Culture

La France unie pour dire adieu à Johnny Hallyday

Devant l'église de la Madeleine, Paris, la foule rassemblée pour l'hommage à Johnny Hallyday sous haute sécurité. 
Devant l'église de la Madeleine, Paris, la foule rassemblée pour l'hommage à Johnny Hallyday sous haute sécurité. 
© AP Photo/Thibault Camus

Des Champs Elysées à la Concorde puis à l'église de la Madeleine, la cérémonie d'adieu au chanteur disparu a été, ce samedi 9 décembre, une ode vibrante et sans nuances à l'unité de la France. Un mouvement qui n'est pas sans rappeler ceux qui ont suivi les attentats contre Charlie Hebdo ou le Bataclan.

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On aurait pu croire que Paris, samedi, célébrait la disparition d'un président de la République voire d'un roi. Des Champs Elysées emplis par près d'un million de personnes, après avoir été descendus par un convoi funéraire suivi de milliers de motards. Une place de la Concorde remplie de fans venus rendre un ultime hommage à la vedette qui rythma leur vie. Puis une cérémonie religieuse entamée, devant l'Eglise de la Madeleine, par un discours d'une vingtaine de minutes prononcé par un chef de l'Etat d'une toute autre génération que celle du chanteur disparu.

► Retrouvez tout notre dossier sur la mort de Johnny Hallyday. 

L'adieu des Français à Johnny Hallyday, retransmis en direct sur les chaines de télévision, était ce matin celui d'une pays uni, oublieux des excès du rocker et de ses frasques, à jamais conquis par la générosité de cet Elvis Presley "Made in France". Pas de place pour l'ironie, la critique ou la distance, pour ce cynisme et ce goût si gaulois de la dérision. Au contraire: ce fut l'apogée du tsunami d'images et d'hommages qui déferle depuis la disparition de la vedette, dans la nuit de mardi à mercredi. Le signe d'une époque médiatique et consensuelle, bien éloignée de la France rigide et pudiponde qui, en 1963, refusa des obséques religieuses à Edith Piaf, dont le cercueil fut tout de même suivi par une foule immense jusqu'au cimetière du Père Lachaise.

Hommage populaire

Cet hommage là n'était pourtant pas officiel. Il n'était pas républicain, mais populaire. Il ne ressemblait pas à celui, solennel, prononcé la veille par Emmanuel Macron devant le cercueil de l'écrivain Jean D'Ormesson, à l'Hotel National des Invalides. Il ne s'agissait pas, face à l'immense photo de Johnny Hallyday déployée devant l'église de la Madeleine, de saluer avec des discours ciselés son apport culturel et de redire son extrême talent. C'est son tempérament et son itinéraire modèle qui ont été mis en avant. L'itinéraire de celui qui chanta toujours l'amour. Celui qui, malgré sa fortune, ne perdit jamais le contact avec son public populaire. Celui qui, tout en gardant toujours son cœur tourné vers les Etats-Unis, le blues et le Rock N'Roll, était avant tout un chanteur profondément français, né à Paris, écumeur de tous les stades et les salles de spectacle de l'Hexagone et des pays francophones voisins.

Gommer les aspérités

La France a toujours eu besoin de révolutions et de héros. Elle adule les unes et les autres pour les porter au Panthéon de son histoire, prête à en gommer au passage toutes les aspérités. Elle les transforme pour mieux oublier les vicissitudes d'une République souvent blessée. C'est peut-être à cela qu'a servi, samedi, l'hommage à Johnny Hallyday, accompagné dans son ultime demeure par ses musiciens, sa famille, et le gotha de show-business et de la politique, parmi lesquels deux anciens présidents : son "ami" Nicolas Sarkozy et François Hollande.

Moins à l'aise pour faire l'éloge de ce monument de la chanson populaire que pour tresser, vendredi, les lauriers de l'Académicien Jean d'Ormesson, évoquant avec lyrisme «l'humanité indéfinissable» du chanteur décédé mardi et sa musique «qui disait nos combats et nos désirs», Emmanuel Macron a d'ailleurs surtout fait le portrait de ses fans et de ce pays recueillis à son chevet. "Aujourd’hui, nous devons aussi vous le laisser un peu, car ce deuil, c’est le vôtre. Johnny était à vous, Johnny était à son public, Johnny était à la France."

Un final en musique

Il ne restait plus qu'à clore ce grand deuil national en musique. Ce fut fait, à l'intérieur de La Madeleine, sur les airs bouleversants de ses plus fameuses chansons joués à la guitare sèche, lors des intentions de prière prononcées par l'actrice Carole Bouquet. Des centaines de milliers de mains frappèrent alors, comme à l'issue d'un dernier concert.  Vint «La chanson des escargots» de Jacques Prévert, choisie par les deux filles adoptives du chanteur et lue par l'acteur populaire Jean Reno. "Ne prenez pas le deuil, c'est moi qui vous le dit (...) Reprenez vos couleurs, les couleurs de la vie..". Le "feu" de Johnny était, samedi, celui d'une France rêvée, consumée de l'intérieur par la disparition d'un rocker-troubadour qui, tout au long de sa carrière, sut rester le miroir de sa rage, de ses passions, et de ses contradictions. 

► Lire l'intégralité de l'article de Richard Werly sur le site de nos partenaires suisses Le Temps