut qu’espérer que ce créateur de grand talent, à la tête d’un festival internationalement reconnu, et significativement soutenu par les pouvoirs publics, ait la parfaite mesure du risque qui consiste à évoquer la « démission » ou les « manigances » du politique .
 
Il est des vents contraires plus insidieux. Il est des alliances qui méritent d’être recherchées à tout prix, faites de vigilance réciproque et non de résistance à tout crin. Il est des laboratoires d’idées favorisés par les pouvoirs publics qui méritent de ré-enchanter l’action et l’organisation du monde, loin de toute forme d’arrogance.
Retour d’Avignon. Sur les panneaux lumineux de l’autoroute, qui affichent généralement des messages de vigilance (ne pas s’endormir au volant et éviter de jeter son mégot dans la nature…) trois mots s’inscrivent dorénavant au fil des kilomètres : liberté, égalité, fraternité.

Une initiative citoyenne qui console dans la nuit noire.
 
(1) On soulignera au passage que les femmes sont particulièrement nombreuses à la mise en scène de cette édition 2016.
 

Un nouveau chant partisan ?

Comment occuper une minute de silence dédiée aux victimes du massacre de Nice, au lendemain du 14 juillet ? La question peut paraître insolente tant elle est intime, intérieure. En marge d’une « Rencontre d’Avignon pour la culture » organisée par le Parti Socialiste, une petite délégation de la CGT du Vaucluse, bien décidée à chahuter les participants, parlementaires et sympathisants, de bout en bout, a décidé de chanter « l’Internationale » à ce moment précis. A chacun d’apprécier cette forme d’intrusion…