Le musée du XXIe siècle : identitaire, ludique ou visionnaire

©MAH

Finis les musées vieillots et poussérieux où les visites scolaires se transformaient en épreuve imposée et ennuyeuse ! Le musée du XXIème siècle se veut inventif, dynamique, interactif et, bien sûr 2.0, comme nous le montre cette exposition au Musée d'Art et d'Histoire de Genève.

dans
Hier encore, la vocation des musées était de rendre l'art et l'histoire accessibles à quelques privilégiés. Dans des galeries à l'allure de cathédrales, ils dévoilent pèle-mêle des curiosités antiques, naturelles et artistiques. Des temples solennels et imposants qui finissent par lasser : élitistes et poussiéreux, ils ne séduisent plus.

L’exposition que propose le Musée d'Art et d'Histoire de Genève (MAH) annonce d'emblée la couleur avec une grande frise chronologique murale illustrant l’évolution du nombre de musées dans le monde depuis les tout premiers, à la fin du XVIIe siècle en Suisse et en Angleterre, jusqu’aux projets futuristes à l’horizon 2021. Dernier pic d’activité avant l’explosion des trente dernières années : le début du XXe, quand florissait l’avant-garde artistique et que les puissances coloniales avaient besoin d’écrins pour les trésors archéologiques pillés en Asie ou en Afrique.

300 nouveaux musées en Chine par an

Aujourd'hui, c'est en Chine que la croissance exponentielle de l'offre de musées est la plus spectaculaire, avec 300 nouveaux musées par an. S'il est plus visible en Chine, ce phénomène d'accélération  est universel — le nombre de musées dans le monde est passé de 24 000 à 55 000. Il touche aussi l'Afrique, qui reste peu représentée dans cette exposition — mais voici quelques années, elle ne l'aurait pas été du tout.  

​Pourquoi et pour qui fait-on un musée ? Qu'est-ce qui est "muséifiable" au XXIe siècle ?  Telles sont les questions auxquelles l'exposition "Musées du XXIe siècle" du MAH de Genève tentent d'apporter des réponses au fil de 16 projets présentés en images, en texte et en vidéos.

► Aller sur le site de l'exposition Musées du XXIe siècle, à Genève

C’est une exposition qui parle peu du public, peu des oeuvres, mais qui interroge surtout la place et la définition du musée. Au-delà de l’intérêt architectural des projets ou des réalisations présentés, elle en explore la dimension sociale et culturelle, révélatrice des grands enjeux du XXIe siècle, comme l'inversement des flux culturels, avec les restitution des oeuvres pillées à l'époque coloniale. Visite guidée... 

Réparer l'histoire

"Black culture" aux Etats-Unis, vision d'une Palestine Nation ou affirmation de l'identité kurde : ce qui, hier encore, était nié, est désormais reconnu comme une culture à part entière.  

Encore vide d'oeuvres, le musée de la Palestine manifeste, par son existence en devenir, la vie culturelle et politique d'un peuple. Pour le moment, il expose à l'étranger et va recevoir des oeuvres venant du monde entier.

Voici encore soixante-dix ans, les Noirs n'avaient pas le droit de monter dans les même bus que les Blancs. En 2016, un président noir inaugurait le Musée national de l’histoire et de la culture afro-américaine, musée dédié à la black culture à Washington.

Musée de la Palestine (à gauche)<br />
Musée dédié à la black culture à Washington (à droite).
Musée de la Palestine (à gauche)
Musée dédié à la black culture à Washington (à droite).
©Iwan Baan ©Alan Karchmer

Le Kurdistan n'est pas un pays, mais quatre pays. Pour identifier cette culture entre Turquie, Syrie, Irak et Iran, il fallait un lieu. Il a vu le jour à Irbil, sous la forme d'un édifice de 19 000 m2 dont la silhouette rappelle une forteresse traditionnelle, avec une flamme symbolisant le génocide kurde en Irak. Présentation en images :

Musée Irbil

Protéger le patrimoine 

Au Soudan, posé au milieu du désert, le musée de Naga, l'un des moins chers du monde, n'a d'autre vocation que de protéger les vestiges nubiens mis au jour par les fouilles réalisées par une université allemande.

Aujourd'hui, le dessin animé fait partie du patrimoine. Le musée de Hangzhou, en Chine, entérine cette constatation : il fait sortir ce type de films de la culture populaire pour l'intégrer au patrimoine commun. Un musée encore "en suspens", qui n'existe qu'à l'état de projet, dont on ne sait pas quand il va commencer, mais qui peut être prêt très vite. 
Le musée de fouilles de Naga, au Soudan (à gauche) et le musée "en suspens" du dessin animé à Hangzhou, en Chine.
Le musée de fouilles de Naga, au Soudan (à gauche) et le musée "en suspens" du dessin animé à Hangzhou, en Chine.
©David Chipperfield Architects ©MNRDV

Les privés

A l'origine, le musée était privé - avec les mécènes antiques, puis florentins. Cela fait relativement peu de temps qu'il est un lieu public dédié au patrimoine commun. Mais aujourd'hui, les territoires, à nouveau, fluctuent. Et une foule de musées privés naissent un peu partout dans le monde, sous différentes formes, en partenariat avec le public, ou pas. La très parisienne fondation Vuitton n'est pas seule au monde, loin s'en faut.

Au Cap, en Afrique du Sud, le patron de la marque Puma, Jochen Zietz, a réhabilité un ancien silo à grain pour fonder le premier musée d'art contemporain d'Afrique, palliant ainsi un manque des pouvoirs publics.

Loin de l'approche philantropique de Zietz, d'autres vont cultiver le bien-vivre et l'entre-soi, comme le Genesis Museum, imaginé par l'architecte Tadao Ando. En plein quartier des ambassades, à Pékin, ce musée, qui s'apparente à une "supergalerie" a vu le jour parmi les spa et les centre commerciaux, financé par une compagnie immobilière. 

Le MOCCA, en Afrique du Sud (à gauche) et le Genesis Museum, à Pékin.
Le MOCCA, en Afrique du Sud (à gauche) et le Genesis Museum, à Pékin.
©Heatherwick Studio ©Tadao Ando Architects and Associates

Nouvelles réalités

Entre la Chine et Taïwan, au point de contact, mais aussi de frictions entre deux mondes, le Pingtan est une île artificielle aménagée en une sorte de plate-forme culturelle. Un trait d'union entre deux univers, un facilitateur de contact qui répond aux exigences d'harmonie entre l'homme, la nature et l'environnement - une interprétation futuriste du fengshui traditionnel.

Le Long Museum de Shanghai illustre une tendance très contemporaine : la réhabilitation du patrimoine industriel chinois. Le port de Shanghai était un port à charbon que des collectionneurs privés ont aménagé en un musée destiné à mettre l'art à la portée du peuple.

Le Pingtan Art Museum (à droite) et le Long Museum de Shanghaï, fondé par les mécènes Liu Yiqian et Wang Wei.
Le Pingtan Art Museum (à droite) et le Long Museum de Shanghaï, fondé par les mécènes Liu Yiqian et Wang Wei.
©MAD Architects ©Xia Zhi

Le salon des recalés

Sont aussi présentés des projets novateurs qui n'ont pas abouti, comme le Guggenheim d'Helsinki, victime de la fin de "l'effet Bilbao" - la capacité de Guggenheim à négocier avec les municipalités - face à la multiplication des musées dans le monde.

Last but no least, l'extension du Musée d'Art et d'Histoire de Genève, qui héberge cette exposition. Confié à Jean Nouvel, le projet s'est vu recaler en 2016 à l'issue d'une votation dont les Genevois ont le secret.
Le projet du Guggenheim à Helsinki (à gauche) et celui de l'extension du MAH à Genève.
Le projet du Guggenheim à Helsinki (à gauche) et celui de l'extension du MAH à Genève.
©Moreau Kusonoki ; ©dvkarchitectes